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Le combat d’une métisse contre la surreprésentation des femmes autochtones dans les prisons

Une femme dehors regarde au loin.

Amanda Lepine

Photo : CBC / Chantelle Bellrichard

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Amanda Lepine s'est lancée dans une véritable bataille pour tenter de mettre fin aux inégalités raciales dans le système de justice et lutter contre la surreprésentation des femmes autochtones dans les prisons canadiennes.

La jeune Manitobaine métisse purge actuellement une peine de huit ans et demi de prison pour un vol à main armée commis en 2015, à Winnipeg.

Agressée sexuellement à l’âge de 3 ans, elle a fini par sombrer dans l’enfer de la drogue et a vécu des situations traumatisantes au sein du système de protection à l’enfance.

Amanda Lepine a été placée dans un centre de détention pour jeunes à 12 ans après avoir fui son foyer d'accueil. Aujourd’hui âgée de 37 ans, elle a passé la majeure partie de sa vie dans des établissements carcéraux. Malgré tout, elle ne se considère pas comme une victime.

« Les gens ont fait de mauvais choix pour moi et c'est ce qui se passe dans le système. On perd le contrôle, on ne peut pas faire de choix pour soi-même. Il y a tous ces gens qui pensent savoir ce qu'il y a de mieux pour nous, mais ce n’est pas le cas », explique-t-elle.

Une femme regarde au loin dehors.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Amanda Lepine réclame un changement de culture au sein du système de justice canadien.

Photo : CBC / Chantelle Bellrichard

Son passage dans une prison pour femmes adultes à l’âge de 14 ans a été sa pire expérience dans le système judiciaire. « J'y suis restée jusqu'à deux semaines avant mes 19 ans, je n'ai vu personne. Je n'ai pas vu ma famille », raconte-t-elle.

Quand ils m'ont relâchée, c'était juste : déposez-moi au centre commercial principal et bonne chance dans la vie.

Amanda Lepine

« Je n'avais pas de revenus, pas de stabilité, pas de famille, et j'ai fini par retomber dans le monde criminel. J'ai commencé à vendre de la drogue, j'ai commencé à boire beaucoup, je n'avais rien », raconte-t-elle.

Amanda a rencontré un homme avec qui elle a eu trois fils. Elle a toutefois mis fin à cette relation quelques années plus tard. Il l’aurait ensuite agressée, puis les Services à l'enfance et à la famille du Manitoba lui ont retiré la garde de ses fils.

« Ils sont arrivés et c’est essentiellement ce qu’ils m’ont dit […] que je ne savais pas comment tisser des liens avec mes enfants », raconte la jeune femme.

Amanda a été arrêtée à Winnipeg en juin 2008 après un vol dans un dépanneur, puis, en 2009, elle a été condamnée à sept ans et demi de prison.

Un problème systémique

Plus du quart des adultes incarcérés au Canada en 2015-2016 étaient Autochtones. Or, ils ne représentaient qu’environ 5 % de la population canadienne.

La situation est d’autant plus préoccupante pour les femmes autochtones. Elles constituaient 38 % de la population carcérale dans les prisons territoriales et provinciales pour femmes adultes en 2015-2016 et 31 % dans les pénitenciers, selon Statistique Canada.

Le système carcéral est comme un pensionnat. C'est une façon de nous tenir à l'écart du reste du monde et de nous faire taire.

Amanda Lepine

Au-delà de la surreprésentation, les recherches démontrent que les femmes autochtones sont plus susceptibles d'être placées dans des unités à sécurité maximale et qu’elles passent plus de temps en isolement.

Souvent, elles ne sont pas admissibles à une libération conditionnelle. Ainsi, lorsqu’elles sortent de prison, elles sont sans ressources et n’ont pas l’appui des services correctionnels pour assurer une transition en douceur.

« C’est possible de réduire le nombre de femmes autochtones dans nos prisons », souligne Debra Parkes, professeure de droit à la Allard School of Law de l’Université de la Colombie-Britannique.

« Nous n'avons même pas besoin de nouvelles lois, mais plutôt de volonté politique, de financement et d'un changement de culture », ajoute-t-elle.

Avec les informations de CBC News

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