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Deux leaders autochtones réclament plus de sécurité pour les femmes et les communautés

Rainbow Miller, de l'association des Femmes autochtones du Québec (FAQ), et Viviane Michel, présidente de l'association des Femmes autochtones du Québec
Rainbow Miller, de l'association des Femmes autochtones du Québec, et Viviane Michel, présidente de l'organisme, lors de leur témoignage à la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics (CERP). Photo: Image fournie par la Commission

Deux grosses pointures autochtones ont témoigné vendredi à la commission Viens. La présidente de Femmes autochtones du Québec (FAQ) a parlé des injustices faites aux femmes et de solutions pour y remédier tandis que le chef régional de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL) a fait le point sur la sécurité publique et les corps de police dans les communautés des Premières Nations.

Un texte d’Anne-Marie Yvon

« Johnny fait sa propre battue… ça n’a pas de sens-là », dit d'une voix brisée Viviane Michel, la présidente de Femmes autochtones du Québec.

Johnny, c’est le père de Sindy Ruperthouse, une femme de Pikogan aperçue pour la dernière fois à Val-d'Or, le 23 avril 2014. Viviane Michel raconte les recherches incessantes effectuées par la famille de Mme Ruperthouse pour la retrouver. « Ça n’a pas de sens qu’une famille qui a perdu sa fille fait sa propre battue, quand on a un système judiciaire qui devrait donner le service », soutient Mme Michel en précisant que d’autres familles autochtones ont vécu la même situation.

Viviane Michel, la présidente de Femmes autochtones du Québec, a illustré de cette manière les injustices vécues, selon elle, par les femmes des Premières Nations et leurs familles. C'était le moment le plus chargé d'émotion lors de l'audience de la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics (CERP) qui se tenait vendredi à Québec.

La vulnérabilité des femmes autochtones

L’injustice aura été le mot clé au dernier jour de deux semaines d’audiences tenues par la Commission dans la capitale nationale.

Viviane Michel, qui a témoigné une première fois devant la CERP il y a 15 mois, parlait cette fois plus en détail du groupe le plus vulnérable de la société québécoise qu’elle représente, et de ses besoins.

Elle affirme que les femmes autochtones du Québec vivent des réalités « qui les placent dans des situations continuelles de discrimination systémique ». Une double discrimination liée à leur condition de femme et d’Autochtone, précise Mme Michel. Une situation qui nuit à leur bien-être et culmine souvent dans la violence.

À cela, Mme Michel ajoute la méconnaissance par les femmes de leurs droits ou l’absence de droits dans divers domaines, ce « qui accentue la marginalisation et les empêche de revendiquer la place et le statut qui leur revient au sein des communautés et auprès des gouvernements ».

La présidente de FAQ propose des solutions pour mettre fin à la douleur et aux violences vécues par les femmes, des solutions qui passeraient par la guérison de toute la famille et la guérison de la communauté. La valorisation et l’implication des hommes et des garçons dans la prévention de la violence sont aussi nécessaires. Eux-mêmes devraient bénéficier de ressources pour leur propre guérison, mentionne Mme Michel.

Viviane Michel a aussi profité de son témoignage pour dénoncer le manque de centres d’hébergement dans les communautés. Elle a donné l'exemple des 11 sites d'hébergement qui doivent servir 55 communautés cries et inuites du Québec. Un nombre nettement insuffisant, selon l'organisme Femmes autochtones du Québec, qui considère que chaque communauté devrait avoir un tel centre.

Un bon nombre de femmes autochtones ne connaissent pas bien leurs droits, selon Mme Michel. Elle demande la création d’une première clinique juridique pour les femmes. Elle donne l'exemple de l’Ontario, où l'Aboriginal legal service de Toronto offre des services de représentations et d’avocats spécifiquement pour les Autochtones, le tout financé par l’aide juridique.

Lorsque les femmes connaissent leurs droits et les exercent, cela a pour effet de les remettre en position de force et d’empowerment.

Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec

Assurer la sécurité dans les communautés

De son côté, Ghislain Picard, le chef régional de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), a mis en lumière le droit à la sécurité des Premières Nations, une question, a-t-il dit, « hautement prioritaire ».

Déjà, lors de son passage à la commission Viens le 22 mars, le chef mentionnait que les communautés autochtones du Québec devaient négocier le financement de leurs services de police avec un « couteau sous la gorge », alors que ceux-ci sont sous-financés par les gouvernements fédéral et provincial.

À la suite de son intervention, le président Jacques Viens avait émis un 3e appel à l’action demandant des ajustements afin « que les corps de police autochtone constituent un service essentiel dans les communautés autochtones » au même titre que les autres corps policiers au Québec .

Le chef Picard dit avoir envoyé des lettres aux divers partis politiques lancés dans la campagne électorale provinciale, leur demandant des engagements clairs sur un certain nombre de dossiers, dont celui de la sécurité publique en tête de liste.

Les gouvernements doivent faire en sorte que nos services de police soient soutenus adéquatement.

Ghislain Picard, chef de l'APNQL
Ghislain Picard, chef régional de l’Assemblée des premières nations du Québec et du Labrador (APNQL) et Lance Haymond, chef de la communauté de Kebaowek
Ghislain Picard, chef régional de l’Assemblée des premières nations du Québec et du Labrador (APNQL) et Lance Haymond, chef de la communauté de Kebaowek, lors de leur témoignage à la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics (CERP). Photo : Image fournie par la Commission

Ghislain Picard exige des solutions à long terme permettant d’assurer la sécurité dans les 43 communautés des Premières Nations que l’ANPQL représente.

Le chef Picard a finalement dénoncé le silence des gouvernements fédéral et provincial à ses demandes répétées pour la création d’une table tripartite paritaire qui instaurerait des solutions durables pour assurer la sécurité sur le territoire des communautés des Premières Nations.

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