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La première chirurgienne inuite récompensée d'un prix Indspire

Donna May Kimmaliardjuk, première chirurgienne cardiaque inuite et lauréate d'un prix Inspire.

Donna May Kimmaliardjuk, première chirurgienne cardiaque inuite et lauréate d'un prix Inspire.

Photo : Radio-Canada

CBC News

Donna May Kimmaliardjuk était sur le point d'effectuer une chirurgie à coeur ouvert lorsqu'elle a reçu un appel téléphonique lui indiquant qu'elle faisait partie d'une liste de 13 lauréats d'un prix Indspire.

Au bout du fil se trouvait Roberta Jamieson, la présidente d'Indspire. Mme Kimmaliardjuk, âgée de 28 ans, précise que la conversation lui a remonté le moral.

« C'était une conversation magnifique », dit la principale intéressée.« Je me souviens que mon coeur battait fort et que j'avais la chair de poule pendant qu'elle me parlait. Je me sentais honorée, humble... Mais l'impression a été de courte durée; j'ai eu la conversation téléphonique, puis je me suis dit qu'il fallait que je retourne au travail. »

Mme Kimmaliardjuk sera récompensée lors de l'édition 2018 des prix Indspire en sa qualité de première chirurgienne cardiaque inuite.

Elle fait partie des 13 lauréats annoncés mardi; parmi les gagnants, on retrouve une mosaïque de vedettes autochtones provenant des milieux des arts, des affaires, de l'éducation, de la santé et de la spiritualité.

La jeune femme, dont la famille provient de Chesterfield Inlet et de Rankin Inlet, au Nunavut, a indiqué que lorsqu'elle a décidé de se lancer en médecine, elle ne disposait d'aucune source d'inspiration autochtone dans le domaine, pas plus qu'elle ne connaissait de femme chirurgienne cardiaque.

Célébrer les bons coups

Les prix, remis depuis 1994, visent à célébrer les succès des Autochtones. Les récompenses sont décernées par Indspire, un organisme caritatif dirigé par des Autochtones qui investit dans l'éducation des Premières Nations.

L'organisme verse ainsi des millions de dollars en bourses d'études chaque année à des élèves et étudiants autochtones de partout au pays.

Cette année, Gloria Cranmer Webster, âgée de 86 ans, reçoit le prix Hommage pour l'ensemble de sa carrière. Originaire de la Première Nation Namgis en Colombie-Britannique, Mme Cranmer Webster fut la première femme autochtone à s'inscrire à l'Université de Colombie-Britannique, où elle a complété un baccalauréat en anthropologie en 1956.

Mme Cranmer Webster a aussi participé à l'élaboration de l'alphabet et de l'orthographe du langage Kwak'wala, ce qui a permis d'effectuer la transition du mode oral vers le mode écrit, selon une notice biographique fournie par Indspire.

L'un des accomplissements les plus marquants de la longue carrière de Mme Cranmer Webster est survenu lorsqu'elle a contribué à rapatrier plusieurs artefacts potlatch saisis par les autorités canadiennes au début des années 1920.

Persévérance

Paul Chartrand, âgé de 74 ans, est un professeur de droit métis qui a travaillé à la rédaction de la Déclaration onusienne des droits des peuples autochtones.

M. Chartrand dit avoir un seul conseil pour les jeunes : faire preuve de persévérance.

« Si vous persévérez, vous pouvez accomplir des choses difficiles, même si vous n'avez pas autant d'opportunités que la majorité des gens », a déclaré celui qui a travaillé pour la Commission royale sur les peuples autochtones, qui a été créée à la suite de la Crise d'Oka.

Theland Kicknosway, un adolescent de 14 ans originaire de Walpole Island, en Ontario, milite pour les droits des enfants et était membre du groupe de joueurs de tambours lors de l'assermentation du premier ministre Justin Trudeau et de ses ministres à Rideau Hall.

Selon M. Kicknosway, les jeunes devraient porter attention à leurs aînés et à leurs parents, et devraient également se renseigner sur la Rafle des années 1960 et les pensionnats autochtones.
Pour lui, l'âge ne devrait pas être un frein lorsque l'on veut changer les choses.

Vous avez la possibilité de faire tout ce que vous voulez à n'importe quel âge. Vous pourriez être le plus vieil habitant de la planète - ou le plus jeune -, les deux ont les mêmes capacités, le même pouvoir d'entraîner de véritables changements dans leur communauté.

