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« Ça m'a brisé le cœur » : le combat d'une femme mohawk contre sa propre communauté

Waneek Horn-Miller
La Mohawk Waneek Horn-Miller faisait partie de l'équipe canadienne de water-polo en 2000 lors des Jeux olympiques de Sidney. Photo: Photo soumise par Waneek Horn-Miller
Radio-Canada

Waneek Horn-Miller, fière Mohawk qui a grandi dans le territoire de Kahnawake, situé au sud de Montréal, a représenté le Canada aux Jeux olympiques et n'avait que 14 ans lorsqu'elle s'est jointe à l'occupation d'Oka, en 1990. Elle n'aurait toutefois jamais pensé qu'elle aurait un jour à se battre contre sa propre communauté.

À Kahnawake, un règlement en vigueur depuis 1981 interdit aux couples mixtes (Autochtone avec non-Autochtone) de vivre sur le territoire.

Or, Mme Horn-Miller est mariée à un non-Autochtone, Keith Morgan, judoka avec qui elle est tombée en amour aux Jeux olympiques de Sydney, en 2000.

Waneek Horn-Miller enlace Keith Morgan.Waneek Horn-Miller et son amoureux Keith Morgan ont trois enfants. Photo : fournie par Waneek Horn-Miller

« C'est un gars amusant avec beaucoup d’amour dans son cœur. Il a aussi un grand respect pour moi en tant que femme autochtone », raconte Mme Horn-Miller, qui était de passage au micro d’Unreserved (Nouvelle fenêtre), sur les ondes de CBC Radio.

Le premier enfant du couple naît en 2010, deux autres s’ajoutent en 2013 et en 2016. Au cours de sa première grossesse, Mme Horn-Miller ressent le besoin de retourner à Kahnawake pour élever ses enfants dans sa culture.

Elle entreprend donc d’y construire une maison, mais les choses ne se passent pas comme prévu. « La communauté a réagi très négativement. Je ne m’attendais pas à ça », se souvient-elle.

Une histoire d’horreur

D’abord, une pétition afin de faire cesser la construction de la maison voit le jour. Ensuite, Mme Horn-Miller reçoit des messages haineux destinés à son enfant à naître.

J'étais dévastée. Je n'arrivais pas à croire que ma communauté était capable de m'attaquer ainsi, surtout que j'étais enceinte et particulièrement vulnérable.

Waneek Horn-Miller

Elle raconte qu’une liste de personnes soupçonnées d’entretenir une relation avec un ou une non-Autochtone se met alors à circuler à Kahnawake, afin de les expulser de la communauté. Son nom y figure au premier rang.

« Ça m'a un peu brisé le cœur, laisse tomber la femme Mohawk. Je me souviens que lors de ma présence aux Jeux olympiques, une de mes plus grandes fiertés était de savoir que ma communauté allait me voir, qu'ils allaient me regarder prendre part à une compétition olympique! Je les représentais et j’espérais qu’ils soient fiers de moi. Quand ils se sont retournés contre moi, quelque chose en moi s’est brisé. »

« Dans le fond de son cœur », poursuit Mme Horn-Miller, elle ne croit pas que ces attaques représentent sa nation. « Mais je sentais que je devais faire quelque chose. »

Elle prend donc le taureau par les cornes et se frotte aux membres de sa communauté qui souhaitent l’expulser. Elle assiste à des réunions communautaires, y compris avec un groupe pro-expulsion, s’entretient avec le chef et le conseil de bande et consulte autant de personnes que possible pour arriver à une entente.

« Mais j'avais vraiment peur que tout ça se termine en violence », lance-t-elle. C’est pourquoi elle décide finalement de devenir la plaignante principale, en compagnie de 16 autres, et d’intenter un recours judiciaire contre le conseil de bande. Le groupe engage l’avocat Julius Grey pour mener le combat.

« Je ne suis pas fière de l’avoir fait, insiste l’ex-olympienne. Mais je sais pourquoi je l’ai fait : par amour pour ma communauté. Je l'ai fait avec une compréhension de notre passé, de ce que nous sommes. Et je l’ai fait avec l’espoir d’un avenir où nous ne sommes pas seulement un peuple défini par notre ADN, mais un peuple fort qui va défendre ses revendications dans ce pays. »

La Charte canadienne des droits et libertés violée

Mme Horn-Miller et les 16 autres plaignants se sont battus jusqu'à la Cour supérieure du Québec.

Dans un jugement rendu le 1er mai dernier, le juge Thomas Davis a suspendu le règlement interne du conseil de bande, arguant notamment qu’il porte atteinte à l'égalité fondée sur le statut social et qu’il enfreint la Charte canadienne des droits et libertés.

Ce règlement est « largement (sinon uniquement) fondé sur la croyance stéréotypée que les conjoints non-autochtones utiliseront les ressources et les terres de la communauté d'une manière qui portera préjudice à celle-ci et qui aura un impact négatif sur sa capacité à protéger sa culture et ses terres », a écrit le juge.

Mme Horn-Miller est d’avis que cette décision est juste.

« [Le juge Davis] a réfléchi longuement à la façon dont il a formulé son jugement. Il a compris qu'il s'agit d'une question très délicate et très émotive dans notre communauté. [Ce jugement] permet d’envisager l'avenir de façon à ce que nous arrivions à une solution », croit-elle.

La Mohawk ajoute du même souffle que les réactions négatives de certains membres de la communauté ne sont pas représentatives de tous ceux qui y habitent.

« Ce n'était vraiment pas tout le monde à Kahnawake. Je dirais même que c'était un petit groupe de gens en colère », tient-elle à préciser.

Quant au retour de sa famille à Kahnawake, Waneek Horn-Miller demeure optimiste maintenant que la décision a été rendue.

« C'est mon rêve, j'aimerais ça. Kahnawake est un grand territoire qui inclut beaucoup de gens extraordinaires qui m'aiment, qui aiment mes enfants et qui aiment Keith. Je me concentre sur cet amour. »

D'après un texte de CBC Unreserved

Avec les informations de CBC

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