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chronique

Chronique économique : les Innus veulent devenir des acteurs incontournables sur la Côte-Nord

Façade des Galeries montagnaises.
Le centre commercial Les Galeries montagnaises est la propriété du conseil de bande de Uashat-Maliotenam. Photo: Radio-Canada / Jean-Louis Bordeleau
Luc André

[CHRONIQUE] Espaces autochtones accueille cette semaine un nouveau collaborateur qui traite d'économie. Il s'agit de Luc André, originaire de la communauté innue de Maliotenam. Il est diplômé en administration et a travaillé pendant plus de trente ans en développement économique. Il connaît de l'intérieur les difficultés auxquelles font face les nations autochtones pour se doter des outils économiques nécessaires à leur émancipation. De plus, il a été aux premières loges de ces petits « miracles » qui, parfois, surgissent et qui démontrent que les Autochtones sont les mieux placés pour gérer leurs propres affaires.

Nous allons aborder, pour cette première chronique, le cas d’une grande réserve autochtone innue qui est divisée en deux communautés. Il y a Maliotenam, situé à 14 kilomètres à l’est de Sept-Îles, qui compte plus de 2000 habitants. Et puis Uashat, qui regroupe aussi 2000 Innus. Ceux-ci demeurent dans la communauté adjacente à la ville de Sept-Îles.

Le conseil de bande Uashat Mak Mani-Utenam (ITUM) a l’autorité sur les deux communautés, une autorité politique et administrative. En 2008, le conseil a délégué à la Société de développement économique d’Uashat Mak Mani-Utenam (SDEUM) la responsabilité de tous les dossiers économiques des deux communautés.

Pour mieux connaître les attentes de la population, la société de développement a d’abord organisé un forum sur le thème de « L’avenir économique de la communauté ». Une rencontre au cours de laquelle la population, les commerçants et les entrepreneurs se sont exprimés sur les enjeux économiques et les occasions d’affaires actuelles et futures pour nos communautés.

Lors de son intervention, le directeur général de la société Ken Rock a souligné l’importance des entreprises privées qui sont les principales sources d’emplois. Même si le conseil de bande constitue un bon employeur, la communauté a besoin de créer au minimum 600 emplois pour les jeunes d’ici 10 ans, sans compter les besoins d’emplois des chômeurs actuels qui vivent à Uashat ou à Maliotenam.

Le manque de formation chez les jeunes et les adultes a été le premier constat de ce forum. Un manque de formation qui se combine à une carence sur le plan de l’orientation professionnelle. On remarque en effet des choix de formation déficients par rapport aux emplois fournis par les entreprises minières ou les autres entreprises de la Côte-Nord.

On a aussi souligné l’importance, pour la société de développement économique, de jouir d’une indépendance face aux politiciens. Les différents projets de développement économique dépassent très souvent les échéanciers électoraux.

À la suite de cette rencontre, les Innus ont recommandé la tenue d’un autre forum portant cette fois sur un plan à court terme. Ce rassemblement, qui aura lieu ce mois-ci, devrait donner naissance à un document de planification stratégique pour la SDEUM d’une durée de cinq ans.

On remarque donc que les Innus de Uashat et de Maliotenam se sont donné une organisation de développement économique dont l’identité est différente de celle du conseil de bande. La SDEUM possède ses propres bureaux, son propre conseil d’administration, son propre compte de banque. Elle jouit donc de toute l’autonomie nécessaire pour effectuer des choix en toute indépendance, tout en étant à l’abri de possibles pressions politiques. Voilà un élément essentiel d’une stratégie efficace de développement économique.

Le budget de fonctionnement de la SDEUM provient pour une petite partie d’une contribution d’Ottawa et du conseil de bande. Or, la plus grande part du budget vient des contributions perçues auprès des entreprises qui sont avant tout considérées comme des partenaires d’affaires.

Une relance économique régionale marquée par une plus grande présence des Innus

La région de Sept-Îles a connu un ralentissement important de son économie depuis 2015, en raison surtout de la baisse du prix du fer et de la faillite de la société minière Cliffs.

On a déjà compté plus de 200 travailleurs innus dans la région de Fermont pour les minières et pour les entreprises innues ayant obtenu des contrats dans le secteur minier.

Depuis quelque temps, on sent une timide reprise de la croissance. Les entreprises innues recommencent à obtenir des contrats, ce qui s’est traduit par l’engagement de plus de 60 travailleurs par Minerai de Fer Québec.

Les deux communautés de Uashat et Maliotenam peuvent toujours compter sur plus de 70 entreprises innues dans des domaines variés. Il s'agit d’entrepreneurs généraux, de dépanneurs, d’entreprises forestières, d’une garderie privée, d’un centre commercial, de restaurants, d’hébergements hôteliers et de boutiques d’artisanat, entre autres.

Ces entreprises emploient plus de 640 personnes et permettent aux familles d’avoir un revenu adéquat, tout en se sortant de la dépendance de l’aide sociale.

Beaucoup de ces entreprises ont vu le jour grâce au programme Fonds d’initiatives autochtones du Secrétariat des affaires autochtones du Québec, avec qui le conseil a signé une entente de cinq ans pour un montant de deux millions deux cent mille dollars. Ce programme vise à aider les Innus de Uashat à se lancer en affaires. C’est un programme apprécié des promoteurs, malgré la lenteur administrative.

Le rôle de la SDEUM consiste à analyser les plans d’affaires et à faire les recommandations des projets à financer. Le programme est intéressant : il est question d’une contribution de 100 000 $ non remboursables, un montant appréciable pour qui veut lancer son entreprise. Grâce à ce programme, la SDEUM a aidé à mettre sur pied entre cinq et sept entreprises chaque année.

Le directeur général de la SDEUM Ken Rock et le chef Mike McKenzie ont l’intention de consolider la société de développement. Il faut pour cela déborder des frontières de la réserve en faisant l’acquisition d’entreprises existantes de la région, créer un important fonds d’investissement tout en élargissement le mandat de la SDEUM afin de travailler plus étroitement avec les intervenants économiques, culturels et touristiques de la Côte-Nord. Qu’ils soient Autochtones ou non.

Une façon pour les Innus d’assurer un leadership dans le développement économique de la Côte-Nord.

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