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La littérature autochtone : lieu de rupture de l'ignorance

Photo : Radio-Canada / Myriam Cloutier

Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Un spectacle hommage va être rendu au dramaturge autochtone Yves Sioui Durand lors du 6e Salon du livre des Premières Nations de Wendake; un salon nécessaire pour l'auteur qui dit être touché par l'audace des plus jeunes.

C’est votre deuxième participation au salon qui célèbre la littérature autochtone, quelle est son importance?

YSD : On a souvent la perception des Autochtones à travers un rapport politique ou folklorique et, dans les deux cas, on passe à côté de l’essentiel. La littérature autochtone est là pour combler cela. C’est une voix, un imaginaire qui doit être connu, partagé par les Québécois, car cela fait partie de l’identité profonde de la société québécoise. C’est une fenêtre et un lieu de prise de contact et de partage qui enrichissent l’identité de chacun de nous. En fait, c’est un lieu de rupture de l’ignorance.

Pouvez-vous développer?

YSD : On parle de littérature comme transcendance de l’ignorance, car on parle d’intériorité, de toucher l’âme d’individus, de nations, de peuples, et c’est extrêmement important. Ce salon est une initiative extraordinaire et absolument nécessaire. Pas parce qu’il faut absolument que l’on soit en parallèle des grands salons, mais plutôt parce que dans ces grands salons, jusqu’à tout récemment, il y avait très peu d’ouverture et de place pour la littérature autochtone.

Elle était particulièrement ignorée, mais depuis 10-15 ans elle est en plein développement, donc je pense qu’il y a une nécessité d’avoir un salon spécifique pour la littérature des Premières Nations. Et c’est bien que cela se fasse dans une communauté, mais il faudrait que cela se fasse dans d’autres communautés pour que cette littérature soit de plus en plus partagée par l’ensemble des Autochtones du Québec. C’est extrêmement important.

Qu’entend-on par littérature autochtone? Les auteurs autochtones?

YSD : Il y a une grande différence à faire. Pendant longtemps, la littérature autochtone était celle qui était faite sur les Autochtones, donc les Autochtones étaient l’objet et non le sujet, c’est la grande différence. Des voix (autochtones) essentielles émergent d’un contexte que le monde commence à connaître un peu, qui est le contexte de la colonisation où il y a eu une volonté d’extinction culturelle quasi totale. C’est donc intéressant de voir qu’il y a non seulement des survivances, mais aussi une volonté de se reconnecter, se réapproprier, reconstruire son identité, et c’est vraiment extraordinaire. C’est un signe de transformation de notre société.

Constatez-vous une évolution dans la littérature autochtone?

YSD : Je fais du théâtre depuis 35 ans au Québec et je note une grande évolution, un changement grâce au travail de plusieurs pionniers. Cependant, j’ai quelques 25 œuvres écrites, mais seulement quatre de publiées, cela vous donne un peu la perspective de ce travail de longue haleine qui est de convaincre les éditeurs de cette nécessité de faire exister la littérature autochtone. Il y a surtout deux éditeurs qui publient cette littérature. Un progrès est à faire et c’est de la responsabilité des éditeurs québécois de s’ouvrir et de sortir des créneaux de l’histoire, de l’anthropologie et de l’ethnologie.

Je souhaite que dans les prochaines années, une accélération se produise, car on ne doit pas être maintenu dans l’ombre et l’ignorance et il est absolument essentiel que la société québécoise prenne connaissance des créateurs autochtones. C’est extrêmement important pour l’assainissement de la perception de soi. Au Canada anglophone, la littérature autochtone est beaucoup plus développée (…) mais au Québec, il y a un pas majeur.

Le champ littéraire commence à devenir plus diversifié et ce n’est pas une parole uniquement revendicatrice, mais qui s’interroge davantage, qui interroge les enjeux intimes des Autochtones du Québec. C’est intéressant. Je suis touché par l’audace des plus jeunes : Natasha Kanapé Fontaine, Naomi Fontaine, Louis-Karl Picard-Sioui. L’art est un travail patient. Dans les prochaines années, le meilleur va arriver.

Yves Sioui Durand, qui a créé plus de 18 oeuvres et réalisé 27 mises en scène, est le premier artiste autochtone à décrocher le Prix du Gouverneur général dans la catégorie théâtre. Il est également le cofondateur d’Ondinnok, la première compagnie théâtrale autochtone francophone au Canada mise sur pied en 1985.

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