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Joséphine Bacon : « la femme digne qui raconte »

Joséphine Bacon, poète
Joséphine Bacon, poète Photo: Radio-Canada / Anne-Marie Yvon
Radio-Canada

La poète innue Joséphine Bacon fait paraître dimanche son 4e recueil de poésie, Uiesh - Quelque part, sa première œuvre « urbaine », pensée et écrite en français, inspirée par 50 ans de vie à Montréal.

Un texte d’Anne-Marie Yvon

Il y a 10 ans à peine, Joséphine Bacon n’écrivait pas. Elle griffonnait sur des bouts de papier les mots qui l’habitaient. Des mots que lui avaient soufflés ses ancêtres au fil de leurs rencontres, la transmission naturelle de sa langue et de sa culture oubliées pendant 14 ans de pensionnat.

En 2008, une rencontre déterminante lui permet de coucher sa prolifique poésie sur papier.

Ses premiers recueils racontent la vie dans l’arrière-pays, ce territoire que les anciens, des nomades, ont tant parcouru. Le vocabulaire surgit instinctivement en innu, racontant la toundra et le panorama à perte de vue.

Des mots à transmettre

Uiesh - Quelque part, publié chez Mémoire d’encrier lui est plutôt inspiré par « le bout de la rue, sans horizon » qu’elle arpente depuis un demi-siècle. Cette rue, dans cette cité qu’elle respecte malgré le manque de profondeur de champ parce que, dit-elle, la ville lui a redonné son histoire, ses mythes fondateurs.

« C’est dans la ville que j’ai retrouvé mes vraies origines », précise-t-elle en faisant référence aux trois anthropologues qu’elle y a rencontrés. Débarquée à Montréal en 1968 pour travailler en secrétariat, c’est plutôt dans le bureau de Rémy Savard et de ses collègues anthropologues que Joséphine Bacon aboutit.

Elle traduit de l’innu vers le français leurs recherches sur le terrain, ils lui enseignent son histoire, sa culture, ses mythes et la langue du territoire, le Nutshimit, qu’elle entend sur les cassettes qu’ils rapportent.

Nutshimit : langue innue de l’arrière-pays
Innu-assi : langue innue des réserves

La ville lui a donc beaucoup donné, répète-t-elle, et elle a eu envie de la mettre en scène dans ce 3e recueil écrit en solo.

Écrire est aussi une manière pour la poète, née à Pessamit au sud-ouest de Baie-Comeau, d’exprimer son désarroi devant certaines réalités. « L’impuissance me donne des mots à écrire », dit-elle.

C’est le cas dans cet extrait d'un poème où elle aborde la problématique des pipelines.

« Ma terre bafouée
Par un serpent venimeux
Où coule mon histoire »

Une culture à perpétuer et à partager

Les mots de Joséphine Bacon sont ancrés dans la culture québécoise depuis plusieurs années, entre autres parce que des interprètes, dont Chloé Sainte-Marie et Alexandre Belliard, les ont mis en musique et fait entendre aux quatre coins de la province.

Une forme d’appropriation culturelle? Pas selon Mme Bacon, pour qui l’« innu est une trop belle langue pour que ça reste enfermé en réserve. » Je savais que Chloé allait faire voyager ma langue, ajoute-t-elle en précisant que c’est la façon dont on s’approprie quelque chose qui fait la différence.

Il faut se parler, dialoguer, soutient-elle, « mais si une personne va amener ton histoire à être entendue par des milliers d’autres, c’est bien. »

Si Joséphine est l’une des rares à écrire des poèmes dans sa langue, l’innu, qu’elle enseigne aussi depuis peu à l’Institution Kiuna, elle mise sur la génération montante : Natasha Kanapé-Fontaine, dont la force est le militantisme, « c’est comme ça qu’on la reconnaît », dit Joséphine Bacon et Naomi Fontaine « une jeune auteure très affirmative », ajoute-t-elle. Deux auteures qui représentent l’espoir chez les jeunes.

« Ce n’est plus le silence là », conclut celle qui a encore de côté plein de petits bouts de papier couverts de mots, celle qui, dans un de ses poèmes, se décrit comme étant aujourd'hui « la femme digne qui raconte ».

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