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Un hareng servant d'appât pour le crabe donné en cadeau

Un hareng servant d'appât pour le crabe donné en cadeau

Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Un des principaux défis des Innus de Uashat-Mani-Utenam est de fournir de des emplois aux jeunes de 30 ans et moins qui forment la majorité de leur population. On mise en particulier sur la cinquantaIne d'entrepreneurs innus qui font des affaires sur le territoire de la réserve, mais aussi avec des entreprises et des particuliers de toute la région. Dans les faits, les Innus sont devenus des acteurs vitaux dans l'économie de Sept-Îles employant à la fois des Autochtones et des non-Autochtones. Parmi les entreprises innues, il y a Uapan, une entreprise de pêche qui appartient à la communauté. Son rôle consiste à donner la chance aux jeunes Innus d'accéder à des emplois de qualité.

Un reportage de Guy Bois, d'Espaces autochtones

Zack Bellefleur est un Innu de 31 ans. C'est le plus jeune capitaine de la flotte de Uapan qui appartient à la communauté de Uashat-Mani-Utenam. Uapan qui veut dire l'aube. Ce père de quatre enfants navigue depuis 11 ans. Zack est un homme heureux.

Capitaine ZachAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Capitaine Zach

Photo : Radio-Canada / Caroline Girad

Depuis que je suis jeune, je pêche au canot. Même mon nom en innu ça s’appelle Mestak, ce qui veut dire tortue. La tortue c’est la maître des animaux aquatiques.

Zack Bellefleur, capitaine de bateau innu

Traditionnellement les Innus sont pourtant des pêcheurs d’eau douce. Ils pêchent le saumon sur la Rivière Moisie, qu’ils appellent la Mistashipu -la Grande Rivière - depuis des milliers d’années.

La pêche communautaire au saumon des Innus sur la Mistashipu (La Moisie)Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La pêche communautaire au saumon des Innus sur la Mistashipu (La rivière Moisie)

Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

Mais depuis 2007, UAPAN lance ses bateaux en mer. Une flotte de 6 bateaux qui pêche le crabe, la crevette, le homard, des poissons de fond. Des journées de 12 heures qui s'amorcent dès 3h.30 lorsque le soleil pointe son nez orange derrière les îles.

« J’aime toutes mes journées. À chaque jour, chaque matin, je m’réveille, j’suis heureux, » renchérit Zach qui a été élevé en forêt par ses grands-parents qui vivent maintenant avec lui, sa femme et ses enfants à Mani-Utenam.

Dans la journée Zach et son équipage composé d'un chef de pont non-autochtone et deux marins pêcheurs innus auront ramassé et appâté une centaine de cages de crabe.

« Je suis fier de montrer à ma famille que j’ai un métier. Ils voient que je travaille dehors, j’suis pas dans une usine. C’est ça que je suis le plus fier, sont fiers de moi, » lance-t-il de toute évidence ému.

La pêche au crabe chez les InnusAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La pêche au crabe chez les Innus

Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

Uapan une entreprise en expansion

Les revenus de Uapan pour qui travaille Zach ont plus que triplé en 10 ans, passant d’un million et demi de dollars à 4,6 millions cette année. Uapan emploie 27 personnes, dont 19 Innus. Six membres de la communauté ont le titre de capitaine.

Un des buts c’est de favoriser l’indépendance économique et le développement économique de la communauté. Donc on parle de rentabilité et on parle d’emplois de qualité bien entendu,

Yan Tremblay, Innu de Matimekosh et directeur de Uapan.

« On a consolidé le crabe des neiges, la crevette, le homard. On est encore en processus de consolidation pour le homard. On a commencé à l’exploiter dans la zone de Sept-Îles , renchérit le directeur de Uapan. ».

Ce n’est pourtant pas le homard qui manque dit-il. Le problème est plutôt que les poissonneries locales ne peuvent absorber l’ensemble de la production. D’où l’idée de construire bientôt sur la réserve de Uashat (Sept-Îles) une poissonnerie pour vendre et exporter le homard.

UAPAN applique en fait une stratégie de gestion « des petits pas en avant ». On étudie le produit de la cueillette à son exportation, en passant par la transformation. On investit dans le produit. On consolide son exploitation. On passe à une autre « filière ».

Une intégration verticale.

