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Les contraventions remises aux itinérants autochtones ne sont pas une solution

Des pancartes militantes sont attachées à une clôture près du Square Cabot à Montréal.
«Ne vous assoyez pas ici ou vous recevrez un ticket», «Attention! Ne vous assoyez pas ici. La police donne des tickets», peut-on lire sur des affiches faites par des manifestants. Photo: CBC / Jessica Deer

La judiciarisation des itinérants autochtones est une problématique que dénoncent plusieurs organismes oeuvrant auprès d'eux. De son côté, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) reconnaît qu'il manque de ressources pour intervenir autrement.

Un texte de Sophie-Claude Miller

Putulik Komak vit en situation d’itinérance à Montréal depuis plusieurs années et accumule les contraventions. Il en a encore reçu une la semaine dernière pour flânage. Celle-ci s’ajoute aux nombreuses autres remises pour avoir roulé en vélo sur le trottoir, avoir consommé de l’alcool en public ou avoir été en état d’ébriété sur la voie publique. En tout, il a pour plus de 25 000 $ de contraventions.

Un homme sourit à la caméra et on voit la station de métro Atwater du Square Cabot derrière lui.Putulik Komak, un Inuit vivant à Montréal en situation d'itinérance depuis bon nombre d'années, dit avoir cumulé pour plus de 25 000$ de contraventions. Photo : Radio-Canada / Sophie-Claude Miller

Si Putulik ne paie pas ses amendes, un mandat d’arrêt peut être lancé contre lui. Il tente présentement de les payer en effectuant du travail communautaire au Centre d’amitié autochtone de Montréal.

Mais Putulik croit que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) devrait cesser de donner des contraventions aux itinérants. Selon lui, un centre de dégrisement serait beaucoup plus efficace qu’une contravention remise aux itinérants intoxiqués.

Le poste de quartier 12 dit manquer de ressources

Martine Dubuc, commandante en chef du poste de quartier 12 (PDQ 12), explique qu’il est difficile pour le SPVM d’aller au-delà de l’application de la loi lorsque des plaintes sont faites. Elle ajoute qu’il n’y a pas beaucoup de ressources vers lesquelles se tourner.

Dans le PDQ 12, des ressources, il n’y en a pas beaucoup. […] On aimerait ça avoir des ressources. Il manque de ressources.

Martine Dubuc

La commandante en chef mentionne que, personnellement, elle aime l’idée d’un refuge autorisant la consommation d’alcool. Elle se dit convaincue qu’un lieu où les gens pourraient consommer de façon contrôlée serait bénéfique.

« … ces gens-là ont besoin d’aide. Ils n’ont pas besoin d’aller en prison nécessairement là, c’est qu’ils ont besoin d’aide », confie Martine Dubuc.

La policière favorise un centre de dégrisement. Ce serait une ressource où les gens pourraient aller dessoûler lorsqu’ils se retrouvent dans la rue et qu’une plainte a été déposée contre eux.

« […] si on peut l’emmener là, c’est sûr que pour nous c’est super, au lieu de l’emmener en prison. Parce que de toutes façons, on s’entend que le résultat [d’incarcération] au bout du compte, ça n’aidera pas », affirme Martine Dubuc.

Selon elle, c’est le système au complet qui doit prendre en charge les itinérants. Elle déclare qu’au PDQ 12 on a besoin de l’aide du système de santé, des services sociaux et des différents paliers gouvernementaux pour cesser la judiciarisation des itinérants.

Annie pose devant la clôture d'un restaurant huppé. Derrière elle, un policier parle à une de ses collègues. On voit aussi des tours de condos neufs qui entourent le Square Cabot. Annie Roussy Ste-Croix, bénévole inuite pour la patrouille de rue « Wolfpack » et au centre de jour « La porte ouverte », mentionne que la gentrification du quartier a des impacts négatifs pour les plus vulnérables. Photo : Radio-Canada / Sophie-Claude Miller

Annie Roussy Ste-Croix est Inuite. Elle fait du bénévolat avec la patrouille de rue « Wolf Pack » ainsi qu’au centre de jour « La porte ouverte » en plus de travailler au café de la maison ronde. Si elle s’implique autant, c’est que la cause de l’itinérance lui tient vraiment à cœur. Certains membres de sa propre famille sont eux-mêmes des itinérants.

Annie dit voir plusieurs clients itinérants qui reçoivent toutes sortes de contraventions pour des infractions lui paraissant mineures. Être assis dans les couloirs du métro alors qu’on devrait être debout, boire une bière au coin de la rue, traverser la rue en dehors des intersections, « des niaiseries comme ça », dit-elle.

Vous donnez des billets [de contravention] à des personnes qui ne seront pas capable de les payer. Ça s’accumule et ça continue…

Annie Roussy Ste-Croix, bénévole

La jeune Inuite dit qu’elle a vu un client ayant accumulé pour près de 200 000$ de contraventions. Elle ajoute que certains d’entre eux ont réussi à trouver un programme pour les aider à faire baisser le montant dû en exécutant des travaux communautaires.

Des actions concrètes

Dans l’esprit de réconciliation, nous demandons que les citoyens.nes.s, commerçant.es et politicien.nes mettent un terme à ces abus de manière définitive et dès maintenant.

déclaration du Projet Iskweu du Foyer pour femmes autochtones de Montréal

Une femme autochtone s'adresse à la douzaine de personnes présentes à la manifestation.Nakuset, la directrice du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, s'adresse aux gens présents pour appuyer la demande du Projet Iskweu. Photo : Radio-Canada / Sophie-Claude Miller

Pour Nakuset, la directrice du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, les personnes précaires et souvent marginalisées issues de ces communautés « sont la cible constante des pratiques de profilage social et racial de la part de la police de Montréal ».

Cette dernière demande à la Ville d’être proactive et de cesser de donner des contraventions abusives aux personnes en situation d’itinérance.

Nations métisses et autochtones

Société