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La réconciliation de l'Église avec les Autochtones : « Pardonner pour guérir et s'aimer pour avancer »

La réconciliation de l'Église avec les Autochtones : «Pardonner pour guérir et s'aimer pour avancer»

Sans attendre les excuses papales, l'archidiocèse de Saint-Boniface au Manitoba a demandé pardon aux peuples autochtones de son diocèse, il y a quelques années. Les efforts de réconciliation sont en cours depuis sept ans. La paroisse catholique St. Alexander, dans la Première Nation de Sagkeeng, en est un bon exemple.

Un texte de Marie-Lise Mormina

Jennifer Courchene-Smith, de la Première Nation de Sagkeeng, a entamé un processus de guérison avec la religion, en dépit de l'héritage des pensionnats autochtones, qu'elle combat au quotidien.

Les parents de Jennifer Courchene-Smith ont tous les deux fréquenté un pensionnat autochtone. Des années plus tard, la famille en conserve toujours des séquelles.

Sa mère, aujourd’hui décédée, est enterrée dans le cimetière de la paroisse St. Alexander, situé sur l'ancien lieu du pensionnat de la réserve.

C'était difficile pour elle [...] Elle pouvait voir sa maison à partir du pensionnat, mais elle n'avait pas le droit d'y aller.

Jennifer Courchene-Smith
paroisse catholique St. Alexander Paroisse catholique St. Alexander Photo : Radio-Canada / Megan Goddard

À présent, Jennifer souhaite que sa foi l'aide à faire la paix avec le passé et avec les violences qui perdurent. Si elle y parvient, dit-elle, c'est entre autres grâce au travail de l’abbé Augustine Ezediniru, de la paroisse St. Alexander.

Dans cette paroisse, où l’abbé Augustine Ezediniru a consacré beaucoup d'énergie à bâtir des ponts, le nombre de fidèles s’est accru dans les dernières années. L’abbé permet aux paroissiens de trouver leur place dans la religion en y exposant leur culture.

Des capteurs de rêve sont accrochés aux murs de la paroisse St. Alexander.La paroisse St. Alexander, dans la Première Nation de Sagkeeng, affiche des symboles autochtones. Ces capteurs de rêves illustrent les croyances autochtones et catholiques. Photo : Radio-Canada / Megan Goddard

Dans l'archidiocèse de Saint-Boniface, ce processus de réconciliation se poursuit chaque année avec une rencontre qui réunit de 30 à 40 représentants de huit communautés autochtones du diocèse. Cette rencontre se tient dans la Première Nation de Sagkeeng.

Gros plan à l'intérieur de la paroisse.L'archevêque de l'Archidiocèse de Saint-Boniface a fait une demande de pardon aux peuples autochtones il y a quelques années pour les sévices du passé, commis dans les pensionnats. Photo : Radio-Canada / Megan Goddard
Gros plan à l'intérieur de la paroisse.Les bancs de la paroisse St. Alexander sont disposés en cercle, un symbole fort représentant la vie chez les peuples autochtones. Photo : Radio-Canada / Megan Goddard

L’abbé Augustine Ezediniru se souvient de ces premières rencontres. Il y avait de la tension, de l’émotion et de la colère, confie-t-il.

Mais, au cours des ans, ces rencontres ont aussi permis de tisser des amitiés et, à présent, on y aborde plusieurs enjeux des Premières Nations, comme l’éducation, le respect des traités, le suicide ou la santé.

Les diocèses canadiens et la réconciliation

En mars, un communiqué de la Conférence des évêques catholiques du Canada mentionnait ceci : « Les évêques catholiques doivent améliorer les relations avec les peuples autochtones. » Une position qu'Albert LeGatt, l'archevêque de Saint-Boniface au Manitoba, soutient également.

Tous ne sont pas rendus à la même place dans le processus de réconciliation entre les Autochtones et l’Église.

Monseigneur LeGatt, archevêque de Saint-Boniface, au Manitoba

Tous les diocèses au Canada n'ont pas fait une demande de pardon, ajoute-t-il.

L'abbé Augustine Ezedeniru, membre du diocèse, tient un bâton avec un plume, un symbole de vérité et d'authenticité pour les autochtones. L'archevêque de Saint-Boniface a fait une demande de pardon aux peuples autochtones, il y a quelques années, pour les sévices du passé commis dans les pensionnats. Photo : Radio-Canada / Megan Goddard

La discussion doit également être inclusive, selon Mgr LeGatt. Elle ne peut se restreindre aux Autochtones et aux diocèses.

« Je peux parler en mon nom pour le diocèse, mais qu’est-ce que les 115 000 catholiques pensent des relations entre Autochtones et Canadiens? Entre les Autochtones et Église? Moi, j’ose dire qu’il y a du travail à faire », affirme-t-il.

Au-delà de la religion

L'abbé Augustine Ezedeniru tient un t-shirt affichant le slogan et le symbole de cette campagne. L'abbé Augustine Ezedeniru a lancé une campagne pour sensibiliser la communauté locale et manitobaine à l'importance de la réconciliation. À ses yeux, il faut pardonner pour guérir et s'aimer pour avancer. Photo : Radio-Canada / Megan Goddard

Le rôle de l'abbé Augustine Ezediniru ne s’arrête pas au domaine du religieux. À ses yeux, la réconciliation passe aussi par un plus grand engagement de l’Église dans le bien-être des fidèles et de la communauté. Ainsi, il aide ses paroissiens en ce qui a trait aux documents juridiques, il écrit des lettres de recommandation ou encore, il motive les jeunes à poursuivre leurs études.

Des excuses papales toujours souhaitées

Même si ces gestes sont appréciés par la communauté, la guérison ne sera pas totale pour Jennifer Courchene-Smith, une paroissienne, tant que le pape François n’offrira pas d'excuses.

Pour l’abbé Augustine Ezediniru et pour Mgr LeGatt, des excuses papales sont nécessaires. Ils gardent espoir qu'elles viendront.

Pour Jennifer, ce refus, même s'il est temporaire, reste douloureux, « très douloureux » ajoute-t-elle.

L'abbé et la paroissienne discutent dans la paroisse. L'abbé Augustine Ezedeniru, de la paroisse St. Alexander dans la Première Nation de Sagkeeng, aide une paroissienne, Jennifer Courchene-Smith, à guérir des blessures du passé, laissées par les pensionnats autochtones. Photo : Radio-Canada / Megan Goddard

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