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Les Inuits craignent que les débris spatiaux ne contaminent l'environnement

Plan éloignée de la fusée dans le ciel.
La fusée Rokot dans les minutes suivant son décollage de Russie. Photo: Agence spatiale européenne

Les Inuits et les politiciens du Nunavut s'inquiètent du fait que les débris de fusées, comme celles lancées mercredi pour le compte de l'Agence spatiale européenne (ESA), pourraient répandre du carburant toxique dans l'Extrême-Arctique en retombant sur la Terre.

Le lanceur Rokot a décollé du nord de la Russie, avec à son bord le satellite Sentinel-3B qui surveillera l’atmosphère, les océans, le sol et la glace de la Terre, dans le cadre du programme Copernicus.

Des intervenants s'affairent autour de la fusée.Le nez du lanceur Rokot de l'Agence spatiale russe, qui devait emporter un satellite de l'Agence spatiale européenne. Photo : La Presse canadienne / Agence spatiale européenne/Stephane Corvaja

Aussi grande qu'un immeuble de 15 étages, cette fusée est en fait un ancien missile balistique intercontinental russe de l’époque de la guerre froide qui a été remis à neuf. La partie qui se détache après le décollage et qui retombe au sol est de la taille d’une fourgonnette.

Le lanceur est propulsé par de l'hydrazine, une substance extrêmement toxique.

Le décollage de mercredi était le 15e du genre susceptible de toucher la baie de Baffin depuis une dizaine d’années, selon Michael Byers, un chercheur canadien qui s’intéresse de près à la question.

Le Nunavut a bien essayé de stopper les lancements, mais il n’a pas réussi, a indiqué son ministre de l'Environnement, Joe Savikataaq.

Aucune étude n’a été menée pour déterminer si les débris qui retombent dans l'eau sont nocifs pour la faune de la région, déplore M. Savikataaq. « C'est une préoccupation pour nous, dit-il. Aucun pays ne veut servir de dépotoir à des fusées usagées pour d’autres pays. »

On nous dit que tout le combustible toxique est brûlé lors de l'entrée dans l'atmosphère terrestre. Mais nous n’en avons pas la certitude.

Joe Savikataaq, ministre de l'Environnement du Nunavut
Plant rapproché de M. Savikataaq.Joe Savikataaq, ministre de l'Environnement du Nunavut. Photo : Radio-Canada / Ashley Burke

Le gouvernement du Nunavut surveille la situation de près.

Selon un message des services publics diffusé dans les derniers jours, les débris peuvent se retrouver dans les eaux entre l'île d'Ellesmere et le Groenland. « On s'attend à ce que les débris tombent à l'extérieur des eaux territoriales canadiennes, indique le message. C’est un incident à très faible risque. Il ne devrait y avoir d'effets négatifs ni sur la collectivité, ni sur l'environnement, ni sur la faune. »

La présidente du Conseil circumpolaire inuit et de la Commission Pikialasorsuaq, Okalik Eegeesiak, estime que tant que les recherches n'auront pas démontré la sécurité, les lancements devraient être arrêtés.

Les vestiges spatiaux tombent dans l'une des zones les plus riches de l'Arctique sur le plan de la biodiversité, dit-elle.

La polynie septentrionale – la zone libre de glace de l’Arctique – est située à l'extérieur des eaux territoriales du Canada, mais à l'intérieur d'une zone économique partiellement contrôlée par celui-ci. On y trouve des phoques, des bélugas, des narvals et des morses, que les Inuits du Canada et du Groenland chassent pour se nourrir.

Nos sources de nourriture risquent d’être contaminées par des matières toxiques, et le gouvernement [fédéral] fait la sourde oreille.

Okalik Eegeesiak, présidente du Conseil circumpolaire inuit et de la Commission Pikialasorsuaq
Plan rapproché de Mme Eegeesiak.Okalik Eegeesiak, présidente du Conseil circumpolaire inuit et de la Commission Pikialasorsuaq. Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Mme Eegeesiak s'inquiète particulièrement de l’effet cumulatif des débris qui retombent dans l'eau depuis des années.

Okalik Eegeesiak souhaite qu’Ottawa fasse participer les Inuits aux décisions qui concernent l'Arctique.

Professeur de relations internationales et directeur de la Chaire de recherche du Canada à l’Université de la Colombie-Britannique, Michael Byers souligne que des études réalisées en Russie et au Kazakhstan laissent croire que les conséquences sont importantes. Cependant, aucune étude n'a été menée sur l'impact au Canada.

« Il est probable qu'une partie du carburant hautement toxique reste dans l’étage du lanceur qui retombe sur la Terre, affirme M. Byers. Ce carburant pourrait remonter à la surface de l’eau ou encore s'échapper si le réservoir de carburant se rompt, et il pourrait alors former un nuage de vapeur toxique susceptible de flotter jusqu'au Groenland ou l'île d'Ellesmere. »

Le ministre Savikataaq note que c'est une question difficile à élucider parce que les débris coulent sous la surface de l'eau. La zone concernée est vaste, et il serait difficile de suivre et de récupérer les restes.

L’ESA a indiqué à CBC News qu’elle planche sur une solution et travaille sur « des carburants chimiques verts pour remplacer l'hydrazine », qui seraient, eux, inoffensifs pour l'environnement, « mais ils ne sont pas encore opérationnels ».

Avec les informations d’Ashley Burke, de CBC News

Avec les informations de CBC News

Protection des écosystèmes

Environnement