•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Wampums : du déclin à la résurgence

Le wampum de la réconciliation

Le wampum de la réconciliation

Photo : Alexandre Bacon

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les wampums sont des tissages de coquillages blancs et pourpres d’abord échangés entre peuples autochtones pour fonder des alliances et peaufiner les relations par l'intermédiaire de traités. Leur usage s’est multiplié et diversifié à l’arrivée des Européens, qui ont aussi utilisé les perles de wampums comme monnaie d’échange. Les messages incarnés par les wampums diplomatiques ayant servi à conclure des traités offrent des pistes de réflexion fascinantes sur l’aménagement de la coexistence entre peuples.

Septième chronique sur les wampums de Jacynthe Ledoux

Le wampum a la cote au 18e siècle. Impossible de conclure une entente officielle avec certains peuples autochtones du Nord-Est américain sans appuyer ses paroles par le don d’un wampum. Selon les archives, on en a échangé une quantité impressionnante. Or, aujourd’hui, on n'a retrouvé la trace que de 300 à 400 wampums originaux.

Où sont passés tous ces wampums échangés au cours des trois derniers siècles? Leur usage a connu une période de déclin.

Depuis la fin du 20e siècle, les wampums connaissent un regain de popularité. Ils ressortent des oubliettes. Ils sont montrés sur les places publiques, reproduits sur des drapeaux, lus à la Chambre des communes, présentés devant les tribunaux, ils inspirent des oeuvres d’art et servent d’instruments de réconciliation et de guérison.

Pourquoi une renaissance du wampum à ce moment-ci de l’histoire? Alors que le peuple canadien s’éveille aux horreurs du génocide culturel, les wampums offrent de précieuses pistes de coexistence issues d’une époque où le métissage diplomatique était la norme.

Wampum Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Wampum

Photo : Alexandre Bacon

Le déclin de l’usage des wampums

Divers facteurs expliquent la décroissance de l’usage des wampums au cours des 19e et 20e siècles. Notamment, le passage graduel de l’oralité à l’écriture, combiné à une agressive politique d’assimilation culturelle, provoque une rupture dans la transmission des traditions.

Chez plusieurs Premières Nations, cette époque voit la culture orale (supportée par les wampums) laisser de plus en plus de place à la pratique de l’écriture. Les archives changent de forme.

Dans un contexte où parler sa langue d’origine et pratiquer certains rituels comme les potlatchs est interdit, et où les enfants sont exilés de leurs communautés vers les pensionnats, les wampums sont délaissés.

Une ère de dépossession s’installe

De nombreux wampums sont vendus ou donnés à des collectionneurs, dont des amateurs de monnaie qui vont les archiver sans en consigner le sens. Les collections des musées d’histoire ou d’archéologie, tant en Europe qu’en Amérique, vont aussi se gonfler d’artefacts de wampums à préserver. D’autres wampums sont défaits et vendus perle par perle aux touristes avides de souvenirs.

Les autorités canadiennes se rendent aussi complices de dépossession forcée. En 1924, par exemple, la Gendarmerie royale du Canada aurait saisi certains wampums conservés par la Confédération haudenosaunee (iroquoise), une attaque directe à la mémoire collective des Six Nations, qui font face à des pratiques similaires plus au sud. Les agents des Affaires indiennes en poste dans les communautés vont participer à la saisie des wampums, dans une volonté plus large d’écraser les systèmes de gouvernance traditionnels et d’imposer les conseils de bande comme structures politiques dominantes au sein des communautés.

La mémoire encore vivante des paroles associées à certains wampums est la preuve d’une incroyable volonté de résilience culturelle.

La résurgence des wampums

Devant les demandes des communautés dépossédées de leurs wampums, plusieurs musées ont accepté de rapatrier les wampums auprès des Premières Nations qui en font la demande. Toujours selon la volonté des communautés concernées, certains wampums originaux sont maintenus dans les conditions de conservation qu’offrent les musées, tout en demeurant la propriété des Premières Nations.

Les communautés qui voient le retour de leurs wampums en sont encore à la réappropriation de leur sens. « Les wampums ressemblent un peu à une personne de retour chez elle après la guerre. En leur présence, tout le monde est ému sans trop savoir quels mots trouver », explique Darren Bonaparte, Mohawk d’Akwesasne et auteur des Wampum Chronicles.

Il y a un travail de réappropriation et de revitalisation à faire pour redonner sens aux mémoires toujours vivantes qu’incarnent les wampums conservés. C’est un chantier délicat de réappropriation de la mémoire qui est déjà en place chez beaucoup de Premières Nations.

Dans la mêlée, il faut aussi faire le deuil de tous les wampums qui sont devenus muets, dont la mémoire s’est effacée ou dont le sens s’est perdu par l’érosion qu’inflige temps.

Decorated Wampum Belts, published in 1887. Wampum are shell beads, sacred to many Native American tribes of the east. Wampum belts are used to mark many occasions, ranging from marriages to condolence ceremonies.  (Photo by Culture Club/Getty Images) *** Local Caption ***Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un wampum datant du XIXe siècle.

Photo : Getty Images / Culture Club

L'avenir des wampums

La fabrication de wampums n’est pas qu’un art ancien. De nouveaux wampums sont fabriqués chaque année. Si ceux-ci ne sont pas utilisés dans un contexte diplomatique traditionnel, ils servent néanmoins à appuyer une démarche de guérison, de réconciliation ou de réappropriation de soi.

Par exemple, dans le cadre du Projet Wampum, d’ex-pensionnaires autochtones ont parcouru le Québec pour raconter leurs histoires. Les gens présents à chacune de ces rencontres ont été invités à déposer une prière auprès des perles qui forment aujourd’hui ce nouveau collier de wampum. Au terme de cette tournée, un collier de wampum, fabriqué par l’artiste huron-wendat Teharihulen Michel Savard, a été présenté à Montréal lors de l’événement national de commémoration.

Quant à la possibilité de créer de nouveaux wampums à des fins diplomatiques entre peuples autochtones et canadien, Darren Bonaparte fait valoir qu’il faudrait d’abord honorer les wampums qui incarnent l’esprit des traités avant d’en inventer de nouveaux. Quelle valeur auraient de nouveaux wampums diplomatiques si la symbolique des anciens wampums continue d’être niée?

Depuis plus d’un siècle, les premiers peuples secouent une extrémité des wampums échangés avec les représentants de la Couronne canadienne. Reste au peuple canadien à réagir à ce rappel des ententes de partage du territoire et de coexistence qui sont au fondement de ce que le Canada peut encore devenir.


Jacynthe Ledoux, avocate spécialisée en droit autochtone et en droit de l'environnement.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jacynthe Ledoux, avocate spécialisée en droit autochtone et en droit de l'environnement.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

Jacynthe Ledoux est avocate spécialisée en droit autochtone et en droit de l'environnement. L'Association des professeurs de droit du Québec lui a décerné en 2017 le prix de la meilleure thèse en droit du Québec.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !