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À chaque peuple sa langue

Les diverse graphies du nom du peuple autochtone de la famille linguistique et culturelle algonquienne.
Les diverse graphies du nom du peuple autochtone de la famille linguistique et culturelle algonquienne. Photo: Radio-Canada / Sophie Leclerc
Lettre ouverte

La lettre ouverte Décoloniser la terminologie autochtone d'Audrey Monette-Deschênes a fait réagir un de nos lecteurs, un citoyen de Gatineau, M. Bernard Desgagné.

Une lettre ouverte de Bernard Desgagné

Dans sa lettre ouverte intitulée « Décoloniser la terminologie autochtone » et publiée dans le site de Radio-Canada, Audrey Monette-Deschênes prétend que ce sont les Amérindiens, et non les francophones, qui doivent décider comment on nomme les peuples et comment on écrit les mots en français. C'est faux.

Ce sont les francophones qui décident de nommer comme ils veulent en français les peuples, les États, les villes et les autres réalités géographiques ou sociales. L'orthographe est déterminée selon la logique interne du français comme cela se fait dans toutes les autres langues.

Par exemple, en français, on dit Pennsylvanie, Caroline du Nord, Géorgie, Catalogne, Brésil, Moscou et Tokyo. Ce ne sont ni les Étasuniens, ni les Catalans, ni les Brésiliens, ni les Russes, ni les Japonais qui décident des mots français, sinon, il faudrait nommer ces États et ces villes Pennsylvania, North Carolina, Georgia, Catalunya, Brasil et Москва.

Dans le cas de Tokyo, il faudrait employer des idéogrammes, ce qui serait peu commode, on en convient. Et c'est sans compter les contorsions de la bouche que le pauvre francophone devrait faire pour respecter la prononciation dans la langue d'origine, avec des phonèmes et des intonations qui n'existent pas en français.

Quand on parle une langue, on voit l'univers depuis le point de vue de cette langue, qu'il s'agisse du français, de l'arabe ou du cri. Ce n'est pas la langue française qui colonise les Inuits ou les Wendats, mais bien Mme Monette-Deschênes qui veut faire de la colonisation à l'envers en espérant imposer aux francophones des noms et des graphies qui ne sont pas français et qui donneraient lieu à des prononciations indésirables.

Par exemple, la graphie Anichinabé déplaît à Mme Monette-Deschênes. C'est dommage parce que cette graphie permet de prononcer le nom du peuple en question d'une façon qui se rapproche passablement du nom en langue anichinabée. La graphie qu'elle nous propose, Anishinaabe, correspondrait en français à la prononciation « anichina abe », avec un « e » muet à la fin, ce qui serait certainement encore plus loin de la prononciation en langue autochtone.

Il est important de franciser les graphies justement pour éviter que le locuteur ne sache pas trop comment prononcer le mot. Le français a l'avantage d'être une langue plus régulière phonétiquement que d'autres langues, notamment l'anglais. Les francophones savent depuis leur tendre enfance qu'ils peuvent décoder les mots syllabe par syllabe, ce qui ne se fait pas en anglais.

Les peuples autochtones d'Amérique formaient de grandes civilisations qui ont été malheureusement décimées avec l'arrivée des Européens, et plus précisément à cause des maladies, des guerres et de la confiscation des territoires symbolisée par les réserves indiennes encore présentes dans le paysage canadien.

Nous devons redécouvrir ces civilisations qui nous ont légué d'immenses richesses et ont permis à nos ancêtres venus de France et d'ailleurs de survivre et de former un nouveau peuple francophone en Amérique auquel se sont même joints beaucoup de locuteurs de souche amérindienne, comme les Innus.

Nous devons valoriser le patrimoine autochtone. Mais nous n'avons pas besoin, pour ce faire, de travestir la langue française.

Société