Theland Kicknosway
Michael DeGagne, honoré pour son travail comme fondateur et directeur de l'Aboriginal Healing Foundation.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Michael DeGagne, honoré pour son travail comme fondateur et directeur de l'Aboriginal Healing Foundation.

Photo : Radio-Canada

« Ces jeunes nous poussent à nous préparer »

Michael DeGagne est lui aussi sur la liste des lauréats, cette fois pour son engagement dans la sphère publique, y compris en tant que directeur et fondateur de l'Aboriginal Healing Foundation.

À ses yeux, les jeunes d'aujourd'hui sont mieux positionnés pour devenir les leaders de demain et créer une administration « autochtonisée », qui est attendue depuis longtemps.

« Ce seront les leaders de notre communauté, en tant que gens qui géreront nos propres services pour nous. Nous devons nous assurer qu'ils réalisent que nous faisons pression en ce sens sur le plan politique », affirme M. DeGagne qui est le président et le chancelier adjoint de l'Université Nipissing.

L'autodétermination est en vue. La jeune génération, celle qui est à l'école, devra être prête pour cela.

Michael DeGagne

Nicole Bourque-Bouchier, présidente et propriétaire de l'entreprise de construction Bouchier Group, spécialisée dans le secteur des sables bitumineux, dit espérer que sa présence sur la liste d'Indspire poussera d'autres filles et femmes autochtones à relever le défi et à se lancer dans des secteurs en majorité masculins.

« Je crois que les femmes ont beaucoup à offrir au monde des affaires, d'autant plus qu'il s'agit d'un monde construit par les hommes », mentionne Mme Bourque-Bouchier, 42 ans, qui est membre de Première Nation crie Mikisew.

« Lorsqu'une femme adopte un rôle non traditionnel, comme dans la construction, on ne la considère pas comme une personne sérieuse. Afin d'y parvenir, vous devez faire vos preuves, vous devez être patiente, et avec les années, vous aurez droit au respect. »

Tracie Leost, 19 ans, a couru 115 kilomètres en quatre jours au nom des personnes disparues et assassinées, et a attiré l'attention de publications de renommée internationale comme le New York Times et Vogue.

Mme Leost dit vouloir transmettre un message d'espoir aux jeunes qui ont l'impression que la vie ne vaut plus la peine d'être vécue. Deux de ses anciens camarades de classe se sont suicidés quand elle était à l'école secondaire, alors la jeune femme sait exactement comment le néant peut engloutir les jeunes qui ont l'impression que l'avenir ne leur réserve rien.

« J'avais des problèmes, et la course a fini par être mon échappatoire », mentionne Mme Leost, une Métisse de Saint-Laurent, au Manitoba, qui étudie aujourd'hui à l'Université de Regina.

Les gens m'ont dit que je ne pouvais pas accomplir des choses du genre, mais je le fais. Les gens m'ont dit que je ne serais jamais personne, mais je le suis... Si je peux le faire, pourquoi ne le pouvez-vous pas?

Tracie Leost

Parmi les autres lauréats, on compte :

• Greg Hill, 50 ans, de la réserve des Six Nations, en Ontario, pour son travail comme curateur et responsable du département d'art autochtone au Musée des beaux-arts du Canada;

• Cecilia DeRose, 80 ans, de la Première Nation Secwepemc, une survivante des pensionnats autochtones, pour son travail pour préserver la langue et la culture de sa nation;

• Lorna B. Williams, 70 ans, de la Première Nation Lil'wat, en Colombie-Britannique, pour son travail éducatif et la conception de trois baccalauréats à l'Université de Victoria, en plus de la mise au point d'un cours obligatoire en éducation autochtone;

• Michael Linklater, 34 ans, de la Première Nation Thunderchild, en Saskatchewan, pour être devenu le neuvième meilleur joueur de basketball 3 contre 3 au monde, et pour avoir fondé l'organisme Boys with Braids;

• Ashley Callingbull, 27 ans, de la Première Nation crie Enoch, en Alberta, pour ses victoires aux concours Miss Canada et Miss Univers, en plus de sa carrière florissante comme actrice et mannequin.

Les prix seront remis à Winnipeg, le 23 mars prochain, et la cérémonie sera diffusée sur les ondes de CBC et d'APTN à une date ultérieure.

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