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Pow-wow à Kahnawake : quand la danse est une médecine

Bonita Georges et sa fille Chyella Star Georges Gamble (Nation Mohawk)
Bonita Georges et sa fille Chyella Star Georges Gamble Photo: Radio-Canada / Sophie-Claude Miller

La communauté mohawk de Kahnawake, située sur la Rive-Sud de Montréal, tenait son pow-wow annuel les 14 et 15 juillet. Espaces autochtones a rencontré une dizaine de danseurs qui y participaient. Ils nous expliquent pourquoi ces danses sont médecine et ils nous présentent leur régalia.

Un texte de Sophie-Claude Miller

Sous une chaleur accablante, les danseurs et danseuses affluent de partout au pays. Ils viennent surtout pour danser et peut-être même remporter un prix en argent offert aux meilleurs dans leur catégorie respective.

Chyella Star Georges Gamble, nation mohawk

Chyella, 11 ans, se présente comme une danseuse de la guérison (healing dancer). Son style : la danse de la robe à clochettes. Elle explique que toutes les maladies et mauvaises énergies vont à l’intérieur des clochettes qu’elle porte. Lorsqu’elle danse, les clochettes se frappent ensemble et émettent un son permettant au négatif de tomber au sol.

Chyella danse ce style en particulier depuis qu’elle sait marcher. Elle en est à son cinquième régalia (l’habit traditionnel porté pour l’occasion). La jeune fille mohawk veut danser toute sa vie. « Je vais danser aussi longtemps que mon corps me le permettra », affirme fièrement Chyella.

Chyella Star Georges Gamble en pleine compétition de robe à clochettes. Chyella Star Georges Gamble en pleine compétition de robe à clochettes. Photo : Radio-Canada / Sophie-Claude Miller

Sa mère, Bonita, fait tout son perlage et l’accompagne aux pow-wow auxquels elle participe. Chyella mentionne que la compétition est amusante, mais que ce qui compte pour elle, c’est la guérison qu’elle apporte et le fait de partager ses traditions.

Madison Milliea, nation micmac

Madison, aujourd’hui âgée de 10 ans, exécute la danse du châle depuis sept ans malgré son jeune âge. Elle aime beaucoup lorsque les gens la prennent en photo et lui posent des questions pour en apprendre plus sur sa culture. Ses parents et son petit frère, originaires de la communauté d’Elsipogtog au Nouveau-Brunswick, l’accompagnent dans les divers pow-wow auxquels elle participe.

Madisson Milliea Madisson Milliea Photo : Radio-Canada / Sophie-Claude Miller

Elle est là pour danser et veut continuer toute sa vie. La jeune Micmac exécute aussi la danse de la robe à clochettes dont elle aime le son. Mais le fait que cette robe soit faite pour prier pour les gens malades ou qui ne sont pas bien lui fait apprécier encore plus cette danse.

Je le fais plus pour la danse et non pas pour la compétition. Ça ne fait pas de différence si je gagne ou pas.

Madison Millea

Kyanna Kingbird, nation micmac et Paskwamostosis Lightning, nation maskwacis

Le couple que forment Kyanna et Paskwamostosis est fort malgré la distance qui les sépare. Elle vit dans la communauté d’Esgenoopetitj au Nouveau-Brunswick, il est de la communauté de Maskwacis en Alberta, mais vit présentement à Sudbury, en Ontario.

Tous deux ont fait une dizaine d’heures de route pour se retrouver au pow-wow de Kahnawake.

Kyanna Kingbird (à g.) et Paskwamostosis Lightning Kyanna Kingbird (à g.) et Paskwamostosis Lightning Photo : Radio-Canada / Sophie-Claude Miller

La danse a toujours fait partie de la vie de Paskwamostosis. Il affirme avoir commencé à danser avant même de marcher. Dans sa famille, on danse depuis longtemps, il est la 4e génération à danser dans les pow-wow.

Il précise que c’est toute sa vie, ajoutant, en riant, que lorsqu’il aura 70 ans, nous pourrons toujours le voir danser. Il tenait d’ailleurs à lancer le message suivant :

Si vous avez envie de danser, vous n’avez qu’à débuter. Il y a des gens plus expérimentés aux pow-wow qui pourront vous aider!

Paskwamostosis Lightning

Paskwamostosis a perlé une partie de son régalia de style libre, alors que sa mère a confectionné la majorité des morceaux. Un de ses oncles lui a offert ses mocassins et il a commandé le buste à un membre de sa communauté. C’est assurément un effort communautaire pour compléter un régalia, affirme-t-il.

Pour les gens qui n’ont pas dansé toute leur vie, ça peut être une bonne façon de reconnecter avec la culture.

Kyanna Kingbird

Kyanna apprécie particulièrement le fait que les pow-wow soient aussi un événement social. Elle a perlé ses barrettes et son bandeau elle-même, mais la ceinture est un cadeau de son conjoint. Kyanna dansait toute jeune, elle a cessé pendant une dizaine d’années, avant de reprendre et d’initier sa fille de 6 ans dès qu’elle a su marcher.

Pour pouvoir être une bonne influence sur la vie de ma fille, j’ai réalisé que je devais moi aussi me remettre à la danse.

Kyanna Kingbird

Kyanna fait elle aussi la danse de la robe à clochettes et elle croit sincèrement qu’elle va danser toute sa vie. Elle explique que cette danse est une cérémonie de guérison et que les gens peuvent offrir du tabac pour qu’elle danse spécialement pour les guérir eux ou leurs proches. La danseuse va alors prier pour la personne qui en a besoin tout en dansant.

Kylie et Keysha Two-Axe McMullin, nation mohawk

Kaylee Two-Axe McMullen (à l'avant plan) et Paskwamostosis LightningKaylee Two-Axe McMullen (à l'avant plan) et Paskwamostosis Lightning Photo : Radio-Canada / Sophie-Claude Miller

Les sœurs mohawks Kylie et Keysha font surtout la danse du châle. Cette danse représente un papillon qui virevolte. La plus âgée des deux, Keisha, compte déjà 10 ans d’expérience, même si elle n’a que 13 ans.

Keisha Two-Axe McMullen Keisha Two-Axe McMullen Photo : Radio-Canada / Sophie-Claude Miller

Les filles aident un peu leur mère qui confectionne leurs régalias et qui les accompagne aux pow-wow. Elles apprécient beaucoup ces occasions de danser, de partager leur culture avec fierté et de sortir en famille.

Ivanie Aubin-Malo, nation malécite

Pour Ivanie, le pow-wow de Kahnawake était l’occasion rêvée d’enfin danser avec son nouveau régalia qui représente les doubles courbes de la nation malécite. Elle a fait tout son perlage elle-même, une amie mohawk de Kahnawake a aussi collaboré à la réalisation du vêtement traditionnel qui s’est étalée sur trois ans. La diplômée en danse contemporaine croit que son propre parcours a une influence positive sur les plus jeunes.

Ivanie Aubin-MaloIvanie Aubin-Malo Photo : Radio-Canada / Sophie-Claude Miller

Je sens qu’il y a un éveil, un intérêt pour apprendre [les danses pow-wow].

Ivanie Aubin-Malo

La danseuse professionnelle confie qu’elle a débuté la danse pow-wow alors qu’elle était à une période de sa vie où elle se sentait perdue dans son identité et qu’elle se remettait en question. Pour elle, apprendre la danse du châle a été une réelle guérison et elle souhaite ne jamais cesser de danser.

Maranda Penada Gunn, nation algonquine

Maranda est venu danser au pow-wow pour montrer sa fierté d’être Algonquin. Il est venu avec une dizaine d’autres personnes qui, tout comme lui, fréquentent le refuge de Projets Autochtones du Québec (PAQ). Même s’ils vivent la dure réalité de l’itinérance au quotidien, il était important pour eux d’être sobres dimanche et de venir profiter du pow-wow.

Maranda Penada GunnMaranda Penada Gunn Photo : Radio-Canada / Sophie-Claude Miller

La conjointe de Maranda est décédée il y a un an. Comme le veut la tradition algonquine, il n’a pas touché aux objets qui lui appartenaient et a pris une pause de la danse. Il est revenu danser cette année au pow-wow de Kahnawake pour lui rendre hommage. Il chérit la roue de médecine qu’elle lui a faite, il la garde précieusement au bout de son bâton de parole. Son beau-frère lui a offert les mocassins et sa chemise à rubans. L’aile de plumes d’outardes lui a été offerte par un chasseur de Mashteuiatsh.

Ça m’a donné un boost d’énergie positive et avec ça je vais aider mes confrères autochtones.

Maranda Penada Gunn

Maranda dit avoir plusieurs amis autochtones pris dans des cycles de consommation. Ceux-ci veulent qu’il leur montre les traditions qu’il connaît. Maranda ne s’est pas inscrit pour compétitionner. Il lance à la blague qu’il n’a pas besoin de montrer qu’il est le meilleur.

Raven Swamp, nation mohawk

La Miss Indian World 2017, Raven Swamp, était aussi présente pour l’occasion. Elle n’a pas dansé depuis plus de 10 ans, soit depuis le décès de sa grand-mère qui lui avait tout enseigné. Mais l’appel de la danse est revenu à force de prendre part à tant de pow-wow dans le cadre de ses fonctions de Miss.

Raven SwampRaven Swamp Photo : Radio-Canada / Sophie-Claude Miller

Tout ce que je suis à ce jour, c’est à cause de ma grand-mère. Je danse en son honneur aujourd’hui.

Raven Swamp

La jeune femme âgée de 20 ans fait la danse de la fumée. C’est une danse traditionnelle mohawk très rapide. La musique est interprétée par un seul chanteur avec un tambour d’eau au son très saccadé.

Deux femmes de sa communauté mohawk de Kahnawake ont réalisé l’impressionnant perlage de son régalia. Une femme de la communauté mohawk d’Akwesasne lui a offert sa jupe et, en échange, Raven est en train de lui perler le collet de son régalia. Raven veut elle aussi danser le plus longtemps possible.

Tonadah Kwé Dexter Jimerson, nation cayuga

Tonadah Kwé a 22 ans et il fait partie du clan du Loup, de la nation cayuga. Il donne souvent des ateliers dans des écoles et montre quelques pas de danse aux étudiants. Pour lui, il était important de venir danser au pow-wow et d’ainsi célébrer sa culture. Il siège aussi au comité organisateur du pow-wow de Kahnawake.

Je suis exalté, j’aime voir autant d’Autochtones de partout se réunir au même endroit pour célébrer la vie.

Tonadah Kwé Dexter Jimmerson

Son régalia a surtout été confectionné par sa grand-tante d’Akwesasne, Pauline. Il affirme qu’il a commencé à danser avant même sa naissance, car sa mère dansait quand elle était enceinte de lui.

Tonadah Kwé Dexter Jimerson Tonadah Kwé Dexter Jimerson Photo : Radio-Canada / Sophie-Claude Miller

Aussi loin qu’il se souvienne, il a toujours fait la danse de la fumée iroquoise. Tonadah Kwé explique que c’est un chant de guerre et une danse cérémonielle typiquement iroquoise. Il termine en disant que nous devons tous être bons les uns envers les autres, car on ne sait jamais ce que les autres vivent.

À lire aussi : Guide 101 des pow-wow

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