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Persistance scolaire et vocations médicales chez les Atikamekw

Persistance scolaire et vocations médicales chez les Atikamekw
Radio-Canada

Ils sont près de 800 étudiants en sciences de la santé à avoir visité des communautés atikamekw et innue depuis 2011. Il s’agit d’abord d’inciter les jeunes Autochtones à persister à l’école. Et puis – pourquoi pas? – susciter des vocations en sciences de la santé. Devenir médecin, infirmier ou physiothérapeute dans des communautés qui manquent cruellement de professionnels.

Un reportage de Guy Bois

Teint de pêche, yeux rieurs, avec accroché à la bouche un sourire parfois gêné. Coralie Niquay a 19 ans. Elle est originaire de Manawan et est étudiante en sciences au Cégep de Lanaudière à Joliette. En septembre, elle devrait amorcer des études en médecine et devenir à terme la première pédiatre atikamekw.

« J’aime beaucoup la biologie, me dit-elle. De savoir comment le corps fonctionne. Et de savoir comment on est fait, on voit que nous sommes bien faits. Et on dirait que plus j’en apprends, plus ça me surprend, et plus j’ai le goût d’en savoir plus. »

Son goût de la médecine lui vient en partie d’une tante infirmière qui, de temps à autre, laissait « traîner », comme elle me dit, des revues traitant de soins avec des représentations des différentes parties du corps. Mais aussi d’expériences personnelles avec sa jeune sœur malade vivant au sein d’une communauté qui manque de soins médicaux.

Coralie NiquayCoralie Niquay Photo : Radio-Canada

S’il y a une urgence majeure, y’a comme trois heures de route qu’il faut faire pour se rendre à l’hôpital le plus proche, c’est-à-dire Joliette. Je me souviens quand j’étais jeune, ma sœur faisait souvent comme des attaques. Ma mère je la voyais partir en ambulance pour venir à Joliette. Ça m’a marquée en tant qu’enfant.

Coralie Petiquay

Coralie demeure une perle rare, trop rare. Les Autochtones ont un important retard à combler sur le plan de l'éducation. Neuf pour cent des Autochtones possèdent un diplôme universitaire, c'est presque trois fois moins que la population non autochtone. Et plus rares encore sont les diplômés en sciences de la santé. Dans ce contexte, garder les jeunes Autochtones aux études constitue un défi majeur pour les nations autochtones.

La caravane de la santé de l’UdeM

Il est 5 heures du matin au pied de la tour de l’Université de Montréal. Une trentaine d'étudiants en médecine, en sciences infirmières, en physiothérapie, en kinésiologie, en pharmacie, en psychologie et même en travail social montent à bord d’un bus. Direction : Manawan.

Presque 5 heures de route. Pour plusieurs étudiants il s'agit d'une première visite dans une communauté autochtone. L'idée est d'offrir aux élèves de l’école secondaire des activités où ils auront du plaisir pour les initier aux sciences de la santé... Et, sait-on jamais, susciter, à l’image de Coralie, des vocations médicales.

Exercice de réanimationExercice de réanimation Photo : Radio-Canada

Lili Jacques et Laurence Truchon sont des finissantes des Sciences infirmières. Les deux complices sont allées une fois à Wendake près de Québec. Elles en sont à leur première expérience dans une communauté autochtone éloignée.

« C’est vraiment des jeunes très gênés. C’est un peu dur de créer des liens avec eux. Ils parlent beaucoup dans leur langue maternelle. »

Lili a raison, les jeunes Atikamekw participent, mais parlent peu. Écouter le cœur au stéthoscope demeure l’activité la plus populaire.

Laurence, elle, songe peut-être à une pratique dans les communautés. Ce qui l’attire, c’est l’autonomie des professionnels de la santé en milieu autochtone.

« J’ai beaucoup d’infirmières que je connais qui reviennent du Nord; qui me disent comment on travaille avec les communautés. J’avais aussi une enseignante au cégep qui avait travaillé avec les communautés. C’est vraiment elle qui nous a donné le goût et la passion. »

« Les jeunes nous reviennent transformés de ces visites », affirme le Dr Éric Drouin. Pédiatre, il enseigne aussi à l’Université de Montréal. C’est lui qui est le responsable de cette caravane estudiantine particulière.

