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Les chansons rassembleuses de Nikamu mamuitun

La résidence de création rassemblait des artistes autochtones et non autochtones à Petite-Vallée en Gaspésie

La résidence de création rassemblait des artistes autochtones et non autochtones à Petite-Vallée en Gaspésie

Photo : Anne-Marie Yvon

Radio-Canada

Tous les artistes qui ont participé à la résidence de création Nikamu mamuitun au printemps, à Petite-Vallée en Gaspésie, se retrouveront en studio cet automne.

Un texte d'Anne-Marie Yvon, d'Espaces autochtones

C'est à une rencontre au départ improbable qu'ont été conviés huit jeunes artistes, autochtones et non autochtones. Pendant une semaine, à l'entrée du golfe du Saint-Laurent, ils ont discuté, créé et chanté dans le cadre de la résidence de création artistique Nikamu mamuitun.

Tout est né d’un rêve, celui d’Alan Côté, le directeur du Festival en chanson de Petite-Vallée, en Gaspésie. Rapidement, celui-ci se tourne vers son ami Florent Vollant pour concrétiser sa vision.

« Ça implique des jeunes artistes autochtones, trois jeunes artistes innus et un jeune Atikamekw et quatre artistes québécois, pis bon on mélange », explique Florent Vollant, devenu mentor pour l’occasion, en précisant qu’Alan Côté lui a mentionné son envie de faire chanter les Innus en français et de faire chanter les francophones en langue innue.

Finalement, l’idée de départ a évolué au gré de l’inspiration des uns et des autres.

Mots et musique fusent de toutes parts

Le local du camp chanson associé au Festival en chanson de Petite-Vallée en Gaspésie s’est transformé en remue-méninge collectif lors de cette résidence de création.

La résidence de création artistique Nikamu mamuitun (chansons rassembleuses) se déroulait à Petite-Vallée en Gaspésie.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La résidence de création artistique Nikamu mamuitun (chansons rassembleuses) se déroulait à Petite-Vallée en Gaspésie.

Photo : Anne-Marie Yvon

Outre Florent Vollant, Marc Déry conseille les jeunes auteurs-compositeurs-interprètes. Il y a l’Atikamekw Ivan Boivin et les Innus Scott-Pien Picard, Matiu et Karen Pinette-Fontaine. Il y a aussi les artistes québécois Chloé Lacasse, Marcie, Joëlle Saint-Pierre et Cédrick St-Onge.

« C’est de mélanger ces deux univers-là », mentionne Florent Vollant, ajoutant qu’il y a « une espèce de connexion qui se fait sans trop de friction. Parce qu’on parle de musique là, on n’est pas en politique, on est en musique. » Et ce qu’il a entendu depuis le début est très satisfaisant.

La musique a cette capacité-là de mettre des choses en lien même si elles sont d’origines extrêmes, d’un côté comme de l’autre.

Florent Vollant
Remue-méninge collectif à Petite-Vallée. Alors que les chanteurs et musiciens « s'accordent », le slameur Ivy et l'écrivaine Naomi Fontaine finalisent un texte. Complètement à gauche, Alan Côté, le directeur du Festival en chanson de Petite-ValléeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Remue-méninge collectif à Petite-Vallée. Alors que les chanteurs et musiciens «s'accordent», le slameur Ivy et l'écrivaine Naomi Fontaine finalisent un texte. Complètement à gauche, Alan Côté, le directeur du Festival en chanson de Petite-Vallée

Photo : Anne-Marie Yvon

Pour agir comme déclencheurs auprès des jeunes auteurs lors de la création de leurs chansons : l’écrivaine innue Naomi Fontaine et le slameur Ivy. Ce dernier précise que chacun devait « aider sa gang », ajoutant que la volonté initiale était d’amener les Québécois vers l’esprit et le monde innu, et réciproquement.

« Ce qui nous a permis de comprendre un peu mieux l’autre dans cette rencontre, qui était un peu forcée au début c’est sûr », renchérit Naomi Fontaine.

J’pense qu’on a réussi à s’intéresser à l’autre, à voir ce que l’autre fait, ça oui pis de se connaitre un peu mieux à travers ça.

Naomi Fontaine

Écrivaine avant tout, Naomi a, dans un blogue personnel, déjà publié un poème, Faire l’Indienne, qu’elle a ressorti pour l’occasion. « Je trouvais que ça avait toute sa place ici », dit-elle en parlant de cette rencontre à la fois culturelle, d’artiste à artiste, mais surtout d’humain à humain.

« Le poème que j’avais écrit était en français, parce que ça parle à un Blanc, pis ça lui dit dans le fond : "est-ce que tu vas être capable de me voir moi-même si j’enlève mes clochettes, que j’enlève mes plumes? Si j’enlève tous ces symboles qui m’identifient, selon tes yeux à toi quand tu me regardes, est-ce que j’existe encore, ma parole est-ce qu’elle a encore de la valeur?" »

Le slameur Ivy y a posé ses mots. « On ne voulait pas tomber dans l’idée que l’Innue va parler des grands espaces, ça va être la sauvage et moi je vais être le civilisé. J’utilise disons des mots plus naturels, comme la lune, la rivière, pour aller la rejoindre, pour essayer de créer l’union. »

Matiu, à la guitare, entouré de Scott-Pien Picard, Cédrik St-Onge,  Karen Pinette-Fontaine et Joëlle Saint-Pierre.  De dos, le directeur musical Réjean BouchardAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Matiu, à la guitare, entouré de Scott-Pien Picard, Cédrik St-Onge, Karen Pinette-Fontaine et Joëlle Saint-Pierre. De dos, le directeur musical Réjean Bouchard

Photo : Anne-Marie Yvon

Écouter l’autre et créer des liens

Malgré son jeune âge, le multi-instrumentiste Ivan Boivin, de Manawan, a l’habitude de monter sur scène. S’il fait de la musique depuis l'âge de cinq ans, l’expérience qu’il vit à Petite-Vallée est pour lui unique. « On crée des chansons, pis moi j’trippe vraiment, dit-il, parce qu’on a tous un point de vue vraiment différent pis j’aime ça de voir d’autres points de vue.

L’artiste non autochtone, il sait des choses, moi je sais autre chose, pis c’est comme si on s’échangeait de quoi.

Ivan Boivin

Tout comme Ivan et les autres artistes invités, l’auteure-compositrice-interprète Marcie ne savait pas tout à fait à quoi s’attendre pendant cette résidence de création. « J’ai commencé à travailler avec Ivan, il avait un début de chanson, deux couplets et un refrain qui n’étaient pas finis, on a regardé comment on pourrait compléter ça, explique-t-elle.

Le texte d’Ivan raconte, en langue atikamekw, son amitié d’enfance avec son cousin et le plaisir qu’ils ont encore à se retrouver. Dans leurs échanges, Marcie lui a demandé ce qu’il faisait avec son cousin pour être bien.

Celui-ci lui a entre autres parlé du bois que son grand-père leur a appris à découvrir. « Ce sont ces petits détails que j’ai rajoutés dans la partie en français, raconte Marcie qui se met à fredonner la suite : « après tant d’hivers, après tant d’étés, tant de jours et de lunes, on était beaux hier et rien n’a changé, la forêt de grand-père et les feux qu’on allume à la nuit tombée. »

« J’me reconnais vraiment dans ses paroles », souligne Ivan, qui a chanté la chanson le 7 juillet avec Marcie au Festival en chanson de Petite-Vallée et le 3 août dernier au Festival Innu Nikamu de Maliotenam.

« Si on s’arrête pour écouter ce qu’ils ont à dire et regarder simplement la façon qu’ils voyagent dans la forêt, c’est inspirant », souligne l'ex-leader du groupe Zébulon, Marc Déry, invité à encadrer le travail des artistes en résidence.

Il ajoute « qu’ils ont un sens de l’humour tellement développé et fin que c’est dommage de ne pas connaître ces cultures-là, alors je pense que l’avenir qu’ils ont, c’est nous qui devrions leur donner ».

Alan Côté (portant un chapeau) en conversation avec Florent Vollant et les participants à la résidence de création artistique Nikamu mamuitun, à Petite-Vallée en Gaspésie. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alan Côté (portant un chapeau) en conversation avec Florent Vollant et les participants à la résidence de création artistique Nikamu mamuitun, à Petite-Vallée en Gaspésie.

Photo : Ivy

Des quatre Autochtones invités, certains ont choisi de s’exprimer dans la langue d’origine, l’innu ou l’atikamekw, mais pour Karen Pinette-Fontaine, ce n’est pas aussi simple. Comme plusieurs autres personnes de sa génération, elle a perdu sa langue.

« Donc, je ne pouvais pas vraiment mettre des paroles dans ma langue maternelle, mais Florent m’a dit : "tu devras faire des chansons en français et en innu". Naomie Fontaine m’a aidé à chercher des paroles en innu. C’est quelques phrases, mais ça change tout on dirait, ça donne un autre sens à la chanson ».

Même si c’est une culture assez pragmatique, renchérit Naomi Fontaine, la langue elle-même créé des images. « Ça commencera pas à devenir lyrique, ou incompréhensible, y’a pas ce trip-là dans la langue innue, faut que ça dise quelque chose de clair. » Comparant la poésie de la langue française, et ses diverses façons de nommer les choses, à la langue innue, Naomi souligne que ce qui est intéressant dans sa langue c’est qu’elle continue à vivre, alimentée par les nouvelles réalités qu’il faut être capable de nommer. « On est encore capable d’inventer des mots, de jouer avec un mot, de le faire sonner autrement, pis les gens nous comprennent. »

Florent Vollant, entouré de Réjean Bouchard, Karen Pinette-Fontaine, Joëlle Saint-Pierre, Cédrik St-Onge, Chloé Lacasse, Scott Pien-Picard, Matiu, Ivan Boivin et Marcie.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Florent Vollant, entouré de Réjean Bouchard, Karen Pinette-Fontaine, Joëlle Saint-Pierre, Cédrik St-Onge, Chloé Lacasse, Scott Pien-Picard, Matiu, Ivan Boivin et Marcie.

Photo : Ivy

Un point de vue générationnel

Quant à cette génération de jeunes Québécois, elle a une curiosité autre que celle d’avant, constate Florent Vollant au fil de ses observations. Celle d’avant, c’est une génération de préjugés. Ces jeunes-là ont la curiosité de savoir, « les Autochtones, mais c’est qui ça? »

S’ils en ont entendu parler comme des gens qui bloquent des routes, qui revendiquent constamment, « les jeunes veulent aller au-delà de ces idées reçues … pis moi j’encourage ça », ajoute Florent Vollant.

Qu’on soit Blanc ou Autochtone, on a des préjugés, mais il faut aller au-delà de ça pour ne pas laisser en héritage les mêmes problématiques, les mêmes exclusions, les mêmes confrontations, les mêmes ignorances, c’est tout ça que je vois dans mon œil de mentor!

Florent Vollant
Matiu et Ivan BoivinAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Matiu et Ivan Boivin

Photo : Ivy

La musicienne Chloé Lacasse s’intéresse à la culture des différentes communautés autochtones. Elle participe d’ailleurs à un autre projet intégrant des langues, dont des langues autochtones. Pour elle, Nikamu mamuitun tombait pile. Elle déplore tout de même le peu d’occasions « de se rencontrer pour vrai, naturellement, sans forcer ».

La résidence de création artistique Nikamu mamuitun/Chansons rassembleuses aura permis cette rencontre, constate Alan Côté, l’initiateur de ce projet. « Il s’est vraiment créé ce que je souhaitais, c’est-à-dire des mélanges, des conversations, un langage qui se transforme dans des chansons où l’on parle les deux langues. »

Les chansons rassembleuses de Nikamu mamuitun

Tous les artistes qui ont participé à la résidence de création Nikamu mamuitun sont montés sur la scène du Festival en chanson de Petite-Vallée le 7 juillet et sur celle du Festival Innu Nikamu à Maliotenam le 3 août.

Une séance d’enregistrement dans le studio de Florent Vollant à Maliotenam est également au programme cet automne.


Un reportage radiophonique a également été préparé pour l’émission Désautels le dimanche. Il a été diffusé le dimanche 2 juillet à Ici Radio-Canada Première. Le voici:

Les chansons rassembleuses de Nikamu mamuitun

 

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