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Les Autochtones plus scolarisés, mais touchés par le chômage

Une rue de Mingan avec une banderole sur laquelle il est écrit: «Longue vie à notre mère la terre» en innu et en français.
Le taux de chômage dans la réserve de Mingan est passé de 35,3 % en 2011 à 11 % en 2016. Photo: Radio-Canada / Katy Larouche
Radio-Canada

Depuis 10 ans, les populations autochtones connaissent une hausse de la scolarisation beaucoup plus importante que les non-Autochtones. En effet, la proportion d'Autochtones sans diplôme a chuté de 22 % au Canada. Malgré tout, le taux de chômage des Autochtones demeure deux fois plus élevé que chez les non-Autochtones.

Un article de Jean-Philippe Guilbault pour Espaces autochtones

Selon les derniers chiffres du recensement diffusés par Statistique Canada, de 2006 à 2016, la proportion d’Autochtones sans diplôme est passée de 44 % à 34 %.

Il faut toutefois préciser que, malgré ce gain, les populations autochtones demeurent amplement sous-scolarisées comparativement au reste de la population au Canada. En 2016, seulement 18 % de la population non autochtone ne possédait aucun diplôme.

Cette statistique est tout aussi importante quand il est question de l’obtention d'un diplôme universitaire : 16 % des non-Autochtones possédaient un baccalauréat en 2016 contre seulement 6 % pour les Autochtones.

Et la progression des Autochtones titulaires d'un diplôme universitaire est beaucoup plus laborieuse. Depuis 2006, seuls 2 points de pourcentage ont été gagnés par les Autochtones, contre 4 points pour les non-Autochtones.

« Il y a une certaine jeunesse qui s'exile [des réserves] pour l'école », avance Charles-Albert Ramsay, professeur de sciences économiques à l’Institution Kiuna et au Collège Dawson.

Les femmes autochtones sont presque deux fois plus nombreuses à obtenir un baccalauréat que les hommes autochtones : 8 % d’entre elles en possédait un en 2016 contre 4,5 % pour les hommes.

Plus de diplômes, pas plus d’emplois

Malgré une hausse de la scolarisation chez les Autochtones, le taux de chômage de cette population demeure fixe au pays, autour de 15 %.

Le Nunavut est le territoire ayant le plus haut taux de chômage autochtone, à 27,5 %, tandis que le Québec et l’Ontario terminent le palmarès avec des taux respectifs de 13,4 % et de 12,7 %.

À l’inverse, lorsqu'on observe uniquement les populations non autochtones, le Nunavut possède le taux de chômage le plus bas au pays, à 3,1 %, alors que Terre-Neuve-et-Labrador est à l'autre bout du spectre avec 15 % de chômeurs.

« Pour attirer des gens s’il y a un projet minier, de construction, ça prend de la main-d’oeuvre qualifiée et il faut la faire venir du Sud, explique Charles-Albert Ramsay. Et il n’y a personne qui reste si l’emploi est terminé, car nos familles sont dans le Sud. Tandis que les Inuits sont une population locale ancestrale qui est sur ces terres depuis des milliers d’années, donc sa mobilité de main-d’oeuvre est moins grande. »

Selon M. Ramsay, en plus des taux de chômage, il faut regarder le taux d’activité dans les différentes réserves et communautés autochtones.

« Il y a plusieurs communautés autochtones qui ont un taux d’activité très respectable, 73 % à Eastmain et 74 % à Nemaska, par exemple. Ce n’est pas quelque chose [le chômage] qui est intrinsèque au fait d’être autochtone, c’est vraiment une question de manque d’occasions [d’emploi]. »

Le professeur donne en exemple les réserves de Mingan et de Kitcisakik. Dans le premier cas, M. Ramsay souligne que la population a su profiter de projets comme le barrage hydroélectrique de la Romaine et qu'elle a vu son taux de chômage passer de 35,3 % en 2011 à 11 % en 2016.

Dans le cas de Kitcisakik, M. Ramsay explique qu’il s’agit de la situation inverse. Un projet de rénovation domiciliaire avait mobilisé une bonne partie de la population, mais lorsque celui-ci s’est terminé, le taux de chômage a immédiatement grimpé, passant de 14,3 % en 2011 à 20 % actuellement.

« C’est vraiment une preuve que quand l’activité économique est présente, quand les occasions de travail se présentent, les Autochtones lèvent la main et embarquent sur le marché du travail, affirme M. Ramsay. Malheureusement, il y a une grande volatilité dans ces projets-là et quand [le chantier de] la Romaine va être terminé, qu’est-ce qu’on va faire avec les travailleurs de Mingan? »

Nations métisses et autochtones

Société