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La controverse du spectacle Kanata retentit dans l'Ouest canadien

Portrait de Robert Lepage.

Après l'annulation de son spectacle « SLÀV », le metteur en scène québécois Robert Lepage est de nouveau la cible des critiques pour sa nouvelle production, « Kanata ».

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Radio-Canada

La controverse qui a forcé l'annulation du spectacle SLĀV, et qui s'étend maintenant à la production Kanata, résonne aussi en Saskatchewan où l'on dénonce une appropriation culturelle des peuples autochtones.

Un texte de Lise Ouangari

Janelle Pewapsconias, une poète originaire de la Première Nation Little Pine, en Saskatchewan, se range derrière les signataires d’une lettre ouverte qui dénoncent l'absence de membres autochtones dans le spectacle Kanata, mis en scène par le dramaturge québécois Robert Lepage.

Le spectacle Kanata, qui sera présenté à Paris à partir de décembre, est une relecture de « l'histoire du Canada à travers le prisme des rapports entre Blancs et Autochtones ».

Selon Janelle Pewapsconias, le spectacle est un « autre exemple d’appropriation culturelle ». Selon elle, des consultations ne sont pas suffisantes, et le spectacle devrait être fait dans le cadre d’une entière collaboration.

« Je trouve déjà très problématique qu'un Blanc ou un colon essaie de raconter notre histoire. Il ne suffit pas de faire des consultations. Il devrait y avoir un partenaire de la communauté autochtone qui en ferait partie », a-t-elle expliqué.

Janelle Pewapsconias pose devnat la caméra et porte un bonnet. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Durant l'été 2017, Janelle Pewapsconias avait dénoncé le spectacle de danse d'une troupe ukrainienne dont une partie voulait représenter les Première Nations. Elle avait jugé la danse offensante malgré les bonnes intentions de la troupe de danse.

Photo : CBC / Bridget Yard

« Il n'y a aucun moyen pour qu'une personne blanche puisse comprendre pleinement les implications de l'esclavage, du génocide autochtone, de l’oppression contre les Métis... parce que tout ce que vous pouvez faire, c’est de l'apprendre dans un manuel ou d’entendre l'histoire d'autres gens alors que les Noirs, les Autochtones, ou les gens de couleur, nous vivons ces réalités chaque jour », a dénoncé Janelle Pewapsconias.

Elle souligne par ailleurs qu’il y a beaucoup d’artistes autochtones qui peuvent raconter leurs propres histoires, mais qu’ils ne sont pas suffisamment sollicités.

« Nous avons beaucoup de personnes autochtones instruites et talentueuses, les talents ne manquent pas. En revanche, il y a un manque d'efforts du côté canadien pour s'engager auprès des Autochtones, des Noirs et des gens de couleur », a-t-elle indiqué.

Elle regrette le manque de fonds et de promotion des subventions qui existent pour donner davantage d’espace aux artistes autochtones.

« Ça n'a pas d'allure »

Guy Michaud, acteur et codirecteur artistique du Théâtre Oskana, à Regina, a également critiqué le choix de Robert Lepage de ne pas intégrer suffisamment d'acteurs noirs dans son spectacle SLÀV, sur l’esclavage.

« On a déjà pensé à faire des pièces en essayant d'amener des Africains canadiens à embarquer dans notre troupe et de peut-être produire une pièce sur leur vécu et non pas le mien. Mais, si j'en fais la mise en scène, je ne pourrai pas prendre des personnes de race blanche, des Ukrainiens pour jouer des Magrébins. Ça n'a pas d'allure », commente Guy Michaud.

Échec à la réconciliation

James Daschuk, professeur à l'Unversité de Regina, croit que le fait de ne pas intégrer la voix des Autochtones n'est pas un bon moyen de servir le but de la réconciliation.

L'appropriation culturelle, c'est lorsqu'on prend la voix d'un autre groupe culturel.

James Daschuk, professeur à l'Unversité de Regina

« En 2018, on est à l'époque de la Commission de vérité et de réconciliation, où on a fait 94 appels à l'action. Les grands appels à l'action, c'est apprendre des choses à propos des enjeux autochtones, des pensionnats, des traités, des affaires comme ça, mais ce n'est pas prendre la voix des Autochtones », explique James Daschuk.

« Chanter des chansons autochtones ou africaines ou juives ou [autres], si on n'est pas de leur groupe culturel, on ne devrait pas le faire », ajoute-t-il.

La compagnie de Robert Lepage, Ex Machina, avait précisé dans le quotidien Le Devoir que des témoignages filmés de membres des Premières Nations seront intégrés au spectacle.

Avec des informations de Rose Nantel

Saskatchewan

Arts de la scène