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chronique

Chronique économique : Ekuantshit après La Romaine

La maison de la culture innue, à Ekuanitshit, près de Havre-Saint-Pierre
La maison de la culture innue, à Ekuanitshit, près de Havre-Saint-Pierre Photo: Radio-Canada / Jean-Louis Bordeleau
Luc André

[CHRONIQUE] L'arrivée de projets hydroélectriques sur les territoires des Premières Nations est toujours l'occasion d'intenses négociations. Du point de vue des premiers habitants de ce pays, il s'agit d'une occasion de renforcer les bases économiques qui mèneront à terme à une plus grande autonomie des communautés qui habitent le territoire où le barrage est construit.

Contrairement à ce qui s’est passé avec la Convention de la Baie-James et du Nord québécois signée en 1975 (CBJNQ), qui représente la première génération des traités modernes, les ententes aujourd’hui visent non pas à « éteindre » les droits lorsqu'on accepte une compensation financière, mais bien à négocier des redevances, à faire participer les entreprises autochtones au chantier et à créer de l’emploi, en particulier pour les jeunes.

L’exemple de la construction en 2009 d’un complexe hydroélectrique comprenant quatre centrales pour une puissance de 1550 W par Hydro-Québec (H.-Q.) illustre assez bien les bases de ces ententes de nouvelle génération. Je parle ici de l’entre signée entre H.-Q. et les Innus d’Ekuantshit (Mingan), une communauté de 550 habitants située à 200 kilomètres à l’est de Sept-Îles près de Havre-Saint-Pierre.

L’entente prévoit d’abord des redevances pour la communauté. Cette formule permet comme on s’en doute d’assurer des revenus à long terme. En fait, pour la durée de vie des barrages. Une condition qui offre la possibilité aux communautés de planifier leur développement économique à long terme et de moins dépendre de la bonne (ou de la mauvaise) volonté des gouvernements. En un mille comme en mille : de sortir un tant soit peu d’une situation où les Autochtones ne sont pas libres de leurs choix parce que l’argent vient d’ailleurs.

Ensuite, l’entente prévoyait des contrats de gré à gré entre des entreprises innues et Hydro. Un accord qui a donné lieu à des créations d’emplois tout en favorisant la consolidation des compagnies locales. Un contrat avec la société québécoise permettait ainsi d’asseoir une base financière susceptible d’assurer la pérennité des entreprises autochtones. Ces contrats touchent l’entretien des installations aux abords des barrages tout comme l’entretien des routes qui y mènent. Et ce, même après la fin de la construction des centrales.

Selon le chef Jean-Charles Piétacho, élu et réélu sans interruption depuis 30 ans à Ekuantshit, le complexe de La Romaine a permis de lancer quinze entreprises innues, dont certaines avec des partenaires non autochtones. Ces alliances stratégiques ont également positionné les Innus pour d’autres marchés.

« Au cours des travaux, il y avait 250 Innus, dont 120 d’ Ekuantshit, qui travaillaient sur le chantier, ce qui représente pour nous le plein emploi, en comptant les emplois fournis par le conseil de bande présentement », avance le chef.

Luc André est originaire de la communauté innue de Maliotenam. Il est diplômé en administration et a travaillé pendant plus de trente ans en développement économique. Il connaît de l'intérieur les difficultés auxquelles font face les nations autochtones pour se doter des outils économiques nécessaires à leur émancipation. De plus, il a été aux premières loges de ces petits « miracles » qui, parfois, surgissent et qui démontrent que les Autochtones sont les mieux placés pour gérer leurs propres affaires.

Les défis de l'après-chantier

Bien sûr, lorsque le projet a été achevé en 2010, le chef Piétacho et son conseil savaient que la question de la création et du maintien des emplois se poserait.

« Nos entreprises dégageaient plus 100 millions de revenus avant 2015 et, depuis, ce chiffre a diminué énormément », avoue le dirigeant innu.

C’est sûr que nous sommes cependant plus outillés aujourd’hui. Nous avons plus de 18 entreprises qui peuvent soumissionner pour des contrats ailleurs, car nos entreprises sont diversifiées. On les retrouve dans les domaines de la pêche, de l’équipement lourd, de la construction, en foresterie, en tourisme et en alimentation.

Jean-Charles Piétasho

En fait, l’entente avec Hydro a permis de développer des compétences chez les Innus qui n’existaient pas auparavant, soutient le chef.

Plusieurs défis demeurent cependant, en particulier ceux qui visent les jeunes de 30 ans et moins qui constituent la majorité de la population. On parle d’abord de les convaincre de poursuivre leurs études. Ensuite, il s’agit d’identifier les métiers qui pourront répondre aux besoins de la communauté : professeur, infirmier, comptable, mais aussi électricien, plombier, policier, etc.

Le conseil de bande d’Ekuantshit élabore déjà des plans d’action et identifie des projets pour les années à venir.

On songe par exemple à l’agrandissement de l’usine pour traiter les produits de la mer et à l’acquisition de permis de pêche et de bateaux supplémentaires.

À la fin novembre, le conseil invitera la population à réfléchir à son avenir économique. On présentera alors un rapport sur les différentes entreprises détenues par la communauté tout en partageant les orientations qu’on doit donner à ces compagnies.

L’idée centrale demeure : construire peu à peu l’autonomie économique de la communauté d’Ekuantshit.

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