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Graphie des mots d’origine autochtone : Radio-Canada explique sa politique

Tableau peint sur quatre panneaux représentant une famille des Premières Nations et des animaux dont un ours et une torture.
Différentes oeuvres autochtones occupent l'espace de la Galerie Mewinzha Photo: Avec l'aimable autorisation de Musée historique Fort Erie
Radio-Canada

L'orthographe des mots autochtones a été l'objet de débat dans ces pages. Normal : la langue est au cœur des identités autochtones puisqu'elle « code » pour ainsi dire la relation singulière au monde de chacune des cultures. Espaces autochtones a jugé pertinent dans ce contexte de donner la parole au premier conseiller linguistique de Radio-Canada pour qu'il explique comment on établit la graphie française de mots d'origine autochtone utilisés dans nos pages.

Par Guy Bertand, premier conseiller linguistique, Services français de Radio-Canada.

Au fil des ans, un certain nombre de termes employés à l’antenne de Radio-Canada ont été remplacés par d’autres, plus pertinents, afin de refléter l’évolution de la société. Dans cet esprit, certains noms autochtones ont été remplacés par d’autres dont la graphie est plus fidèle à celle de la langue d’origine. Le respect des peuples autochtones figure au nombre des priorités du radio-télédiffuseur public.

La Société Radio-Canada consulte régulièrement des membres des diverses communautés autochtones du pays afin de mieux connaître leurs préoccupations et leurs attentes. Ces échanges permettent à la société d’État de présenter l’image la plus représentative et la plus respectueuse possible de ces communautés.

La grande diversité des langues autochtones

Les nombreuses langues autochtones du pays ainsi que les dialectes régionaux qui leur sont associés ont peu en commun avec la langue française. Cette réalité rend difficile une intégration parfaite des noms autochtones au français. Des langues comme le cri et l’inuktitut s’écrivent avec un alphabet différent de celui du français. Il faut donc translittérer les toponymes, les odonymes, les patronymes et les autres termes associés à ces cultures. Les translittérations peuvent varier d’une communauté à l’autre. L’uniformité n’est guère plus présente dans la graphie de noms appartenant à des langues autochtones qui utilisent l’alphabet romain.

Il est important de préciser que nous ne devons poser aucun jugement de valeur sur cette réalité puisque toutes ces graphies sont justifiées. Généralement, elles reproduisent les différentes prononciations en usage dans diverses communautés où ces mots sont en usage. Il arrive parfois que ces graphies soient celles que des instances gouvernementales, tantôt anglophones, tantôt francophones, ont choisies par le passé et que les membres des communautés concernées désirent conserver.

Il appartient aux autorités autochtones d’uniformiser les différentes graphies des mots associés à leurs communautés respectives, s’ils le jugent nécessaire. La Société Radio-Canada respecte le choix des communautés autochtones en ce qui a trait à la désignation des réalités qui leur sont propres. De même, il revient aux locuteurs francophones de déterminer quelle est la graphie française la plus pertinente, c’est-à-dire celle qui est conforme aux règles d’écriture françaises tout en demeurant le plus fidèle possible à la prononciation autochtone d’origine.

Cette pratique tout à fait légitime s’applique également aux locuteurs de langues autochtones lorsqu’ils doivent écrire des noms français. On ne saurait contester la graphie abénaquise d’un nom français, par exemple. Les locuteurs d’une langue autochtone ont le droit de modifier la graphie d’un nom français en fonction du système phonétique de leur langue. En ce qui a trait à la graphie du terme Anichinabé, voici ce qu’on recommande dans le site linguistique de Radio-Canada :

Radio-Canada privilégie les graphies francisées Anichinabé et Anichinabée (anichinabé et anichinabé), car ce sont celles qui sont recommandées dans les ouvrages de langue et qui sont les plus courantes. On emploiera donc ces graphies en général dans les textes du web et les surimpressions.

Toutefois, nous recommandons de respecter les graphies que la nation a adoptées dans ses appellations officielles (organismes, associations, établissements, etc.), en l'occurrence Anishnabe, Anishinabe, Anishinaabe, Anishinabeg, Anicinapek, Anicinape, etc. Dans ces cas, on respectera intégralement la graphie employée (majuscules, minuscules, accords, etc.).

Enfin, dans un contexte de traduction, on privilégiera les formes francisées, à moins qu'une traduction ne se soit imposée dans l'usage.

Des représentants autochtones et différentes sources sont consultés par Radio-Canada

Ces recommandations sont le fruit de consultations auprès d’autorités linguistiques officielles. Elles tiennent notamment compte de l’information contenue dans les fiches et les articles du Grand dictionnaire terminologique et de la Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française, ainsi que dans les articles du dictionnaire USITO de l’Université de Sherbrooke.

En outre, elles ont été approuvées par un comité interne auquel participent des spécialistes de la langue et des membres des communautés autochtones. Il est possible que d’autres modifications soient apportées à des noms autochtones dans les années à venir. Toutefois, quelles que soient ces modifications, elles feront l’objet d’une consultation préalable auprès des autorités concernées.

Avis à nos lecteurs : une mise à jour de cet article a été effectuée le 19 juillet 2018 par Nathalie Bonsaint, conseillère linguistique-terminologue

Nations métisses et autochtones

Société