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Une jeune mère autochtone lutte pour amener son enfant en classe

La jeune mère et sa fille, un bébé.
Keyaira Gruben amène Cedar en classe, à l'Université St.Thomas, au Nouveau-Brunswick. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

« Pour certains, les enfants sont une distraction, mais pour nous, c'est au coeur de notre mode de vie traditionnel », affirme Keyaira Gruben, mère de Cedar et étudiante au programme de baccalauréat malécite et micmac en travail social de l'Université Saint-Thomas (UST), à Fredericton.

Un texte de Nicolas Pelletier

Pour la jeune membre du conseil de bande de la Première Nation malécite de Kingsclear, au Nouveau-Brunswick, rien n’est plus important que d’élever sa fille selon ses traditions ancestrales.

Alors qu’elle est enceinte de neuf mois, en septembre 2017, elle commence ses cours au programme de baccalauréat malécite et micmac en travail social, présenté sur le site de l’UST comme une occasion de recevoir une formation universitaire [...] dans un cadre flexible et culturellement pertinent » et destiné « à des candidats provenant de Premières Nations des provinces maritimes.

À la naissance de Cedar, il allait de soi pour Keyaira Gruben qu’elle pourrait allaiter et s'occuper de son enfant en classe, ce qui a été le cas pour elle et pour deux autres mères inscrites au programme.

C’était impressionnant combien les enfants avaient une attitude exemplaire.

Keyaira Gruben
La jeune mère avec sa fille, Cedar.À la naissance de Cedar, il allait de soi pour Keyaira Gruben qu’elle pourrait allaiter et s’occuper de son enfant en classe. Photo : Radio-Canada

En janvier toutefois, l’université affirme recevoir plusieurs plaintes de la part d’étudiants et de professeurs, qui considèrent que le bruit des enfants représente une distraction en classe.

Nous avons alors tenté en toute bonne foi de trouver un équilibre entre l’environnement de travail et les besoins des étudiants et du corps enseignant [en général].

Jeffrey Carleton, vice-président aux communications de l’UST

À la session d’hiver, l'UST propose une solution : diffuser en direct le contenu du cours dans un local adjacent à la salle de classe, loué aux frais de l’Université dans l’hôtel où se déroule le programme, afin que mères et enfants ne soient plus directement en contact avec les autres étudiants et le corps enseignant.

Les mères étaient aussi invitées à faire appel à quelqu’un pour s’occuper des enfants, dans cette salle, pendant qu’elles assistaient au cours, précise le vice-président aux communications de l’UST, Jeffrey Carleton. En outre, les mères pouvaient circuler librement d’une salle à l’autre.

Puis, à la fin de l’année scolaire, au mois de juin, l’Université stipule que toutes les mères se sont entendues pour trouver un service de gardiennage avant que les cours reprennent en septembre.

Une attitude colonisatrice

Les mesures d'accommodement de l’Université ne font en revanche pas l’affaire de Keyaira Gruben, qui continue, jusqu’à ce jour, à amener Cedar en classe lorsqu’elle en est contrainte.

Dès qu’on nous a dit, en janvier, que nos bébés n’étaient plus les bienvenus en classe, j’en ai appelé de cette décision, dit celle qui reconnaît que c’est à partir de ce moment que sa relation avec la direction du programme a commencé à se détériorer.

C’est devenu politique. Ils n’agissaient plus de bonne foi, ils agissaient de manière paternaliste, avec une attitude colonisatrice.

Keyaira Gruben

À la rentrée 2018, et devant le fait qu’une mère continuait à amener son enfant en classe alors qu’il était âgé de plus d’un an, l'UST affirme en être venue à la conclusion qu’elle n’était plus en mesure [de gérer] la situation, car aucun des compromis précédents n’était acceptable aux yeux de la mère.

La mère et sa jeune fille lors de son anniversaire.Agrandir l’imageLa petite Cedar a maintenant plus d'un an, un obstacle pour l'amener en classe. Photo : Radio-Canada

Keyaira Gruben affirme de son côté qu’elle a reçu un courriel de la part de la direction du programme, au début du mois de novembre, la prévenant qu’il s’agissait de son dernier avertissement.

Keyaira Gruben dépose une plainte officielle

Le travail social existe pour donner des ressources aux familles et pour reconnaître les barrières à l’épanouissement. Pour moi, être une mère monoparentale, c’est ma barrière, et je crois qu’ils devraient écouter et respecter cela, croit Keyaira Gruben.

Cette dernière a la ferme intention de terminer son programme d’étude et de faire un pied de nez à la vision patriarcale qui veut que les femmes aient besoin de choisir entre l’éducation et la parentalité.

Elle confirme avoir envoyé une plainte à la Commission des droits de la personne du Nouveau-Brunswick, dont elle a reçu un accusé de réception le 19 octobre.

De son côté, l’UST affirme que durant [les 13 derniers mois], nous avons fait appel à des conseillers juridiques et à la Commission des droits de la personne pour s’assurer que notre niveau croissant d'accommodement était acceptable.

Mercredi, Keyaira Gruben est allée seule en classe, après que son histoire eut fait les manchettes du plus important journal provincial anglophone.

J’étais un peu anxieuse, admet-elle, mais je sens que j’ai l’appui de plusieurs personnes, y compris dans ma salle de classe.

Nouveau-Brunswick

Éducation