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Chaakapesh : l’OSM chez les Autochtones

Maestro Kent Nagano, le chef d'orchestre de l'Orchestre symphonique de Montréal.

Maetro Kent Nagano, le chef d'orchestre de l'Orchestre symphonique de Montréal, lors de la répétition générale de l'opéra Chaakapesh

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve

Radio-Canada

Après le coup d'envoi dans la métropole jeudi soir, l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM) amorcera ce mois-ci une tournée de communautés inuites, cris et innues. L'orchestre dirigé par Kent Nagano y interprétera l'opéra de chambre Chaakapesh, le périple du fripon, inspiré d'une légende mille fois racontée dans les communautés autochtones.

Un texte de Laurence Niosi

Dix ans après s’être déplacé au Nunavik pour interpréter L’histoire du soldat d’Igor Stravinsky en inuktitut, l’OSM va encore plus loin cette année en s’attaquant à un conte fondateur du peuple innu. L’histoire est en outre narrée non pas en une langue autochtone, mais trois – l’innu, le cri et l’inuktitut – respectivement par Florent Vollant, Ernest Webb et Akinisie Sivuarapik.

Le baryton Geoffroy Salvas et le ténor Owen McCausland chantent quant à eux en cri, la langue maternelle de l’auteur manitobain Tomson Highway, à qui l’orchestre a donné carte blanche pour écrire le livret (le compositeur Matthew Ricketts signe quant à lui la musique). C’est d’ailleurs M. Highway qui a choisi la légende de Chaakapesh, à laquelle il a donné un ton résolument humoristique, à son image.

« Les histoires de Chaakapesh sont toujours drôles. Ce n’est pas juste ma personnalité, c’est la personnalité de mon peuple, de ma langue maternelle », précise l’auteur, qui s’est inspiré pour son opéra du mythe de Jonas et la baleine.

Dans le conte revisité par M. Highway, Chaakapesh, « le fripon innu » qui est aussi le dieu du rire, est sollicité par Dieu pour venir en aide aux Premières Nations, massacrées par les colonisateurs (« le peuple de Fesse-de-lune », ou « fesses blanches », dans l'opéra). Chaakapesh décline la mission. En guise de punition, il est englouti par une baleine, qui se trouve à être Dieu.

« Pendant quelques jours, [Chaakapesh] mène ce débat avec la baleine, ou Dieu, sur la valeur du meurtre, du massacre [des Autochtones] et le rire. Qu’est-ce qui a le plus de valeur, le rire ou le meurtre? », explique le dramaturge.

Tomson Highway, l'auteur de l'opéra de chambre Chaakapesh : Le périple du fripon, présenté par l'Orchestre symphonique de Montréal.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Tomson Highway, l'auteur de l'opéra de chambre Chaakapesh : Le périple du fripon, présenté par l'Orchestre symphonique de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve

Une collaboration

Dans la foulée de la controverse sur le spectacle de Robert Lepage Kanata, Chaakapesh, le périple du fripon marque par ailleurs une collaboration réussie entre des artistes autochtones et non autochtones.

« C’est quelque chose d’assez unique de s’approprier l’OSM, c’est rare. C’est une logistique énorme d’arriver dans une petite communauté comme Maliotenam ou ailleurs dans le Nord. J’apprécie que l’OSM se déplace vers nous. C’est ce qui marque l’intention de rapprochement », souligne l’auteur-compositeur-interprète Florent Vollant, qui a été approché au printemps dernier par l’OSM pour faire la narration en innu. La première rencontre a d’ailleurs eu lieu chez lui, à Maliotenam.

« [Le spectacle] a été très bien accueilli, d’autant plus que la source même est autochtone. C’est quelque chose de remarquable », ajoute-t-il.

Le spectacle, rendu possible par le programme Nouveau Chapitre du Conseil des arts du Canada, se rendra au Nunavik avec un effectif réduit (15 musiciens). Pour le reste de la tournée, l’oeuvre sera présentée avec 45 musiciens.

Tomson Highway se dit ravi de partager son histoire avec les habitants du Québec, au nord comme au sud. « J'aime rire et les gens vont rire. Et c'est pour ça que je suis ici sur la planète, c'est ma première responsabilité », affirme l'auteur.

Chaakapesh n'aurait pas dit mieux.


Après un second spectacle à la Maison symphonique de Montréal le 8 septembre, la tournée se poursuit à Kuujjuaq (10 septembre), Salluit (12 septembre), Kuujjuarapik (14 septembre), Oujé-Bougoumou (17 septembre), Mashteuiatsh (18 septembre) et Maliotenam (19 septembre).

Arts