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Le refuge Chez Doris prend de l'expansion grâce à un don record

Des femmes inuites mangent, assises par terre, de la viande de caribou décongelée et crue.
Le repas du vendredi est attendu par les femmes inuites chez Doris. Photo: Radio-Canada / Alexis Gacon
Radio-Canada

« C'est difficile de voir dormir dans la rue des femmes qui utilisent nos services durant la journée », explique Marina Boulos-Winton, directrice générale de Chez Doris à Montréal. Grâce à un don d'un million de dollars - le plus important de l'histoire de l'organisme -, le refuge de jour chez Doris compte accueillir des femmes la nuit grâce à l'achat d'un deuxième immeuble.

Un texte d'Alexis Gacon

L’espace commence à manquer entre les murs colorés de Chez Doris. Le seul refuge pour femmes ouvert 7 jours sur 7 à Montréal a vu le nombre de ses usagers grimper. L’arrivée de demandeurs d’asile qui avaient un grand besoin de repos et de vêtements a pesé dans la balance, selon la directrice générale. « Notre vestiaire a été vidé, mais après un appel sur Facebook, nous avons reçu du linge pour tout le monde », dit Marina Boulos-Winton, rassurée.

Alors que l’on vient d’entamer la discussion, un mouvement de panique secoue le hall d’entrée. Cinq femmes inuites rentrent à la hâte, effrayées par la présence de la police aux abords de chez Doris.

20 lits d'urgence pour la nuit

Les journées achalandées, plus de cent femmes, dont 20 % d’Autochtones se rendent dans cette grande maison réaménagée, de 8 h 30 à 15 h, avant de rejoindre un foyer de nuit. Toutes ne trouvent pas de place, et se retrouvent alors dehors.

Marina Boulos-Winton est une femme blonde, aux yeux bleus. Elle revêt un chemisier corail.Marina Boulos-Winton, directrice générale du refuge chez Doris. Photo : Radio-Canada / Alexis Gacon

Avec le don d’un million de dollars d’Andrew Harper, un homme d’affaires montréalais nonagénaire, Chez Doris va acheter un immeuble dans l’ouest du centre-ville, dans un quartier qui a longtemps abrité le Centre d’amitié autochtone, avant qu’il ne déménage sur le boulevard Saint-Laurent.

Un achat nécessaire pour offrir de nouveaux services, faire des rénovations et libérer de l’espace dans le premier pavillon, qui comprendra vingt lits d’hébergement d’urgence de nuit pour les femmes itinérantes. Elles pourront ainsi avoir un toit sur la tête et demeurer au refuge.

Car la rue frappe plus durement encore les itinérantes inuites, selon Marina Boulos-Winton. Isolées lors de leur arrivée en ville, plusieurs des femmes qui sont passées chez Doris sont tombées dans la prostitution. « Elles doivent échanger des services sexuels pour obtenir de la drogue. Elles sont en bas de l’échelle de la prostitution. » Pour assurer la sécurité des usagers, le refuge ne permet pas l’accueil d’individus qui ont visiblement beaucoup consommé.

Phoque ou caribou les vendredis

Une femme inuit est assise dans un fauteuil roulant, au milieu d'un corridor. À sa droite, un mur bleu roi, à sa gauche un mur blanc.Sarah Jonas est venue il y a trois ans au refuge pour la première fois. Photo : Radio-Canada / Alexis Gacon

Sarah Jonas connaît trop bien la rue. Arrivée de Kuujjuaq en 2015 à Montréal, elle y a vécu de longs mois. Quelques jours après son arrivée dans la métropole, elle est heurtée par une voiture et perd la partie inférieure de sa jambe droite. « C’est le seul foyer où ils m’acceptent avec mon fauteuil roulant! » s’exclame-t-elle. Elle utilise les services du foyer depuis trois ans, mais compte toujours retourner à Kuujjuaq.

Dans sa ville d’origine, elle dit avoir été attaquée au couteau par son conjoint. Ses enfants, traumatisés, ne voulaient plus quitter la maison de peur que cela n'arrive à nouveau, et manquaient l’école. Selon elle, c’est ce qui a amené les services sociaux à intervenir et à placer ses enfants, qu’elle veut récupérer.

Chez Doris, elle a trouvé de la chaleur, plus de sérénité… et du phoque. Chaque vendredi se tient un repas inuit. Ce 5 octobre, le menu est varié : du caribou, des moules et des crevettes dégustés entre deux discussions à bâtons rompus.

Une dizaine de femmes se coupent des morceaux de caribou cru décongelé et décortiquent les crustacés. « Je mange enfin la nourriture que je préfère! », dit Sarah, réjouie.

Loin des 75 $ d’épicerie par semaine

L’objectif du refuge est d’accorder du répit aux femmes et de les aider aussi à trouver un logement. 55 femmes autochtones et 23 enfants ont trouvé un appartement grâce aux services de Chez Doris. « Notre taux de succès n’est pas énorme, 66 % parviennent à le garder. Les mères de famille ont le plus de succès, car elles reçoivent plus d’aide de l’assistance sociale », précise la directrice générale du refuge. Selon elle, de nombreux propriétaires refusent les locataires autochtones.

Lorsqu’ils parviennent à trouver un logement, chaque sou compte. « Une personne individuelle reçoit 633 $ d’aide sociale. Pour payer sa nourriture, il reste 50 $ à la fin du mois. On parlait de 75 $ par semaine d’épicerie lors de la campagne électorale, on en est loin. »

Selon Marina Boulos-Winton, très peu de femmes du refuge ont voté aux élections provinciales de dimanche dernier. « Il a été très peu question des Autochtones durant les élections. Aucun candidat n’a essayé d’acheter leur vote. »

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