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Lou Lou, la Mohawk reine du burlesque

Lauren Jiles, originaire de la communauté mohawk de Kahnawake, pose avec sa couronne de reine du burlesque.
Lauren Jiles, originaire de la communauté mohawk de Kahnawake, a remporté une importante compétition de danse burlesque, à La Nouvelle-Orléans. Photo: Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve
Radio-Canada

« Elle est la danseuse à découvrir de la nation mohawk, vous avez volé sa terre et maintenant elle va voler votre coeur. » C'est ainsi qu'est annoncée avant son numéro la danseuse Lou Lou la Duchesse de Rière, récemment nommée « reine du burlesque » à La Nouvelle-Orléans, l'une des récompenses les plus prestigieuses de l'industrie.

Un texte de Laurence Niosi

« C’est surréaliste, je ne peux pas penser à un meilleur mot », s’émeut encore quelques jours plus tard la jeune trentenaire, attablée dans un café du quartier Saint-Henri, à Montréal, à deux pas de chez elle.

Contrairement à d’autres événements, les routines au festival New Orleans Queen of Burlesque se font avec un orchestre. Les numéros burlesques – un mélange de danse, d’humour et d’effeuillage inspirés des codes esthétiques des pin-up des années 1950 – peuvent par ailleurs durer jusqu’à huit minutes, deux fois plus que le temps réglementaire habituel.

Lou Lou a conquis les jurés avec un « costume-araignée » et des acrobaties aériennes, un numéro qu’elle peaufine depuis des mois.

« J’y suis allée sans aucune réelle attente », dit-elle néanmoins de cette compétition internationale à laquelle elle a participé deux autres fois par le passé.

Après 13 ans à rouler sa bosse, Lou Lou – Lauren Jiles de son vrai nom – récolte ces jours-ci les fruits de son labeur. Nommée récemment parmi les danseuses les plus influentes par le magazine 21st Century Burlesque, la brune de 31 ans passe environ la moitié de son temps sur la route, notamment en spectacle à New Orleans et à Las Vegas. Elle anime aussi tous les mois un atelier dans un studio de danse aérienne et de poteau à Montréal, où la scène burlesque foisonne depuis quelques années.

Un horaire chargé pour la jeune mariée et mère d’une fillette de quatre ans. « Je suis chanceuse, j’ai une famille qui me soutient », dit-elle.

La danseuse Lou Lou la Duchesse de Rière au New Orleans Queen of Burlesque avec son costume-araignée.La danseuse Lou Lou la Duchesse de Rière au New Orleans Queen of Burlesque avec son costume-araignée. Photo : Thomas Orihuela/New Orleans Burlesque Festival

De Kahnawake à New Orleans

Pas grand-chose ne prédestinait Lauren à faire ce métier. Née à Kahnawake d’une mère mohawk et d’un père afro-américain, la jeune femme est allée dans une école secondaire catholique de Dorval, où, reconnaît-elle, ses « interactions avec les hommes étaient limitées ».

Puis un jour, à l’aube de ses 18 ans, un producteur l’approche sur le réseau social MySpace pour prendre part à une audition de burlesque au Petit Campus, à Montréal. Son expérience de performance à l’époque se limitait au théâtre musical de Kahnawake.

Ça a été une révélation pour elle. « Je me sentais en sécurité, c’était une façon de prendre conscience de ma sexualité. Et je suis devenue un personnage, je n’étais pas Lauren, j’étais Lou Lou », dit celle qui est encore aujourd’hui une des seules danseuses burlesques autochtones, à Montréal comme ailleurs en Amérique du Nord.

« Ça m’a donné un espace sécurisant (safe space) pour explorer ma féminité, et c’était dans mes propres termes », ajoute-t-elle.

La belle Indienne

C’est dans ses termes aussi qu’elle trouve en dansant des manières de s’affranchir des stéréotypes de la « belle Indienne ». « Au début de ma carrière, un producteur voulait que je fasse un numéro Pocahontas, [alors] j’ai créé un numéro intentionnellement subversif qui jouait sur les stéréotypes des Indiens à Hollywood », dit-elle.

« Mais le public n’était pas super engagé », ajoute-t-elle en riant.

Depuis, elle continue de refuser de faire des numéros « exotiques » ou orientalistes et se spécialise dans la forme la plus classique du burlesque – forme dans laquelle « les minorités et les Autochtones sont vraiment sous-représentés », fait-elle remarquer.

Cette année, elle a préparé son numéro le plus personnel à ce jour sur l’identité et « la décolonisation de la sexualité autochtone », qu’elle a présenté à Montréal, Toronto, Ottawa et Vancouver. Mais pas aux États-Unis, où elle se sentait moins à l’aise d'y interpréter un numéro aussi subversif.

« Je suis à un bon endroit artistiquement, il y a beaucoup de conversations sur la politique de l’art. Il y a plus de liberté pour créer », dit-elle.

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