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Définir l'itinérance autochtone pour mieux la résoudre

Jesse Thistle, un Métis dont le parcours personnel a nourri sa vision de l’itinérance, a défini le concept d'itinérance autochtone.

Jesse Thistle, un Métis dont le parcours personnel a nourri sa vision de l’itinérance, a défini le concept d'itinérance autochtone.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Quand il a lu la définition canadienne de l'itinérance, Jesse Thistle a immédiatement su qu'elle ne correspondait pas à ce qu'il avait vécu, ni à ce que d'autres Autochtones lui ont raconté. Alors, il a décidé de définir l'itinérance autochtone d'un point de vue autochtone.

De janvier 2016 à juin 2017, Jesse Thistle, un Métis-Cri originaire du nord de la Saskatchewan, a discuté avec de nombreux Autochtones pour façonner la définition d’itinérance autochtone. En est sorti un document de 47 pages pour l’Observatoire canadien sur l’itinérance, un institut de recherche à but non lucratif, dans lequel il développe douze dimensions de l’itinérance chez les Autochtones.

La perte des relations

Wahkohtowin : le terme signifie« sans mes relations » en cri et michif ou « sans tous mes frères et sœurs ». C’est ainsi que Jesse Thistle définirait l’itinérance autochtone au sens large.

L’itinérance autochtone, d’un point de vue autochtone, concerne la perte des relations, des relations identitaires, spirituelles, émotionnelles… C’est très différent de la vision canadienne de l’itinérance

Une citation de :Jesse Thistle, auteur de la définition de l'itinérance chez les Autochtones au Canada

Elle ne se limite donc pas au « manque de toit sur la tête », mais englobe, entre autres, la perte des relations et la déconnexion avec sa culture, selon ce doctorant de l’Université York à Toronto.

Lors des entretiens, certaines personnes lui ont notamment dit qu’elles se considéraient comme itinérantes spirituelles, ayant perdu leur langue et leur compréhension d’elles-mêmes à cause de leur perte d’identité et de spiritualité.

Victimes de la rafle des années 60 ou des pensionnats autochtones, certains de ces adultes ont été retirés de leurs familles plus récemment, par les services sociaux.

Leur itinérance a commencé quand ils ont été retirés de leur maison, de leur communauté, qu’on les a déconnectés de leur famille, leur langue, leur identité. Ce qui leur est arrivé adulte est le résultat de cette dissolution. Je m’y retrouve, car j’ai moi-même été itinérant et aussi adopté. Et j’ai compris ce qu’ils me racontaient.

Une citation de :Jesse Thistle

Selon le document, les Autochtones sont huit fois plus susceptibles d’être sans-abri que les personnes non autochtones. Dans les centres urbains, 1 Autochtone sur 15 vit de l’itinérance comparativement à 1 sur 128 dans la population générale.

Transformer quelque chose de négatif en positif

Dans sa main gauche, Jesse Thistle tient fermement un morceau de tissu rouge avec du tabac dedans, cela l’aide à se concentrer, car parler de l’itinérance reste difficile, surtout quand il doit partager son expérience personnelle, « un passage dramatique » dans sa vie, mais qu’il essaie « d’utiliser pour éviter que cela arrive aux autres ».

Jesse Thistle tient dans sa main un morceau de tissu rouge avec du tabac dedans pour l'aider à se centrer sur ses objectifs dont l'un est de définir l'itinérance autochtoneAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jesse Thistle tient dans sa main un morceau de tissu rouge avec du tabac dedans pour l'aider à se centrer sur ses objectifs dont l'un est de définir l'itinérance autochtone

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Ce boursier des fondations Trudeau et Vanier, qui a reçu une médaille d’argent du Gouverneur général, n’a pas le parcours typique d’un universitaire. Il le reconnaît. Né dans le nord de la Saskatchewan, il a été adopté à l’âge de trois ans par ses grands-parents, une grand-mère à moitié algonquine et un grand-père écossais-anglais, qui l’ont élevé à Toronto sans lui parler de ses racines.

Vers la fin de l’adolescence, il a commencé à vivre différents aspects de l’itinérance : de logements précaires à sans abri et toxicomane. Puis un jour, il a fait cette promesse à sa grand-mère mourante : il allait s’en sortir.

Et c’est lorsqu’il est devenu sobre, qu’il est sorti de la rue, que la reconnexion avec ses racines a commencé, notamment grâce à une photo d’un chef envoyé par sa tante. Un ancêtre incroyable, qui a combattu le colon, qui a signé des traités… et là, raconte-t-il, il a compris.

Ma famille a été détruite par les traumatismes de la colonisation et cela a eu un impact sur ma vie et [m'a] conduit vers l’itinérance. J’ai découvert que c’est ma déconnexion avec mon identité qui m’a conduit là.

Une citation de :Jesse Thistle

Outre les impacts de la colonisation, qui comprend aussi la dépossession des terres et son impact mental, l’homme de 41 ans explique l’itinérance autochtone par le surpeuplement dans les maisons, qui peut conduire à se retrouver sans abri.

Il évoque les changements climatiques : les Autochtones ayant perdu leur style de vie et leur mode de subsistance à cause de cela peuvent aussi se retrouver plus facilement dans la rue.

Définition de l'itinérance chez les Autochtones au Canada by Radio-Canada on Scribd

Contextualiser la définition avec la colonisation canadienne n’est pas une idée originale, prévient-il, elle a déjà été effectuée en Australie mais pas au Canada, selon lui. Pourtant, la définition de l’itinérance d’un point de vue autochtone est essentielle pour résoudre ce problème, conclut Jesse Thistle.

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