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Affranchis de la DPJ, les Atikamekw veulent encore plus d’autonomie

Christian Coocoo, coordonnateur des services culturels au Conseil de la Nation Atikamekw
Christian Coocoo, chercheur et coordonnateur des services culturels au Conseil de la Nation Atikamekw Photo: Radio-Canada

Désormais responsable de la protection de sa jeunesse, la nation atikamekw demande plus d'autonomie pour prendre en charge la violence conjugale et familiale, ont affirmé jeudi des chercheurs à la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, qui tient ses audiences à Montréal.

Un texte de Laurence Niosi

Legs de la colonisation, du génocide culturel et des traumatismes intergénérationnels, la violence familiale – qui touche autant la famille proche qu’élargie – est très prévalente dans les trois communautés atikamekw de Lanaudière et de la Mauricie (Manawan, Wemotaci et Opitciwan). Mais la façon d’aborder la question diffère entre les Atikamekw et l’État.

Traditionnellement, la nation atikamekw est une société pour qui l’apport de chacun est très important. La survie du groupe en dépend. Comme pour d’autres communautés autochtones, les sanctions réparatrices, plutôt que punitives, sont privilégiées. Le « bourreau » doit être traité également comme une victime, et vice-versa.

« L’idéal, c’est de régler les problèmes de violence familiale au sein de la communauté, de manière holistique, en mobilisant les principes qui font partie de la culture atikamekw, comme la guérison et la réparation », a indiqué devant la Commission la professeure en criminologie Mylène Jaccoud, de l’Université de Montréal.

Un programme de mesures de rechange atikamekw a vu le jour en 2001 pour les infractions mineures. Depuis 2015, il concerne également des infractions liées à la violence conjugale ou familiale. « [Dans ce système], il y a un peu de place pour la mise en oeuvre de processus atikamekw, mais le tout est supervisé par l’État », a souligné Marie-Ève Sylvestre, professeure en droit civil qui étudie le système de justice atikamekw avec sa collègue, Mme Jaccoud.

Pour les infractions mineures, le délinquant peut être redirigé vers le Comité de justice sociale d’Opitciwan, une sorte d’organe de justice alternative. Mais le Comité ne traitera de cas graves (notamment de violence familiale) que si une personne s’adresse à elle directement et sur une base volontaire.

Le chercheur Christian Coocoo, coordonnateur des services culturels au Conseil de la Nation Atikamekw, a expliqué l’importance des traditions pour résoudre des conflits ou simplement pour discuter de problèmes dans la communauté et proposer des solutions : les cercles des hommes (ou de femmes), les tentes de sudation (sweat lodge), le recours au bâton de parole…

« En étant une petite société, tout le monde se connaît. S’il y a des conflits dans la communauté, il ne faut pas attendre que ça s’envenime. C’est pourquoi on privilégie la prévention », a souligné le chercheur atikamekw, qui a également parlé de l’importance du rôle des aînés dans ce genre d’intervention.

Fin janvier, les Atikamekw sont devenus la première nation autochtone au Québec à établir officiellement une entente avec le gouvernement afin d'instaurer leur propre régime de protection de la jeunesse. La nation demandait la prise en charge de ces services depuis une vingtaine d'années.

« C’est aussi un pas vers l’autonomie, vers la gouvernance atikamekw », avait alors dit Alice Cleary, directrice de la protection sociale au Conseil de la Nation Atikamekw.

La Commission, qui est basée à Val-d'Or, tient ses audiences à Montréal jusqu'à vendredi.

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