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Raconter les pensionnats autochtones dès la maternelle

David A. Robertson tient une copie de When We Were Alone dans une bibliothèque.
David A. Robertson croit que les enfants de 4 ans sont prêts à entendre parler des pensionnats autochtones, tant que c'est raconté d'une manière qui leur convient. Photo: Holly Caruk/CBC

Un album pour enfants permet d’aborder la réalité des pensionnats autochtones dès la maternelle. Lauréat du Prix du Gouverneur général en 2017, When We Were Alone de David A. Roberston et Julie Flett a été traduit en français cet automne et suscite l’intérêt d’enseignants d’un bout à l’autre du pays.

Un texte d’Anouk Lebel

Quand on était seuls raconte la délicate histoire des pensionnats à travers la conversation d’une petite fille avec Nokom, sa « kokum », un mot qui signifie grand-mère en cri.

Lorsque Nosisim demande à sa grand-mère pourquoi ses vêtements sont colorés, elle lui répond qu’elle a déjà fréquenté une école loin de chez elle, où « tous les enfants étaient habillés de la même façon ».

« Nos uniformes étaient grisâtres, lui explique-t-elle. Regroupés, on ressemblait à un ciel de tempête. »

S’ensuivent d’autres questions sur ses cheveux, sa langue et sa famille.

Une illustration de Julie Flett montrant des enfants autochtones au pensionnat.L'album est illustré par Julie Flett, une militante de Vancouver d'origine métisse et crie. Photo : Holly Caruk/CBC

Le livre est illustré par Julie Flett, une militante de Vancouver d'origine métisse et crie. L'auteur, David A. Roberston, vit à Winnipeg et est originaire de la Nation crie de Norway House, au centre du Manitoba.

Ce dernier a voulu aborder la réalité des pensionnats d’une façon adaptée aux jeunes enfants de quatre ans, en mettant l'accent sur les liens intergénérationnels, une « voie vers la guérison », selon lui.

Il s’agit de penser à ce qu’ils ne savent pas et qu’ils devraient savoir à leur âge, de voir ce qu’on peut leur dire, de mettre les fondations pour le reste de leur parcours scolaire.

David A. Robertson, auteur de When We Were Alone

Père de cinq enfants, David A. Roberston ignorait l'existence des pensionnats autochtones jusqu'à son entrée à l’université. C'est à ce moment que son père lui a appris qu'il avait fréquenté une école de jour à Norway House. L’enseignement se faisait en anglais, alors qu’il ne comprenait que le cri, ce qui a rendu son expérience éprouvante, relate-t-il.

Sa grand-mère a quant à elle dû quitter sa communauté, Cross Lake, pour fréquenter le pensionnat de Norway House, plus d'une centaine de kilomètres plus loin.

« J’ai appris tout ça en tant que jeune homme, mais je crois que j’aurais d'abord dû l’apprendre à l’école », explique-t-il. Il veut maintenant que ses livres servent de ressources aux enseignants pour que cette réalité soit abordée en milieu scolaire dès l'enfance.

« Les enfants sont prêts », croit-il. « Il faut leur donner les outils dont ils ont besoin pour participer au changement lorsqu’ils seront plus âgés. C’est notre responsabilité en tant que parents, enseignants. »

La couverture du livre Quand on était seuls, sur la vie dans les pensionnats autochtonesLa traduction française est parue en novembre dernier. Photo : Radio-Canada / Ricardo Costa

Un intérêt grandissant

Deux mois après sa publication, la traduction française est déjà en réimpression, se réjouit la présidente-directrice générale des Éditions des Plaines, Joanne Therrien.

Elle reçoit des commandes d’enseignants francophones de partout au pays, de l’Ouest canadien aux Maritimes, en passant par le Québec.

La demande est là. Les enseignants demandent souvent des livres en français sur les pensionnats autochtones.

Joanne Therrien, présidente-directrice générale des Éditions des Plaines

La maison d’édition franco-manitobaine avait déjà publié les quatre tomes des 7 générations, une bande dessinée pour adolescents du même auteur, qui aborde elle aussi la question des pensionnats, même de manière plus directe. L'alcoolisme et les abus sexuels y sont notamment évoqués.

Les livres pour enfants qui traitent de la question des pensionnats suscitent un intérêt grandissant depuis la Commission de vérité et réconciliation, remarque Mme Therrien. Les Éditions des Plaines ont commencé à publier sur le sujet en 2010, avec Shi-shi-Etko et La pirogue de Shin-Chi, de Nicola I. Campbell et Kim LaFave.

« On avait la conviction très forte que c’est une histoire qu’on devrait raconter au Canada », conclut-elle.

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