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Hochelaga, terre des âmes : déterrer 400 ans de silence

Le réalisateur du film Hochelaga, terre des âmes, François Girard
Le réalisateur du film « Hochelaga, terre des âmes », François Girard Photo: Présence autochtone

Montréal est-elle plutôt française, anglaise ou... mohawk? Avant même sa sortie, le film officiel du 375e anniversaire de Montréal, Hochelaga, terre des âmes, suscite la réflexion et l'étonnement par son récit d'une histoire trop peu connue : la nôtre.

Un texte de Catherine Poisson

Dans Hochelaga, terre des âmes, tout tourne autour d’un trou.

Il s'agit d'un trou métaphorique, puisque « Montréal est construite sur un trou de mémoire », dit le docteur en sémiologie René Lemieux, mais aussi d'un trou réel, creusé dans le terrain du stade Percival-Molson.

Dans le film, un jeune archéologue, joué par Samian, fait la découverte du site original de Montréal, dont l'emplacement exact demeure un mystère pour les archéologues.

En ce sens, Hochelaga, terre des âmes est avant tout une fiction, selon les propos qu'a tenus son réalisateur François Girard lors d'une rencontre organisée à l'occasion du festival Présence autochtone.

J’avais le désir de filmer Montréal, mais aussi de mieux comprendre qui je suis, qui on est, et à partir de là, on se met à déterrer.

François Girard, réalisateur du film « Hochelaga, Terre des Âmes »

Si l'histoire est fictive, son contexte, lui, est totalement authentique. « Ce n’est pas un film d’Hollywood, c’est la réalité », résume le leader spirituel algonquin Dominique Rankin, qui a servi de consultant pour la production.

Samian, dans son rôle de jeune archéologue, est suspendu au moyen d'un harnais dans un énorme trou, s'éclairant à l'aide d'une lampe frontale.Le rappeur Samian tient le rôle d'un jeune archéologue dans « Hochelaga, terre des âmes ». Photo : Max Films / Marlène Gélineau Payette

Six langues sont parlées dans le film, dont le mohawk et l’algonquin, et tous les rôles amérindiens, y compris les 300 figurants, sont joués par des Autochtones. Un fait qui peut nous sembler évident aujourd’hui, mais qui relevait encore de l'impossible il n’y a pas si longtemps.

Le directeur artistique de Présence autochtone, André Dudemaine, raconte que, lors des premières années du festival, il avait lui aussi voulu engager des acteurs autochtones pour un film. Il se souvient que « tout le monde dans l’industrie avait répondu non, qu'il n’y avait pas suffisamment de talents » dans les communautés autochtones.

Creuser des trous pour panser les blessures

Ce souci d'une représentation adéquate du rôle joué par les Autochtones dans la fondation de la société québécoise s'inscrit dans un contexte où la réconciliation est au cœur de l'actualité. Un processus nécessaire, mais qui peut aussi s'avérer douloureux.

Pour moi, le film a réveillé des monstres, des fantômes, mais ce qui vient me chercher, c'est ma guérison.

Dominique Rankin, leader spirituel algonquin

Le tournage a permis au réalisateur François Girard de constater l'étendue des blessures laissées par la colonisation et par des événements comme la crise d'Oka; des blessures qui sont encore vives au sein des communautés autochtones. « Je me suis senti plus étranger à Kahnawake qu'à Shanghai », confie-t-il.

Des dizaines de figurants autochtones entourent Vincent Perez, qui tient le rôle de Jacques Cartier, dans une scène du film Hochelaga, Terre des Âmes.Le rôle de Jacques Cartier, au centre de la photo, est tenu par l'acteur Vincent Perez. Photo : Max Films / Marlène Gélineau Payette

Les blessures sont profondes, mais la volonté d'atteindre une réelle réconciliation l'est tout autant.

« C'est un film dont on avait besoin », convient Jacques Newashish, qui incarne un majordome dans le long métrage.

Nous avons été séparés trop longtemps, ce film va permettre de nous retrouver.

Georges Wahiakeron, acteur et leader mohawk

George Wahiakeron joue également dans le film, mais son rôle principal s'est joué en coulisses.

Le leader mohawk a enseigné sa langue aux acteurs et aux figurants qui ne l'avaient jamais apprise. Selon lui, la langue mohawk n'est pas morte, mais elle est faible. Au sein même de la communauté mohawk, la plupart des jeunes la comprennent, mais ne la parlent pas.

George est un fier défenseur de sa langue. En plus de l'enseigner, il est l'auteur d'un dictionnaire mohawk de 75 000 mots. Il doit cet amour de la langue à sa mère, qu'il décrit comme « une femme magnifique qui rêvait de devenir actrice ».

« Aujourd'hui, grâce à François, je réalise le rêve de ma mère », affirme l'acteur. Visiblement ému, le réalisateur pose la main sur l'épaule de son ami.

Je n’ai pas la prétention de réconcilier les nations, mais je me suis fait un frère mohawk, et ça, c’est pour la vie.

François Girard, réalisateur du film « Hochelaga, Terre des Âmes »

Un autre sujet sensible, soit la notion de territoire et à qui il appartient, est également au cœur du film. L'histoire de Montréal, après tout, « c'est aussi l'histoire d'une dépossession », souligne le réalisateur.

750 ans d'histoire

Alors que l'on célèbre le 375e anniversaire de Montréal, le film retrace plutôt 750 ans d'histoire.

Au moyen de cinq tableaux illustrant différentes époques et divers points de vue, François Girard veut démontrer que l'histoire de nos origines est plus complexe que l'on voudrait le croire.

« Il y a, dans ce qui s'est passé un mélange, un heurt des cultures plus compliqué que ce que l'on a l'habitude d'entendre », indique le cinéaste.

Appuyé par ses collègues autochtones, le réalisateur a donc voulu mettre des mots, et des images, sur le silence qui entoure encore les 400 premières années de l'histoire de Montréal.

George Wahiakeron, François Girard et Dominique Rankin lors d'une rencontre au sujet du film Hochelaga, Terre des Âmes, à l'occasion du 27e festival Présence autochtoneGeorge Wahiakeron, François Girard et Dominique Rankin Photo : Radio-Canada / Catherine Poisson

On a voulu taire nos racines amérindiennes, alors qu'il y avait une énorme mixité.

François Girard, réalisateur du film « Hochelaga, Terre des Âmes »

Les Québécois ne sont ni des Anglais, ni de « petits cousins français », mais plutôt des héritiers de plusieurs cultures, notamment celles des Premières Nations.

Le public pourra renouer à son tour avec ce riche héritage dès la sortie du film, dont la date reste à déterminer.

 

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