Crabes à l'usineAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Crabes à l'usine

Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

Uapan est un actionnaire du Groupe UMEK qui possède une usine de transformation à Sept-Iles. Uapan s'est allié avec les communautés innues de Pessamit (Bersimis) et Essipit (Les Escoumins) pour compléter le partenariat avec Les Crabiers du Nord.

L’usine transforme plus de 2 millions de livres de crabe par année. 98% de la production est exportée aux États-Unis.

« C’est un travail très exigeant pis c’est répétitif. C’est tout le temps les mêmes mouvements. C’est un milieu froid, humide. C’est pas des métiers faciles, » insiste Carole Pinette, la directrice de l’usine, une Innue de Uashat.

Elle a aussi « travaillé sur le plancher, » précise-t-elle pour montrer qu’elle sait de quoi elle parle.

Non seulement le travail est difficile, mais en plus, il est mal payé. Douze dollars de l’heure, un tarif qui s’applique même aux heures supplémentaires. Un contexte qui rend difficile le recrutement de personnel. On est loin des conditions offertes aux marins qui pêchent.

Or, l’usine étire volontairement la saison pour que les travailleurs aient accès à l’assurance-emploi. 53 personnes y travaillent, dont 23 Autochtones.

Les Alloctones et les Autochtones, ça travaillent très bien ensemble. J’ai jamais eu à ma connaissance de cas de racisme. Les deux mondes s’allient très bien, on n’a pas de problème à ce niveau là.

Carole Pinette, Innue de Uashat et directrice d'Umek.
Pêche aux crabes Uapan Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un pêcheur innu

Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

Les Innus essentiels à l’économie de Sept-Iles

Les Innus de Uashat Mani-Utenam connaissent un taux de chômage de 24%, soit un taux trois fois plus élevé que le reste de la population québécoise. Or, ils sont jeunes. L’âge median est de 24 ans, celle des Canadiens de 40 ans. D’où l’importance de fournir de l’emplois à cette main-d’œuvre.

L'apport économique des Innus est cependant vital pour Sept-Îles. .

« Dépendant des années, l’impact économique de Uashat, le rayonnement de toutes ces activités, ça peut représenter entre 200 et 400 millions par année. Alors dans une communauté comme la nôtre, c’est significatif, » avance Luc Dion.

Luc Dion est un « militant » économique important de Sept-Iles. Il est avocat, il a dirgé Développement Sept-Îles. Il a mené de nombreuses missions économiques au Québec comme à l’étranger pour tenter de sortir Sept-Îles de sa dépendance à l’industrie du fer. Son père-Jean-Marc- a été maire de la ville pendant 24 ans.

Luc Dion rappelle que sans les Innus, Sept-Iles ne pourraient tout simplement pas passer à travers les crises économiques.

« Le budget de la communauté de Uashat, il y a 3500 résidents, est l’équivalent du budget de la ville de Sept-Îles, qui a 26,700 citoyens. On parle de 60-70 millions. »

On se prépare à relever les cages pour les crabesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

On se prépare à relever les cages pour les crabes

Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

Les Innus possèdent également un parc industriel moderne où se sont installées plusieurs entreprises privées issues de la communauté.

Sans compter les ententes conclues avec les consortiums miniers et Hydro-Québec qui ont des activités sur le territoire traditionnel des Innus qui s’étend jusqu’à Shefferville à 500 kilomètres au nord.

Là maintenant ils ont des ententes avec des compagnies minières, donc il y a des retombées de ça, il y a de l’achat de biens et services (à Sept-Îles), il y a de la construction. Vous voyez un peu l’architecture maintenant de Uashat ? Moi quand je fais de la promotion industrielle, je suis très très fier d’aller montrer la qualité de l'architecture de Uashat.

Luc Dion, promoteur économique de Sept-Iles

Retour en mer

Pêche aux crabes UapanAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pêche aux crabes Uapan

Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

À la fin de la journée, Zach et son équipage auront récolté 7,500 livres de crabe. À ce rythme, ils auront pêché rapidement leur quota saisonnier de 191 mille livres.

Zach devrait empocher autour 120 000 dollars pour 14 semaines de travail, ni plus, ni moins qu'un capitaine non-Autochtone. Un salaire net puisqu'il vit sur la réserve.

Le reste de son équipage devrait recevoir autour de 60 mille dollars

Des salaires dépensés à Sept-Iles.

De quoi faire son métier.... dans la bonne humeur.

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