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La 138 : une route de musique pour Florent Vollant

L'auteur-compositeur-interprète innu Florent Vollant.
L'auteur-compositeur-interprète innu Florent Vollant. Photo: Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve

Il voulait un album très acoustique, il souhaitait aborder le thème du nomadisme. L'artiste innu Florent Vollant s'est inspiré de la route 138 pour créer Mishta Meshkenu, son cinquième album solo disponible dès maintenant.

Un texte d’Anne-Marie Yvon

Depuis tout jeune, Florent Vollant sillonne l’une des plus anciennes routes du Canada, la 138. Quelque 1400 km de rencontres pas toujours tranquilles, sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent. « Je l’ai fait dans toutes sortes de conditions », se rappelle l’artiste qui s’est inspiré de cette « Mishta Meshkenu » (« la grande route » en langue innue) pour composer son nouvel album.

Onze pièces enregistrées dans l’esprit du mouvement à son studio Makusham à Maliotenam, dont 10 en innu.

« Il y a un trip de nomade là-dedans, que je suis toujours, que j’ai toujours été, que je vais toujours être », souligne l’auteur-compositeur-interprète en parlant de ses origines et de la vision de son « clan », de sa famille.

Dans sa pièce Tshiam Tshiue, l’artiste traite d’itinérance, de «  ceux qui viennent perdre le Nord dans les grandes villes  ». Il dit faire partie de ces gens-là, se sentant lui-même perdu lorsqu’il se trouve dans un grand centre urbain.

« Mon idée, c’est de retourner d’où je viens et c’est ce que je souhaite à ceux que je rencontre. [À travers la chanson], je leur rappelle qu’ils ont des proches dans leur communauté qui ont une place pour eux dans leur cœur », souligne-t-il.

En hommage aux rêves de Stanley...

Une autre de ses pièces, Pmutetau – la ballade de Stanley a été composée en hommage à son patronyme, le Dr Stanley Vollant, qui a pris son bâton de marche pour parcourir les communautés autochtones du Québec et les inspirer à aller au bout de leurs rêves.

« Pour moi, il est un exemple de persévérance », affirme-t-il, ajoutant que le Dr Vollant entretient le rêve, l’espoir, et qu’il est un modèle de force pour les jeunes. La chanson raconte sa démarche et ce qu’il souhaite pour les générations futures.

« J’ai marché avec lui entre autres sur la 138, je sais un peu dans quel esprit il travaille. »

...et à l’esprit d’humanité de Réginald

Avant son décès le 6 août, Réginald, frère cadet de Florent, a pu écouter Mishta Meshkenu. Celui qui a contribué au rayonnement de plusieurs artistes et personnalités autochtones, grâce à la radio CKAU à Uashat Maliotenam et au festival Innu Nikamu, lui a conseillé de continuer. « Il m’a dit : c’est là que t’es rendu, continue, c’est bon! », indique-t-il.

Il a eu l’idée de traduire en innu la seule pièce de l’album en français, celle qu'il considère être la plus belle chanson dans le répertoire québécois, Mes blues passent pu dans porte, du groupe Offenbach. « J’ai trop de respect pour les auteurs pour la penser autrement, mais je la livre quand même d’une autre manière », souligne le musicien innu.

De passage récemment dans la communauté de Manawan, dans Lanaudière, il a fait entendre sa version au bassiste du groupe Breen Leboeuf, dont il faisait la première partie de spectacle. Breen Leboeuf a écrit la musique de cette chanson avec Gerry Boulet sur des paroles de Pierre Huet.

La réaction du bassiste a été spontanée : « what a fuck*ng nice version » (« quelle os*i de belle version »), s'est-il exclamé. « À partir de là, je pouvais être fier de moi », se réjouit Florent Vollant, qui dit avoir travaillé longtemps pour en arriver à cette version très épurée, qu’il voulait « sortir du Forum [de Montréal] pour l’amener dans son tipi ».

« Là où ma musique me mène »

En mars et avril, Florent Vollant présentera des spectacles grâce à la Bourse RIDEAU qui lui a été remise en février dernier, et qui lui permet de se produire en Europe francophone.

Une quinzaine de dates sont déjà prévues en France, en Belgique et en Suisse pour une tournée qu’il considère comme exigeante. Exigeante? « Parce que c’est très cérébral, et moi je ne suis aucunement cérébral », lance-t-il, tout en précisant que les Européens n’ont pas nécessairement les « repères » leur permettant de comprendre la réalité des Premières Nations.

L’artiste compte aussi sillonner le Québec, l’Ouest canadien, le Nord et les communautés autochtones avec ses sonorités folk, country, cajun, bluegrass et tex-mex.

L'album Mishta Meshkenu est actuellement disponible en écoute intégrale sur ICI Musique (Nouvelle fenêtre).

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