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Les enjeux autochtones urbains sous le radar électoral

Le directeur général de Montréal autochtone Philippe Meilleur
Le directeur général de Montréal autochtone Philippe Meilleur Photo: Radio-Canada / Laurence Niosi

Les centres d'amitié autochtones demandent aux candidats aux élections québécoises de s'intéresser à la réalité vécue par les Autochtones qui vivent en ville. Plus de la moitié des Autochtones au Québec y habitent. Or, depuis le déclenchement de la campagne, les enjeux comme le logement ou l'accès à un emploi pour les Autochtones urbains sont invisibles sur les écrans radars des partis politiques.

Un texte d’Anne-Marie Yvon

Selon les données de Statistique Canada, en 2016, près de 183 000 Autochtones vivaient au Québec. 55,6 % d’entre eux habitaient hors réserve. Tous ces citoyens ont donc le droit et le devoir de voter aux élections provinciales, s’ils ont l’âge requis. Pourtant peu le font, ne se sentant pas concernés ni inclus dans les débats qui animent la société. Inversement, peu de candidats et de partis politiques sont allés à leur rencontre.

La semaine dernière, la ministre responsable de l'Enseignement supérieur et de la Condition féminine, Hélène David, a demandé à rencontrer la directrice générale du Centre d’amitié autochtone du Lac-Saint-Jean, Mélanie Boivin. Mme David voulait connaître les enjeux liés à la condition féminine des femmes de cette région.

Par contre, aucun candidat de la région n’a, pour le moment, démontré un quelconque intérêt pour la réalité des 900 Autochtones installés à Roberval ou pour ceux d’Alma, les deux centres urbains que dessert l’organisme de Mme Boivin.

Du côté de Joliette, on perçoit un plus grand intérêt pour la réalité vécue par les Autochtones en ville. Trois des quatre candidats des principaux partis sont passés par le Centre d’amitié de Lanaudière; « ils posent beaucoup de questions », dit la directrice générale France Robertson. Plusieurs thèmes ont été abordés : éducation, droit au logement, services gouvernementaux, etc. Le quatrième candidat était attendu jeudi.

Il faut dire que les besoins sont grands à Joliette. En 2012, 250 Autochtones y vivaient, ils sont à peu près 625 aujourd’hui, majoritairement de la nation attikamek. Il y a de plus en plus de familles, de jeunes qui y étudient ou d’aînés qui se sont rapprochés des services de santé.

Les citoyens autochtones présents aux rencontres avaient eux aussi des questions à poser, « des questions très pertinentes », précise France Robertson, concernant par exemple les enfants à besoins particuliers.

Les candidats ont pris des notes. Il y a eu des questions et des remarques : « On prend pour acquis qu’une famille immigrante, quand elle arrive ici, elle ne connaît rien, alors on lui donne une trousse, on l’accompagne, mais on ne prend pas pour acquis qu’une famille autochtone qui quitte sa communauté pour aller en ville, elle a aussi besoin de cet accompagnement. » Pour la directrice du centre d’amitié, tout passe par l’engagement des partis politiques.

Ils l’ont l’ouverture, mais quand on parle d’engagement...

France Robertson, directrice générale du Centre d'amitié autochtone de Lanaudière

Pour remédier à la situation, Tanya Sirois, directrice générale du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec (RCAAQ), appelle les partis politiques « à s'engager à améliorer l'accès aux services » pour les populations autochtones urbaines, où qu’elles soient dans la province.

« Ce n’est pas en balayant la question autochtone sous le tapis qu’on va régler les enjeux sociaux économiques touchant les Autochtones », dit Mme Sirois ajoutant que si, dans les communautés, « on joue le jeu des juridictions fédérales-provinciales, dans les villes il n’y a pas d’ambiguïté, c’est la responsabilité du gouvernement du Québec de s’assurer que les Autochtones dans les villes aient accès aux services, aient accès à une qualité de vie et qu’on travaille tous ensemble pour résoudre les écarts sociaux économiques. »

« Venez cogner à notre porte »

À Montréal, où vivent 35 000 Autochtones, « leurs enjeux sont aussi diversifiés que ceux de la population québécoise, mais demandent des réponses différentes », souligne Philippe Meilleur, le directeur général de Montréal Autochtone, un organisme associé au Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec.

La métropole devrait, selon lui, avoir sa propre stratégie, car les défis sont bien différents, la mixité sociale est très différente de ce que l’on retrouve dans d’autres villes du Québec.

Le plus grand problème à résoudre à Montréal touche selon lui à l’itinérance et tout ce qui l’entoure. « Il y a des enjeux en amont, en aval, des enjeux démographiques », dit-il en mentionnant aussi les difficultés d’intégration en emploi, le racisme, la discrimination à l’embauche.

Jusqu’à présent, aucun candidat n’est venu le voir. Philippe Meilleur rappelle le plan social mis en place par le gouvernement sortant, concernant les enjeux dans et hors réserve et se demande ce qu’il va se passer s’il y a un changement de gouvernement le 1er octobre : « Est-ce que d’autres partis ont des plans significatifs ou vont-ils simplement mettre au rancart le plan libéral et on va devoir recommencer à zéro et refaire nos stratégies avec un parti politique qui ne comprend pas les enjeux et qui ne comprend même pas qu’est-ce qu’un centre d’amitié fait! »

Alors qu’aucune demande de contacts n’a été faite par quelque parti que ce soit, le directeur général de Montréal Autochtone espère que ceux-ci feront tout de même leurs devoirs et se renseigneront sur les enjeux autochtones.

C’est aux partis et aux candidats de venir nous voir. C’est à eux de venir cogner à notre porte, je ne les solliciterai pas.

Philippe Meilleur, Montréal Autochtone

De son côté, la directrice générale du RCAAQ, Tanya Sirois, continue d’interpeller les candidats et les partis politiques qui, selon elle, ne rejettent pas d’emblée la question autochtone. Elle se demande tout de même quel est leur degré d’ouverture et de sensibilité.

« Parce qu’ils ne se sont pas prononcés encore, donc moi quelqu’un qui ne se prononce pas, je me dis, jusqu’où vous vous engagez dans cette question-là? ».

Mme Sirois profitera du débat des chefs présenté à la télévision de Radio-Canada, jeudi, pour leur poser une question au nom du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec :

« Que comptez-vous faire pour assurer un meilleur accès aux services pour la population autochtone urbaine et assurer une société inclusive pour eux? »

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