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Un père bispirituel dénonce le code d’appartenance de sa communauté

Un homme autochtone vêtu d'une chemise pose, sans sourire.
Wayne Wallace, un père de jumeaux, affirme que le code d’appartenance de sa communauté est discriminatoire parce qu’il n’accorde l’adhésion qu’à son enfant biologique. Photo: CBC / courtoisie

Un père bispirituel d'une communauté malécite du Nouveau-Brunswick dénonce un règlement qui ne reconnaît qu'un seul de ses fils jumeaux comme membre de leur communauté.

Un texte de Lenard Monkman

Wayne Wallace a le statut d’Indien et il est membre de la communauté malécite de Madawaska, au Nouveau-Brunswick. Son mari et lui ont des fils jumeaux âgés de quatre ans qui sont nés d’une mère porteuse. Toutefois, seulement un seul des garçons est reconnu membre de la communauté Madawaska.

« Les jumeaux ont la même mère. Mon mari et moi avons chacun fertilisé un œuf. Les deux œufs ont été implantés et ont été viables », explique le père.

Les jumeaux ont tous les deux leur statut d’Indien en vertu de la loi sur les Indiens qui dépend d'Ottawa. Or, comme un seul des jumeaux est le fils biologique de Wayne Wallace, le seul du couple reconnu comme membre de la communauté malécite, l'autre jumeau, lui, se retrouve exclu en raison de la réglementation établie par le conseil de bande.

En 2014, Madawaska avait modifié son code d’appartenance pour permettre à la bande de décider qui peut devenir un membre de la communauté.

Selon ce nouveau code, tous les enfants nés d’une mère originaire de la communauté sont automatiquement membres.

Les pères doivent quant à eux se soumettre à un test de paternité pour prouver que leur enfant est le leur, biologiquement.

« Lorsque l’enfant naît, il faut faire une demande d’adhésion à la bande », dit Wayne Wallace.

« Lorsqu’il s’agit d’un homme, la bande demande d’aller faire un test de paternité au laboratoire de leur choix, explique-t-il. S’il refuse, l’enfant n’est pas autorisé à devenir membre. »

Frères avec des statuts différents

Le code crée une division au sein de la famille de Wayne Wallace.

« Il y a un frère qui est un membre, alors que l’autre ne l’est pas. L’un d'eux a tous les avantages d’être membre de la communauté dans laquelle il vit et l’autre n’a rien », souligne M. Wallace.

Il croit que le règlement est discriminatoire pour les gens transgenres, qui ont des problèmes de fertilité ou qui souhaitent adopter.

« Si j’avais marié une femme, ça n’aurait jamais été un problème », soutient-il.

L’an dernier, il a déposé une plainte à la commission canadienne des droits de la personne.

Il doit rencontrer les leaders de sa communauté lors de séances de médiation.

« Ils ont contacté la chef pour savoir si elle serait ouverte à participer [aux séances]. Elle a refusé en expliquant qu’elle n’a aucun pouvoir pour changer le règlement, puisqu’il s’agit d’une décision de la communauté », raconte Wayne Wallace.

Discrimination ou gouvernance?

Au dernier recensement, Madawaska comptait 557 membres. La communauté a récemment remporté un dossier de revendications territoriales contre le gouvernement fédéral et négocie actuellement une compensation qui pourrait atteindre 150 millions de dollars.

Selon la chef Patricia Bernard, Madawaska a adopté son code d’appartenance en 1986.

La communauté souhaitait s’assurer que seuls de réels descendants puissent devenir membres.

« Notre communauté offre beaucoup d’avantages, et il est arrivé par le passé que des gens prennent en charge des enfants qui n’étaient pas les leurs. Nous sommes une petite communauté, tout le monde sait à peu près tout », explique la chef.

« Donc, pour éviter ce genre de situation, nous avons décidé d’agir, ajoute-t-elle. Les membres l’ont eux-mêmes demandé pour obtenir une sorte de certitude quant à la descendance. »

Une femme autochtone, dans un boisé, sourit.Patricia Bernard, chef de la Première nation malécite de Madawaska au Nouveau-Brunswick, affirme que sa communauté a adopté son propre code d’appartenance en 1986 Photo : CBC / Julia Wright

La communauté a décidé de modifier le code après deux ans de consultations publiques et un référendum.

Patricia Bernard ne croit pas que le code est une forme de discrimination. Elle pense plutôt qu’il s’agit d’une protection pour la culture et l’identité de la communauté.

« Les enjeux entourant cette question sont beaucoup plus profonds que ça. Ce n’est pas de la discrimination, soit tu es un descendant, soit tu ne l’es pas », dit-elle.

Wayne Wallace se dit conscient que le conseil de bande ne peut pas changer le code sans l’appui de la communauté, mais il espère ouvrir un dialogue pour permettre à son fils d’être reconnu.

« Tout ce que je veux, c’est que mon enfant soit traité comme n’importe quel membre de la communauté », affirme-t-il.

Société