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Alanis Obomsawin immortalisée par une artiste atikamekw

L'artiste Meky Ottawa peint une murale qu'elle a dessinée de la cinéaste abénaquise Alanis Obomsawin, au centre-ville de Montréal.
L'artiste Meky Ottawa peint une murale qu'elle a dessinée de la cinéaste abénaquise Alanis Obomsawin, au centre-ville de Montréal. Photo: Radio-Canada / Laurence Niosi
Radio-Canada

Une murale géante de la cinéaste abénaquise Alanis Obomsawin prend forme sur la façade d'un édifice de logements du centre-ville de Montréal. Meky Ottawa, une jeune artiste atikamekw, a été choisie pour faire la conception de cette fresque, 20e de la série « Bâtisseurs culturels montréalais » de l'organisme MU.

Un texte de Laurence Niosi

Vendredi matin. L’équipe de muralistes s’affaire à terminer l'oeuvre avant que la température ne chute jusqu’au point de congélation et qu’il ne devienne trop difficile de travailler.

« C’est bien, ce n’est pas tout à fait ce que j’avais en tête », dit Meky Ottawa en regardant l’impressionnante murale peinte sur un édifice de quatre étages de l’ouest du centre-ville, avenue Lincoln, près du métro Atwater.

La graphiste s’est inspirée, pour son oeuvre, d’une photographie tirée du livret du seul et unique album d’Alanis Obomsawin, Bush Lady (1984). Elle y a ajouté entre autres une Petite Ourse et une Grande Ourse, qui symbolisent « des histoires que ma kokom [grand-mère] nous racontait avant de dormir », raconte la jeune femme de 28 ans.

Artiste autodidacte originaire de la communauté de Manawan, dans Lanaudière, Meky Ottawa travaille à son compte depuis plusieurs années sur divers projets de photographie, d’illustration et d’animation, notamment pour la boîte de production Rezolution Pictures. L’hiver dernier, elle a présenté, avec deux autres artistes autochtones, une installation immersive au Musée des beaux-arts de Montréal, baptisée Kushapetshekan / Kosapitcikan - Épier l’autre monde.

Sélectionnée dans le cadre d’un concours lancé cet été par MU, Meky Ottawa a séduit le jury avec son illustration colorée et actuelle. « Le jury a aimé qu'elle était jeune, et sa proposition artistique était moderne. Et comme jeune artiste, ça va en ligne avec Alanis, qui a travaillé avec les jeunes. Symboliquement c'était fort. Et elle vient de Manawan, Alanis a fait un film sur Manawan [L’histoire de Manowan : première partie (1972)] », souligne la cofondatrice de MU, Elizabeth-Ann Doyle.

Comme Meky Ottawa n’est pas muraliste, elle a pu compter sur l’aide d’une équipe de quatre professionnels pour achever l’immense fresque. Généralement, les murales de MU – une centaine à travers la ville – sont réalisées par des muralistes, mais pas toujours. « L’idée, c’était d’avoir une artiste de la relève qu’on pouvait coacher », indique Mme Doyle.

La murale pas encore achevée d'Alanis Obomsawin sur l'avenue Lincoln, au centre-ville de MontréalLa murale pas encore achevée d'Alanis Obomsawin sur l'avenue Lincoln, au centre-ville de Montréal Photo : Radio-Canada / Laurence Niosi

Artiste autochtone recherché

Le mois dernier, la cofondatrice de MU a dû défendre son processus de sélection d’artistes, un appel d’offres qui s’adressait exclusivement à des artistes inuits et issus des Premières Nations. Cette forme de discrimination positive avait choqué une chroniqueuse du Journal de Montréal.

Pourtant, c’est une décision qui lui est venue naturellement, affirme Elizabeth-Ann Doyle, d’autant plus que c’était le souhait de la cinéaste abénaquise.

Meky Ottawa voit sa contribution à la murale comme « une collaboration entre Autochtones et non-Autochtones ». Et puis, dit-elle, « ça allait de soi que ce soit une Autochtone qui fasse la conception de la murale, puisque c’est un hommage à Alanis Obomsawin ».

L’artiste atikamekw voit d’ailleurs certaines similitudes avec la cinéaste de 86 ans, en tant qu’artiste autochtone et aussi en tant que militante. Alanis Obomsawin a consacré son oeuvre à militer pour les droits des Autochtones en démontrant, à travers ses films, leurs réalités.

« Déjà d’être une artiste autochtone, c’est déjà faire du militantisme. C’est se représenter et parler d’une cause. Tu es une ambassadrice de ta culture », souligne Meky Ottawa.

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