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Cartographier les anciennes voies navigables des Premières Nations

Les Malécites debout dans leurs embarcations sur les rives du village de Kingsclear, au Nouveau-Brunswick, célébrant la fête du Corpus Christi, vers 1887.
Les Malécites debout dans leurs embarcations sur les rives du village de Kingsclear, au Nouveau-Brunswick, célébrant la fête du Corpus Christi, vers 1887. Photo: Archives provinciales du Nouveau-Brunswick : P5-170
Radio-Canada

Sous une portion abandonnée de la route Transcanadienne, au Nouveau-Brunswick, se trouve une autre « autoroute », une voie de navigation vieille de plusieurs milliers d'années et utilisée autrefois par des communautés autochtones pour le commerce. Aujourd'hui, des chercheurs tentent de cartographier ces routes en utilisant une combinaison de logiciels et d'études linguistiques.

En 2015, le gouvernement provincial a fermé le pont de Jemseg, construit dans les années 1960, laissant une grande partie de l'ancienne autoroute à l'abandon et inaccessible.

Or, juste en dessous se trouve la rivière Jemseg, qui, avec des centaines d'autres rivières et ruisseaux, constituaient jadis des routes utilisées par les communautés autochtones qui s’y déplaçaient à l'aide de canots en écorce de bouleau.

Certaines de ces routes sont bien connues aujourd'hui, leurs itinéraires sinueux étant partagés par l'histoire orale de plusieurs communautés autochtones. D'autres ont été soigneusement enregistrés par le célèbre cartographe et historien néo-brunswickois William Francis Ganong.

Mais certaines de ces routes sont moins connues.

« L'une des choses que je voulais examiner était l'utilisation de routes plus petites ou plus éphémères, qui auraient été accessibles seulement pendant certaines périodes de l'année », affirme Chris Shaw, un étudiant diplômé de l'Université du Nouveau-Brunswick.

En utilisant les niveaux d'eau enregistrés annuellement et en les recoupant avec des sites archéologiques connus, Chris Shaw cartographie les endroits où les habitants de la confédération Wabanaki (du 17e et 18e siècles) auraient pu voyager en canot d'écorce de bouleau à différents moments de l'année.

Les Wabanaki sont constitués des nations malécites, mi'kmaq, passamaquoddy, penobscot et abénaquis, qui s'étendent du Maine jusqu’aux Maritimes en passant par certaines régions du Québec.

« Les cartes datant d’il y a 100 ans ne sont pas aussi efficaces que les ordinateurs et les systèmes d'information géographique pour montrer comment le paysage change au fil du temps ou même sur de courtes durées », estime le chercheur.

Ce dernier a également été en mesure de cartographier les durées de déplacement sur ces routes en calculant la moyenne des débits d'eau pendant les différentes saisons.

Une approche différente

Au lieu de regarder les données strictes fournies par la modélisation informatique, une autre chercheure de l'Université du Nouveau-Brunswick essaie de cartographier les anciennes voies navigables en étudiant la langue des personnes qui les ont parcourues.

Mallory Moran, candidate au doctorat, étudie les routes de voyage des Autochtones en faisant correspondre les noms et la nomenclature.

« Ce sont des noms de Premières nations, qui sont donc très anciens, affirme Mme Moran. Je suis capable de travailler avec les premières cartes européennes pour noter où tous les noms sont sur le paysage et développer une carte des noms de lieux ».

Le canot Akwiten Birchbark, construit sur les rives du fleuve Saint-Jean dans les années 1820 par les Malécites, est considéré l'un des plus anciens de ce genre. Il est exposé à la Galerie d'art Beaverbrook de Fredericton au Nouveau-Brunswick.Le canot Akwiten Birchbark, construit sur les rives du fleuve Saint-Jean dans les années 1820 par les Malécites, est considéré l'un des plus anciens de ce genre. Il est exposé à la Galerie d'art Beaverbrook de Fredericton au Nouveau-Brunswick. Photo : Shane Fowler / CBC

Selon la chercheure, la découverte des anciennes voies de portage, où les personnes transportaient leur canot sur les terres pour accéder à différentes voies navigables, permet de faire les liens entre les anciennes voies de navigation.

Comprendre les sociétés autochtones

En dépit de leur ancienneté, une partie de ces routes sont encore intactes et peuvent être parcourues en bateau.

« Les rivières étaient nos routes, et ces routes de portage étaient nos principaux lieux de déplacement, ce qui nous permettait d'acquérir des produits d'autres pays que nous pouvions utiliser dans nos communautés », explique l’artiste Shane Perley-Dutcher de la Première Nation de Tobique, qui fabrique des canots avec l'écorce de bouleau, à la manière de ses ancêtres.

« Il est donc important de connaître ces choses [l’étude des anciennes routes], car cela explique vraiment comment nous avons construit notre société », ajoute-t-il.

Avec les informations de CBC

Nouveau-Brunswick

Nations métisses et autochtones