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Une Mohawk déterre son passé enfoui sous Montréal

Katsi'tsahén:te Cross-Delisle, une étudiante de Kahnawake, travaille sur le chantier archéologique de la rue Peel.
Katsi'tsahén:te Cross-Delisle, une étudiante de Kahnawake, travaille sur le chantier archéologique de la rue Peel. Photo: Radio-Canada / Laurence Niosi

Dans la foulée de découvertes majeures l'an dernier, des fouilles archéologiques ont repris le mois dernier, rue Peel, pour tenter d'en savoir plus sur la présence autochtone à Montréal. Une étudiante mohawk accompagne les archéologues, résultat d'une collaboration entre la Ville de Montréal et le conseil de bande de Kahnawake qui porte ses fruits.

Un texte de Laurence Niosi

« C’est ici ». Katsi'tsahén:te Cross-Delisle montre du doigt un tout petit morceau de terre de la rue Peel, éventrée en raison de travaux d’aménagement. L’étudiante de l’Université McGill et des archéologues travaillent à cet endroit depuis les deux dernières semaines.

En 2016 et 2017, des archéologues ont découvert, à l’intersection des rues Sherbrooke et Peel, des milliers d’artefacts d’un village autochtone qui pourrait être la bourgade d’Hochelaga qu’avait décrite Jacques Cartier à son arrivée en 1535. Certains artefacts dateraient même des années 1400.

Cette année, la Ville de Montréal a mandaté de nouvelles fouilles un peu plus au nord, rue Peel, pendant des travaux de réaménagement, afin de poursuivre les recherches. Moins riche en artefacts que l’intersection même, l’artère du centre-ville recèle néanmoins des « fragments de poteries et de pipes, de même que des outils en pierre et en os », affirme Roland Tremblay, archéologue pour la firme Ethnoscop.

Une collaboration depuis 2014

Si Katsi'tsahén:te Cross-Delisle travaille sur le chantier, c'est grâce à la recommandation du Conseil mohawk de Kahnawake, qui collabore avec la Ville de Montréal depuis les fouilles sur le chantier du pont Champlain, en 2014. Une collaboration qui témoigne d’une volonté d’inclure davantage les Autochtones dans les fouilles archéologiques pour leur permettre de s’approprier leur histoire, leur patrimoine.

« Il fallait avoir nos propres archéologues, nos propres rapports, et il fallait que certains des artefacts soient conservés chez nous », souligne Christine Zachary Deom, ancienne chef du conseil de bande. Aujourd’hui et grâce à cette collaboration, plusieurs membres de sa communauté ont reçu des formations en archéologie de la Ville.

Ce n'est sans doute pas un hasard si Katsi'tsahén:te Cross-Delisle remarque un intérêt grandissant dans sa communauté pour l’archéologie, aujourd'hui enseignée à l’école secondaire Survival School de Kahnawake. Plus tard, elle aimerait d’ailleurs y enseigner.

« Quand j’allais à l’école, nous n'avions pas cette option [...] Maintenant, les jeunes sont de plus en plus enthousiastes et ils sont réellement éduqués sur la façon dont l'archéologie peut aider notre culture à survivre et nous aider à corriger l'histoire qui a été écrite à notre sujet », fait remarquer l’étudiante de 22 ans.

Mohawk ou Iroquoien du Saint-Laurent?

La délicate question est lancée : qui habitait cette île qu'on appelle maintenant Montréal avant l'arrivée des Européens? Il n'y a pas d'unanimité sur la question... ni sur la réponse.

Pour nombreux historiens, il n’y a pas de doute : le village sous la ville de Montréal était occupé par les Iroquoiens du Saint-Laurent, un peuple de la grande famille iroquoienne qui comprend les Mohawks, mais aussi les Hurons-Wendat. Les Iroquoiens du Saint-Laurent, selon ces historiens, seraient un peuple distinct des Mohawks.

Cette interprétation ne cadre pas avec la tradition orale des Mohawks, pour qui les Iroquoiens du Saint-Laurent seraient leurs ancêtres directs. « Ça fait 50 ans que l’hypothèse [des historiens] existe et il n’y a pas de preuve. Ça suffit. Nos peuples sont ici depuis toujours », riposte Christine Zachary Deom.

Katsi'tsahén:te Cross-Delisle est du même avis . « C’est une stratégie coloniale pour dire, “oui, ce sont des Autochtones, mais ce n’est pas votre peuple” », maintient-elle.

Par sa présence sur le chantier, Katsi’tsahén:te espère d'ailleurs amener un point de vue nouveau sur les découvertes. « Par exemple, quelqu'un peut regarder des roches et penser qu'il ne s'agit que de roches aléatoires. Mais ce que je sais de ma propre expérience culturelle [mohawk], je peux peut-être les identifier comme faisant partie d’un foyer où l'on fabriquait de la poterie », dit-elle.

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