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Agressions sexuelles : les Autochtones discutent de guérison

Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones Québec
Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec Photo: Femmes Autochtones Québec
Radio-Canada

Les Autochtones du Québec se mettent en mode solution avec la tenue du Forum des Premières Nations sur les agressions sexuelles qui se déroule à Québec jusqu'à jeudi.

Un texte de Yannick Donahue

Ce Forum, une initiative de Femmes autochtones du Québec (FAQ), est organisé conjointement avec la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL). L’événement, qui a exigé un an de préparation, s’étale sur trois jours et regroupe 128 délégués des Premières Nations au Québec.

Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec, explique avoir reçu ces dernières années une grande quantité de messages et de courriels concernant la problématique des agressions sexuelles et le besoin de guérison, qui l’ont poussée à agir et à aborder le sujet directement.

Chez les Premières Nations, la guérison est vraiment importante, autant chez les victimes que chez les agresseurs. Si on veut vraiment travailler la problématique, on doit inclure aussi le problème de celui qui exerce ces formes de violences.

Viviane Michel

Ainsi, de pair avec la tenue du Forum, Femmes autochtones du Québec lance la campagne #OnGuéritEnsemble, qui inclut aussi le thème #JeFaisMaPart.

L’organisme a diffusé sur son compte Twitter une vidéo expliquant le but recherché. « Notre objectif est de créer un mouvement puissant et durable, autant dans les communautés des Premières Nations qu’à l’extérieur des communautés, pour lutter ensemble contre les agressions sexuelles », indique une porte-parole dans la capsule.

On y apprend que la lutte contre les agressions sexuelles se fait collectivement et que « chacun a un rôle à jouer ». Cette campagne constitue une occasion de réfléchir au rôle que l'on peut jouer pour participer à la guérison.

« Le but de la campagne #JeFaisMaPart, c’est de conscientiser et de mobiliser les gens à être en action. Est-ce qu’on peut arrêter d’être témoin de ce tabou, où on sait qu’il y a des problèmes d’agression sexuelle, mais qu’on n’ose pas en parler? #JeFaisMaPart, c’est moi en tant qu’individu, en tant que femme, ou moi en tant qu’homme, je me sens prêt dans ma communauté à travailler cette problématique. Je me sens prêt à être en action et à m’impliquer pour le mieux-être de nos communautés », déclare Mme Michel.

Marjolaine Siouï, directrice générale de la CSSSPNQL, a expliqué par voie de communiqué les grands axes sur lesquels portent les travaux : « Dans l'esprit de respect de nos cultures, notre plan d'action vise quatre grands objectifs : une meilleure accessibilité aux services, une collaboration améliorée de tous les partenaires locaux et régionaux, une mobilisation de toutes les personnes des Premières Nations pour briser le cycle de la violence sexuelle et une consolidation des outils et mécanismes nécessaires pour briser le cycle de façon durable et sécuritaire ».

Marjolaine Siouï, directrice générale de la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL). Marjolaine Siouï, directrice générale de la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL). Photo : Photo courtoisie

Mobilisation

La FAQ invite les gens à proposer des solutions et à poser des actions. Viviane Michel espère que les personnes des communautés entendront son appel. Elle se dit persuadée qu’elles « ont de belles idées ».

Au fond, qu’attend-elle exactement du forum?

Je souhaite qu’il y ait une mobilisation et qu’on puisse garder cette mobilisation. Je souhaite qu’on ait des engagements clairs en tant qu’individus, en tant que membres des Premières Nations et en tant que collectivité. Ce sont des engagements pour passer à l’action.

Viviane Michel

La présidente croit que le temps de briser des tabous est enfin arrivé. Elle souhaite qu'il y ait une mobilisation et des engagements clairs autant en tant qu'individus, que de membres des Premières Nations ou en tant que collectivité : « Passer à l'action, c'est vraiment çà le mot. Maintenant, est-ce qu’on est prêts? Je pense que oui. On a assez enduré les problèmes d’agressions sexuelles. Je pense qu’on peut passer maintenant vers un chemin de guérison ».

Faire sa part peut prendre diverses formes, comme faire partie d’un comité de travail à l’intérieur de sa communauté, conscientiser sa famille et son entourage quant aux agressions sexuelles.

Relations gouvernementales

Parmi les quatre objectifs du plan d’action, on trouve celui visant « une collaboration améliorée de tous les partenaires locaux et régionaux ». La présidente de la FAQ s’attend à un resserrement des relations avec les autorités gouvernementales.

Elle rappelle que plusieurs déclarations ont été faites lors du forum sur les agressions et le harcèlement sexuels organisé par le Secrétariat à la condition féminine en décembre 2017. Elle souhaite que ces déclarations se traduisent par des engagements.

« On a bien sûr des attentes financières, mais on espère aussi une nouvelle façon de travailler. Est-ce qu’on peut parler de collaboration avec les partenaires et les communautés ou les organisations autochtones? Unissons plutôt les actions. Que les partenaires reconnaissent aussi les différences dans ce qu’on a comme solutions, dans ce qu’on a comme matériel. Parfois, on a des solutions qui ne sont pas reconnues par le palier gouvernemental. »

Elle demande aussi aux autorités plus de latitude. « C’est sûr qu’on demande une certaine flexibilité, parce que dans les règles gouvernementales, il n’y a pas la vision autochtone », déplore-t-elle.

Veillée aux chandelles en soutien aux femmes autochtones à Rimouski, en 2015Veillée aux chandelles en soutien aux femmes autochtones à Rimouski, en 2015 Photo : Radio-Canada

Innovation

Aux Premières Nations, Mme Michel les invite à oser et à innover. « Essayons de soumettre nos propres moyens. Essayons de proposer nos propres moyens. Parce qu’on sait qu’on a de belles réussites à l’intérieur des communautés », souligne-t-elle.

Elle veut mettre de l’avant davantage d’histoires à succès qui améliorent la qualité de vie des communautés, comme les formations à la sexualité qui durent presque une semaine ou les séjours en forêt d’un agresseur avec sa victime pour le confronter à sa problématique.

« Je vois des projets à court terme. Il y a des choses qui fonctionnent, mais c’est toujours à court terme. Nous, ce qu’on veut maintenant, c’est que ce soit des programmes à long terme, si on veut viser une communauté saine. »

Les organisateurs du Forum ont contacté les 44 communautés autochtones de la province pour qu’elles y participent. Ils ont ciblé trois types de personnes. D’abord, les intervenants qui travaillent directement avec les victimes. Ensuite, ils ont invité les directeurs ou gestionnaires des services sociaux, puis les leaders politiques des communautés. Un représentant par catégorie pour chacune des communautés.

« Il y a toute une interconnexion. Le travail va être d’établir ou de faire une planification, dans leur propre communauté, des besoins. On sait que les travailleurs sociaux des communautés sont déjà à quatre pattes. Ils sont débordés. On a besoin de plus d’intervenants spécifiques avec une expertise spécifique pour les agressions sexuelles », affirme Mme Michel.

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