•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Génie autochtone : découvrir la culture par la science

L'exposition Génie autochtone au Centre des sciences de Montréal

L'exposition Génie autochtone au Centre des sciences de Montréal

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Découvrir les innovations et les objets inventés par les Premiers Peuples tout en plongeant dans les cultures et les valeurs autochtones. C'est ce qu'on peut découvrir jusqu'en mars en parcourant l'exposition Génie autochtone, au Centre des sciences de Montréal. L'exposition nous permet aussi une incursion dans les cultures des premiers habitants de ce pays. Visite guidée avec l'intellectuel innu Jacques Kurtness, qui est aussi l'un des concepteurs de l'événement.

Un texte de Marie-Laure Josselin

Il l’a tellement imaginée. Il va enfin la découvrir. L’innu de Mashteuiatsh, Jacques Kurtness, a le sourire aux lèvres quand il entre dans la salle de l’exposition Génie autochtone.

« Vous avez bien fait les corrections techniques? », s’enquiert-il auprès de Brigitte Belleville, la chargée de projets. Jacques Kurtness a pensé cette exposition en fonction des deux grandes civilisations autochtones : les chasseurs-cueilleurs et les agriculteurs.

Jacques enfile le bracelet électronique qui permet de collectionner les inventions et de jouer à un jeu qui va déterminer son profil : est-il plus observateur ou plus auditif?

Jacques Kurtness, l'un des membres du comité expert autochtone de l'exposition Génie autochtoneAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jacques Kurtness, l'un des membres du comité expert autochtone de l'exposition Génie autochtone

Photo : Radio-Canada

Le territoire

L’un des objectifs du comité d’experts formés par Elisabeth Kaine, Denys Delâge, Monique Manatch, Marie-Josée Parent et Jacques Kurtness était que le visiteur se sente en territoire autochtone dès son entrée dans l’exposition. De grandes fresques peintes par des artistes autochtones et des objets servant à vivre ce territoire, parfois à y survivre, nous permettent d'emblée de nous sentir comme si nous y étions « pour de vrai ».

La culture autochtone, c’est synonyme de territoire. La superficie actuelle des réserves représente un millième du territoire québécois, alors il y a une nostalgie et une blessure profonde de la perte du territoire. Or, c’est essentiel, c’est ce qui bâtit le génie autochtone en tant que tel et si on enlève le territoire, on détruit la culture autochtone, c’est l’équivalent d’un pensionnat à ciel ouvert!

Jacques Kurtness

Premier arrêt : la découverte du ulu, le couteau à la forme de demi-lune utilisé par les Inuits. « On reconnaît un chasseur à la finition et le plus difficile, ce sont les coins, car si c’est mal fait, il ne peut pas vendre sa peau », explique Jacques Kurtness, à genou devant une peau virtuelle. Le défi consiste à enlever le gras sans l’altérer. Tout est question de pression, précise-t-il.

Puis direction l’amauti, le manteau de portage exposé dans une vitrine avec son interprétation contemporaine. Un peu plus loin, au sol, des traces d’animaux. Il faut retrouver à qui elles appartiennent.

Près de la section « expériences », des vidéos permettent aux « porteurs de savoirs » d’expliquer les concepts, les techniques.

Retrouver à qui appartiennent ces traces est l'un des jeux interactifs de l'exposition Génie autochtoneAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Retrouver à qui appartiennent ces traces est l'un des jeux interactifs de l'exposition Génie autochtone

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

« On a le volet ''observer'' car on veut révéler le processus du génie autochtone qui est d’observer les indices de la nature qui ont pu inspirer des formes et des façons de faire, des innovations. Il y a le volet ''écouter'' avec les porteurs de savoirs qui nous expliquent un aspect de l’innovation et comment ils transmettent leur savoir. Il y a le volet ''expérimenter les jeux en 3D'' pour tester les propriétés », explique la chargée de projets Brigitte Belleville.

