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Dernier repos : la valeur relative de nos morts violentes

Les élèves d'un pensionnat autochtone écrivent des chiffres sur un tableau noir.

Un pensionnat autochtone à Red Deer, en Alberta, au début du 20e siècle.

Photo : Archives de l’Église Unie du Canada

Lettre ouverte
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Jean-Pierre Dubé est journaliste et analyste politique ainsi qu'auteur de romans et de pièces de théâtre. Natif du Manitoba, il est aujourd'hui domicilié en Suisse.

Par Jean-Pierre Dubé

Malgré les principes constitutionnels, les citoyens du Canada ne sont pas tous égaux dans la vie et pas plus dans la mort. De sérieux problèmes demeurent pour certaines communautés nationales.

Fin 2014, deux militaires canadiens ont été tués en quelques semaines. Début 2015, la GRC a dévoilé que plus de 1200 filles et femmes autochtones ont disparu ou ont été assassinées au cours des dernières décennies.

La Commission de vérité et réconciliation sur l’expérience des pensionnats autochtones a révélé qu’environ 150 000  enfants ont vécu les horreurs d’un génocide culturel au cours d’un siècle et qu’au moins 5000 d’entre eux en sont morts.

Début 2017, six musulmans en prière dans la grande mosquée de Québec ont été assassinés par un partisan avoué de Donald Trump. C’est plus que tous les homicides commis en sol américain par des immigrants des pays que le président a bannis.

Que vaut la vie aux États-Unis? L’homme le plus puissant au monde ne fera rien pour empêcher 11 700 Américains de s’entretuer chaque année avec des armes à feu.

Les deux soldats canadiens ne méritaient pas cette triste fin, même s’ils avaient choisi de risquer leur vie pour leur pays. Mais les fidèles musulmans, les enfants des pensionnats et les femmes autochtones, qu’avaient-ils et elles fait pour mériter une mort violente et un génocide?

Pour le gouvernement de Stephen Harper, la vie des militaires valait plus que celle d’une multitude d’autochtones violentées et d’enfants internés. Son gouvernement a rapidement adopté des mesures pour renforcer la sécurité nationale. Le premier ministre a refusé d’ordonner une enquête sur les femmes et de reconnaître le génocide.

Si vous, vous ne respectez pas vos vivants, comment voulez-vous que les autres respectent vos morts? Si le vivant est traité comme mort, comme ennemi, comme poids mort ou avec l'irrespect de nos nations envers les siens, comment s'étonner que les médias ne le traitent pas au détail, mais au vrac?

Daoud, Kamel, « Djazairess », Le Quotidien d’Oran, 1er février 2015

Pour que ces morts comptent un jour, ne faudra-t-il pas raconter leur vie ou du moins ce qu’on en sait ? C’est le résultat visé par le rapport de la Commission de vérité et réconciliation et telle est l’utilité de l’enquête sur les filles et femmes autochtones lancée par le gouvernement de Justin Trudeau.

La valeur des morts est aussi révélée par le choix d’un lieu de repos. Les dépouilles des soldats Nathan Cirillo et Patrice Vincent se trouvent dans le cimetière de leur famille, respectivement à Hamilton et à Longueuil. La plupart des filles et femmes autochtones assassinées auraient été inhumées dans la dignité. Mais les disparues, où sont-elles : au fond de ravins, de rivières et de dépotoirs? Où sont les restes des enfants autochtones morts dans les pensionnats? Souvent dans des fosses communes et sans aucun signe d’identité.

Les dépouilles des musulmans assassinés ont été traitées avec tout le respect voulu. Comme Vincent et Cirillo, ce sont des héros nationaux. Certains ont toutefois été rapatriés et inhumés dans leur pays d’origine, malgré leur intégration réussie parmi nous et même si le coût du transport est exorbitant. La famille canadienne, elle, restera sans lieu de mémoire.

Le Québec comptait deux cimetières musulmans, situés à Montréal. Un troisième a été inauguré au début juillet à Saint-Augustin-de-Desmaures, près de Québec. Un autre projet, dans la municipalité voisine de Saint-Apollinaire, a été rejeté par référendum le 16 juillet. Pour tout le Canada, il y aurait moins de dix cimetières pour un million de musulmans.

Pourquoi c’est important? Les familles ont besoin d’un lieu de culte à proximité pour honorer la mémoire de leurs disparus. Et l’inhumation dans leur pays d’adoption complète le processus d’intégration.

Pour les familles autochtones, la question est critique. Leurs morts doivent devenir les nôtres. Nous avons le devoir de les reconnaître et la possibilité de les pleurer. Dans notre pays égalitaire sur papier, cela pourrait mener à l’inclusion de tous les vivants.

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