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Trans Mountain : une autre crise d’Oka pourrait se dessiner, disent des chefs

Les deux hommes se font face et se regardent intensément.
Scène emblématique de la crise d'Oka : le face-à-face du soldat Patrick Cloutier et du warrior anichinabé Brad Laroque, le 1er septembre 1990. Photo: La Presse canadienne / Shaney Komulainen
Radio-Canada

Des leaders autochtones avertissent le premier ministre Justin Trudeau de ne pas forcer la note en imposant l'expansion du pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan, sans quoi il pourrait être responsable d'une nouvelle crise d'Oka.

Un texte de Bernard Barbeau

Le grand chef de la Nation Okanagan, Stewart Phillip, aussi président de l’Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique, et le grand chef du conseil mohawk de Kanesatake, Serge Simon, ont publié dans The Globe and Mail une lettre ouverte où ils rappellent que des dizaines de communautés se trouvant sur le tracé de l’oléoduc projeté s’y opposent.

Plusieurs de celles-ci contestent en Cour d’appel fédérale l'approbation du projet par l’Office national de l'énergie (ONE) et le gouvernement Trudeau, en 2016, et sont prêtes à aller jusqu'en Cour suprême.

« Les actionnaires de Kinder Morgan commencent à comprendre l’ampleur de l’opposition au projet, menée par les Autochtones », écrivent-ils.

Quelle blague cruelle ce serait si, en cette ère de "réconciliation", le Canada répétait les erreurs du passé.

Stewart Phillip et Serge Simon
Plan rapproché de M. Phillip, vu de profil devant un micro.Stewart Phillip, grand chef de la Nation Okanagan et président de l’Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique, en novembre 2017. Photo : La Presse canadienne / Chad Hipolito

D’après eux, si M. Trudeau choisit d’« ignorer » les droits des Premières Nations, il « placera le Canada sur le chemin d’une crise catastrophique comparable à celle qui a secoué Oka », en 1990.

« Pendant trop longtemps, les gouvernements et l’industrie ont pensé qu’ils pouvaient ignorer les peuples autochtones et faire mine de nous consulter tout en faisant à leur tête de toute façon », déplorent les deux hommes.

Ils citent les titres ancestraux des Premières Nations sur leurs terres : « Vous devez obtenir notre consentement préalable, libre et informé avant de développer nos terres, en particulier lorsqu’il est question d’un projet aussi risqué que celui de Kinder Morgan, qui menace la terre, l’eau et le climat. »

« C’est notre Constitution à l’œuvre, avec les Autochtones qui ont le dernier mot sur leurs territoires », insistent MM. Phillip et Simon.

Plan rapproché de M. Simon.Serge Simon, grand chef du conseil mohawk de Kanesatake, en novembre 2016. Photo : La Presse canadienne / John Woods

Risque d'escalade

En entrevue avec Espaces autochtones, Serge Simon, qui a vécu la crise d'Oka de près, souligne qu'il n'est absolument pas question pour eux de lancer des menaces.

On veut rester pacifiques. Mais c'est une réalité : quand on parle des droits ancestraux, on se tient debout et le reste n'est pas toujours sous notre contrôle.

Serge Simon

Le grand chef Simon continue de croire à la réconciliation, mais craint qu'il devienne nécessaire de la mettre « de côté » ne serait-ce que temporairement.

« Les choses peuvent dégénérer, dit-il. Mais j'espère que non. »

« En même temps, on peut voir de magnifiques gestes de réconciliation véritable, alors que des Canadiens nous appuient et tentent de faire de ce pays un endroit plus juste », écrivent d'ailleurs MM. Phillip et Simon.

Des bouts de pipeline sur le sol devant les montagnesDes morceaux de pipeline sur les terrains de Trans Mountain à Kamloops en Colombie-Britannique Photo : Jonathan Hayward/La Presse canadienne

Un choix et ses conséquences

« Le gouvernement de Justin Trudeau a une décision à prendre, soulignent les signataires. Il peut limiter ses pertes et réaliser qu’il avait tort d’approuver le projet. Ou il peut presser le pas. »

Selon eux, en matière de leadership environnemental, maintenir le cap actuel reviendrait à bien plus qu’un échec. Cela reviendrait à reculer dans le temps jusqu'à l’ère de Stephen Harper, alors que le Canada donnait l’impression de ne pas prendre au sérieux les dangers du réchauffement climatique, croient-ils.

Ce n’est pas un débat typique qui compte plusieurs côtés – il n’y en a que deux : le bien et le mal, survivre ensemble ou mourir ensemble de notre propre main.

Stewart Phillip et Serge Simon

« Ce n’est pas isolé à la Colombie-Britannique : le combat contre les sables bitumineux continue à travers le pays », a affirmé M. Simon en entrevue.

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