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Où est le repentir de l’Église? demande une Autochtone au pape

Plan rapproché de Mme Daigneault.

Bernice Daigneault, alias Asiskikootewanapiskosis, a écrit une lettre très dure au souverain pontife.

Photo : Radio-Canada / Rosalie Woloski

Radio-Canada

Honte, scandale, tromperie, déni, comble de l'hypocrisie : c'est en employant des mots très durs qu'une survivante des pensionnats autochtones s'adresse « d'égale à égal » au pape François, quelque temps après qu'il eut refusé de présenter des excuses au nom de l'Église catholique pour « le mal » qui a été commis à grande échelle dans ces établissements.

« L'histoire des abus dans les pensionnats ne peut pas être expliquée comme le fait de "quelques pommes pourries" au sein de votre Église. Ces atrocités étaient le fruit de facteurs systémiques, dont la doctrine de l’Église et sa structure hiérarchique patriarcale », écrit Bernice Daigneault, une éducatrice de la Saskatchewan, dans une lettre ouverte publiée sur CBC.ca (Nouvelle fenêtre).

Mais c’est sous le nom d'« Asiskikootewanapiskosis » qu’elle signe sa lettre. « Nous donner des noms différents, comme Bernice ou Marie ou qu’importe, dans le cadre d’un soi-disant sacrement, fait partie du processus de colonialisme et des méthodes de l’Église », explique-t-elle.

Et c’est en s’adressant à « M. Jorge Mario Bergoglio (soit le pape François) » qu’elle la commence : « Je ne fais pas ça pour vous manquer de respect, mais parce que je veux parler à l’être humain que vous êtes réellement, d’égale à égal – ce que nous sommes, selon ma culture. »

Mme Daigneault souligne que la décision du pape la rend « furieuse ».

« J'ai subi des abus culturels, personnels et physiques de la part des religieuses, mais aussi les violences sexuelles les plus abjectes d'un prêtre qui citait les Écritures tout en s’exécutant », écrit-elle.

Lorsqu'un mal se perpétue à cause de réalités systémiques ou institutionnelles, il incombe au chef de l’institution non seulement de s'excuser, mais aussi de s’assurer de la changer en profondeur.

Bernice Daigneault (Asiskikootewanapiskosis), dans sa lettre

« C'est le comble de l'hypocrisie que de prôner la réconciliation, la guérison et la solidarité avec les peuples autochtones tout en refusant de s'excuser pour les atrocités commises par l'Église catholique. Sans excuses, l’emploi de mots tels que réconciliation, guérison et solidarité se révèle une mascarade. […] C’est non seulement hypocrite, mais trompeur. »

Je crois que vous, les chrétiens, appelez cela le repentir. Comme le chantait Leonard Cohen, je me demande ce que signifie ce repentir, sans excuses. Cela fait de tout votre message "chrétien" une coquille vide.

Bernice Daigneault (Asiskikootewanapiskosis), dans sa lettre

Bernice Daigneault déplore également que l’Église catholique se soit jusqu’ici montrée si réticente à contribuer aux efforts du gouvernement du Canada pour indemniser les victimes des pensionnats. « C’est une honte », écrit-elle.

Demande relayée par Ottawa

Plan moyen des trois intervenants.

Le premier ministre Justin Trudeau et sa conjointe Sophie Grégoire, au moment d'être reçus au Vatican par le pape François, le 29 mai 2017.

Photo : Reuters / Ettore Ferrari

La Commission de vérité et réconciliation avait notamment recommandé que le Vatican présente ses excuses aux survivants et aux familles des victimes de sévices subis dans les pensionnats fédéraux pour Autochtones, dont la gestion avait été confiée aux communautés religieuses. Des milliers d'enfants arrachés à leur famille ont subi pendant plus d'un siècle d'innombrables agressions physiques, psychologiques et sexuelles dans ces établissements, qui constituaient dans les faits un véritable outil de « génocide culturel » à l'encontre des Premières Nations, avait reconnu la Commission.

Le premier ministre Justin Trudeau avait même personnellement transmis cette demande au pape, l'an dernier, à l'occasion d'une visite au Vatican.

Mais, dans une missive adressée aux Autochtones du pays, le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, Lionel Gendron, expliquait qu'après avoir examiné cette demande le souverain pontife avait conclu qu'il ne pouvait pas « y répondre personnellement ».

Le pape s'était cependant montré ouvert à la possibilité de rencontrer des représentants des Premières Nations à l'occasion d'une éventuelle visite au Canada.

D'ici là, les évêques du pays étaient encouragés « à continuer de s'engager dans un travail intensif de pastorale visant la réconciliation, la guérison et la solidarité avec les peuples autochtones ». La réconciliation entre l'Église catholique et les Autochtones demeure une priorité pour le Vatican, assurent ses émissaires.

Comment les Autochtones sont-ils censés croire ou participer à des activités pastorales quand ce sont les "pasteurs" qui les ont agressés?

Bernice Daigneault (Asiskikootewanapiskosis), dans sa lettre

Saskatchewan

Nations métisses et autochtones