Lili Jacques et Laurence Truchon, deux finissantes en sciences infirmièresLili Jacques et Laurence Truchon, deux finissantes en sciences infirmières Photo : Radio-Canada

Si en 2011 on a favorisé la persévérance scolaire chez les jeunes Autochtones, s'est greffé par la force des choses l'objectif d'attirer plus de professionnels de la santé chez les Autochtones.

Les préjugés tombent de façon générale. On le voit dans les textes que les étudiants écrivent par après. Ils font des travaux de réflexion sur l’expérience qu’ils ont vécue ici. Et on peut voir que ce sont des futurs professionnels de la santé qui ne verront plus les Autochtones de la même façon.

Dr. Éric Drouin, professeur à la Faculté de médecine de l'UdeMtl
Éric Drouin, professeur à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal.Éric Drouin, professeur à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal Photo : Radio-Canada

Jenny est une élève de l’école secondaire Otapi de Manawan. On vient tout juste de mesurer sa pression artérielle. Elle ne veut pas pratiquer la médecine ni les soins infirmiers. C’est une artiste. Elle convient cependant que ce type d’événement est important pour sa communauté.

« C’est une bonne occasion pour les jeunes qui veulent travailler dans la médecine. C’est aujourd’hui qu’ils peuvent en savoir un peu plus avant d’aller en médecine », dit-elle, tout en replaçant une mèche de cheveux récemment teinte en vert.

Jean-François se dit attiré par la médecine.

« Les médecins ne sont pas là les fins de semaine. Ils retournent en ville pour voir leur famille, pis y’a pu de médecin dans la communauté. Tous les jours tu peux avoir besoin d’un médecin et y’en pas. »

Sakay Ottawa, le directeur de l'école Otapi, a lui-même fait des études universitaires. Il sait ce que veut dire sortir de sa communauté, être confronté à d'autres habitudes, à une autre culture, dans une langue qui n'est pas la sienne.

Le défi qu’on a, c’est de sortir les jeunes de la communauté. Qu’ils aient une fierté de qui ils sont. C’est important. La fierté d’être Autochtone, Atikamekw, la fierté qu’on peut réussir aussi. On a des gens qui ont réussi malgré toutes les embûches : la discrimination, le choc culturel. On a des exemples de réussite au sein de la communauté même. 

Sakay Ottawa, directeur de l'école Otapi de Manawan
Sakay Ottawa, directeur de l'école OtapiSakay Ottawa, directeur de l'école Otapi Photo : Radio-Canada

Dans une classe pas très loin Hubert Tessier-Grenier et William McGuire tentent du mieux qu’ils le peuvent d’amorcer un échange sur la question de la toxicomanie avec les élèves. Les deux jeunes hommes sont en première année de médecine.

« Y’a des maladies qu’on voit presque exclusivement chez les Autochtones, comme la tuberculose. Je trouve que c’est dommage que ça soit délaissé par les professionnels », affirme Hubert.

William voit dans la jeunesse atikamekw un potentiel non encore exploité.

« On se rend compte en venant ici que les jeunes ont exactement le même potentiel que n’importe où au Québec. C’est évident! Par contre si on veut contrer le décrochage endémique, il faut qu’on soit capable de les éveiller et leur montrer qu’il est possible autant pour eux que pour nous de pouvoir pratiquer un métier de la santé. »

De retour à Joliette

Pendant ce temps à Joliette, Coralie prépare ses examens de fin de session. Elle ne sait pas encore si elle ira à l’Université Laval ou à l’Université de Montréal. Son cœur balance. Elle sait cependant que c’est la pédiatrie qui l’attire.

Principalement j’aimerais pouvoir travailler avec les enfants. J’ai travaillé cet été au Centre d’amitié autochtone de Lanaudière comme monitrice de camp de jour. J’ai vraiment eu un gros coup de cœur. Voilà pourquoi j’aimerais retourner dans ma communauté et travailler avec les enfants. 

Coralie Niquay

Le modèle de Coralie demeure le chirurgien innu Stanley Vollant, justement l’initiateur en 2011 de ces visites d’étudiants de la santé dans les communautés autochtones. Un modèle qui incarne pour elle tous les possibles.

« Je l’ai rencontré quand j’étais jeune. Pis ça m’a marqué. Croire en mes rêves. Les continuer. J’ai toujours cette petite voix qui me dit : tu vas être capable. »

Nations métisses et autochtones

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