•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Kanata se fera sans les Autochtones

Des acteurs déguisés en Autochtones sont devant un tipi sur une scène.
La première de Kanata est prévue en décembre, à Paris. Photo: CBC / Théâtre du Soleil
Radio-Canada

La pièce de Robert Lepage et d'Ariane Mnouchkine Kanata sera produite sans l'implication d'Autochtones. Lors de la rencontre d'hier avec les cosignataires de la lettre ouverte publiée dans Le Devoir il y a quelques jours, les metteurs en scène ont été catégoriques sur ce point.

Un texte de Gabrielle Paul

« Ils [Robert Lepage et Ariane Mnouchkine] nous ont demandé de leur faire confiance et d'attendre de voir la pièce », dit la réalisatrice abénaquise Kim O'Bomsawin, l'une des cosignataires qui ont participé à la rencontre.

Ils [Robert Lepage et Ariane Mnouchkine] sont prêts à entendre la musique et savent qu'ils vont probablement déclencher une grosse polémique

Kim O'Bomsawin, réalisatrice

La rencontre, qui s'est terminée à 23 h jeudi soir, a donné lieu à de nombreux débats philosophiques.

« Il y a eu beaucoup d'échanges sur ce que c'est le théâtre finalement. C'est surtout parce qu'eux revendiquent le droit que n'importe qui peut personnifier l'autre », raconte-t-elle.

« Personnellement, je me suis rendu compte qu'on était devant deux postures philosophiques irréconciliables », ajoute-t-elle.

On a beaucoup crié à la censure, mais c'est bien la dernière chose qu'on voulait faire

Kim O'Bomsawin, réalisatrice

« Une des cosignataires, Maya Mollen Cousineau , leur a dit "Excusez-moi, mais vous parlez à des peuples qui ont été censurés pendant plus de 400 ans. On en connaît un bail sur la censure et ce n'est pas ça qu'on fait". »

La réalisatrice abénakise Kim O'BomsawinLa réalisatrice abénakise Kim O'Bomsawin Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve

« Il n'y aura pas de tribunal, précise Kim O'Bomsawin. On avait de grands questionnements sur la démarche artistique. Quand on nous a dit que les sujets des pensionnats et des femmes autochtones assassinées ou disparues allaient être abordés sans qu'on fasse partie de l'aventure, on a eu très peur. »

Autre proposition

Ariane Mnouchkine a invité des troupes de théâtre autochtones à aller collaborer au Théâtre du Soleil, à Paris.

Kim O'Bomsawin demeure quant à elle prudente.

« Les gens de théâtre étaient très heureux de ça, dit-elle. Ça assure une représentativité autochtone dans le théâtre, mais ça n'assure pas le succès de Kanata. »

Les craintes persistent

Malgré le dialogue entamé, Kim O'Bomsawin croit que Kanata risque de heurter certaines personnes.

« J'ai peur de l'accueil que ça va avoir dans nos communautés, confie-t-elle. Ça va être douloureux pour beaucoup de personnes. Les pensionnats ne sont pas une blessure du passé, c'est encore une plaie béante. »

« Oui, les grands principes de théâtre du genre "l'autre peut jouer ma souffrance", dans les faits, c'est vrai, mais après on s'expose à faire plus de tort que de bien au nom de l'art. »

« Plus j'y pense et je me dis "À quoi ça sert, quel est le rôle de l'art si aucune responsabilité sociale ne vient avec ça?" », se demande la réalisatrice.

« Kanata est une incohérence »

Robert Lepage pilote actuellement le projet du théâtre Le Diamant, à Québec. L'une des lignes directrices de ce projet est l'implication des Premières Nations.

« Robert Lepage est un ami des Premières Nations depuis de nombreuses années, rappelle Kim O'Bomsawin. Kanata est une incohérence. Même pour Mme Mnouchkine, qu'on sent comme une femme progressiste. Elle a fait des pièces formidables en impliquant des gens des communautés qui étaient concernées. Elle collabore d'habitude avec les principaux intéressés du sujet. »

Société