Jacques Kurtness souhaitait d’ailleurs transmettre, entre autres, le fait que « toutes les inventions autochtones servent à la survie quotidienne et qu’aucune ne brise l’environnement ».

Pendant l’exposition, le visiteur découvre l’ingéniosité autochtone, comme, par exemple, avec le kayak « dont la forme n’a pas changé depuis les 500 dernières années car elle est extrêmement performante, le principe de base est toujours le même », précise Brigitte Belleville.

La culture par la science

L’exposition a aussi été développée avec les concepteurs autochtones Eruoma Awashish, Sarah Cleary, Jacques Newashish, Nicole O’Bomsawin, Michel Savard et Jean St-Onge.

Par la lunette scientifique, les cultures et les valeurs autochtones se dévoilent aux visiteurs.

Exemple : avec le jeu où plusieurs personnes doivent tenir un grand cercle avec un labyrinthe afin de diriger une bille vers le centre. L'objectif est de découvrir le consensus, formule souvent utilisée pour prendre des décisions dans la communauté.

Autre exemple : le tir à l’arc, qui permet d'identifier des valeurs autochtones. Ne pas chasser en période de rut, éviter de tuer les bébés sont quelques-uns des messages qui s’affichent quand le visiteur décoche une flèche alors qu’il n’aurait pas dû. Idem avec la pêche : ne pas juste piquer le poisson mais faire une bonne pression pour l'attraper, et aussi en laisser aux autres.

Reine et son petit-fils Zachary à l'exposition Génie autochtone essaient le tir à l'arcAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Reine et son petit-fils Zachary à l'exposition Génie autochtone

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

« Ces innovations sont nées par l’observation de la nature et les Autochtones vont utiliser les ressources mais toujours dans le respect de la nature, l’harmonie avec le territoire », précise Brigitte Belleville.

Arc en main, avec son petit-fils Zachary, Reine explique avoir découvert des innovations « bien pensées » et avoir été surprise « de voir comment les Autochtones étaient impliqués par les changements climatiques ».

On connaît très peu des Autochtones; on a beaucoup d’idées préconçues, alors une exposition comme celle-ci nous permet de mieux les connaître, mieux apprécier leur esprit créatif, les apprécier davantage à leur valeur.

Reine, une visiteuse

En expérimentant, le visiteur apprend aussi l'histoire des Premiers Peuples. On se sert par exemple de la construction d'un faux igloo non seulement pour apprendre les principes qui lui permettent de tenir en place, mais aussi l'histoire et la géographie liés au peuple inuit.

Interactif

Quand il a imaginé cette exposition, Jacques Kurtness voulait rendre l’idée très concrète car le public cible est jeune, mais sans oublier les adultes.

Casque de réalité virtuelle sur la tête, sur un vrai traineau à chien, l’ancien professeur d'université se laisse prendre au jeu. Il regarde en arrière, s’émerveille des traces dans la neige qu’il voit et commente l’attitude des chiens. « Heille, qu’ils sont heureux, qu’ils sont heureux! », lance-t-il avant de plonger dans ses souvenirs d’enfance, lorsqu’il allait chercher l’eau sur le lac avec son chien.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Le consultant innu pour l'exposition Génie autochtone, Jacques Kurtness

Du traîneau en réalité virtuelle

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Dans la culture autochtone, la pédagogie, l’enseignement comme la transmission culturelle doit se faire dans l’environnement même, pour bien se rendre compte que toutes les choses sont connectées, raconte-t-il, encore amusé par l’expérience.

Conclusion à la fin de l’exposition : elle est au-delà de ses espérances. Il a fait un retour dans son enfance mais surtout, il a vu toute sa culture qui est sous-jacente. Comme enseignement, c’est extraordinaire. « On s’est donné beaucoup de mal pour moderniser et illustrer tout cela, je sens qu’on nous a écouté et qu’on a mis en pratique ce qu’on avait comme vision ».


Génie autochtone se poursuit jusqu'au 25 mars 2018.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !