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Geoffrey Kelley : un humaniste dans le cabinet libéral

Geoffrey Kelley

Geoffrey Kelley

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, incarne le visage humaniste des libéraux à Québec au sein d'un gouvernement centré sur l'économie. Au Collège McDonald à Sainte-Anne-de-Bellevue où nous nous sommes donné rendez-vous, le responsable de la sécurité du campus l'appelle « Geoff », un peu comme tout le monde. Il est dans ses terres.

Un texte de Guy Bois, d'Espaces autochtones

Geoffrey Kelley arbore une cravate de l’Université McGill dont il est fier. « Une cravate signée par Mike Babcock (l’entraîneur des Maple Leafs de Toronto de la LNH), un ancien de McGill », précise le ministre.

L’Université McGill, l’institution anglophone montréalaise par excellence, le temple du multiculturalisme, là où sa fille travaille, et là où le jeune Kelley a décroché en 1985 une maîtrise en histoire canadienne.

Pas étonnant dans ce contexte que, pour le ministre responsable des Affaires autochtones au Québec, l’éducation demeure LA priorité tout en représentant un défi que l’historien en lui mesure

Si pour les parents les souvenirs qu’ils ont de l’école ce sont les pensionnats, leur demander maintenant d’être impliqués dans l’école, c’est une étape difficile à franchir. 

En fait, qu’on parle avec « Geoff » de réconciliation, de gouvernement autonome, de développement économique ou d’urbanité, l’enjeu de l’éducation surgit systématiquement dans le discours

« Moi je crois qu’un emploi nécessite un certain niveau de formation. Au niveau professionnel, au niveau collégial, universitaire. Il y a des choses que nous devrons faire pour mieux préparer la jeunesse autochtone. Mais je pense qu’il y a une certaine réconciliation économique et les Autochtones peuvent devenir des partenaires beaucoup plus importants dans le développement économique. »

Geoffrey Kelley et la réconciliation

Et l’historien souligne l’urgence de la situation.

Je ne veux pas minimiser les problèmes - les préjugés, la discrimination, le racisme -, mais une fois que j’ai constaté tout ça, comment changer la donne? Et une des caractéristiques des Nations autochtones au Québec, c’est qu’elles sont jeunes. Nous avons donc un rendez-vous avec la jeunesse. Et si on condamne une autre génération avec les problématiques que nous connaissons très bien, ça va être lourd de conséquences pour l’ensemble de la société québécoise. 

L’entreprise privée pour le ministre Kelley doit être au centre de cette réconciliation économique. Son rôle, dit-il, comme ministre consiste à « guider les entreprises privées sur comment faire les approches auprès des communautés autochtones. »

Il donne l’exemple de la mine Stornoway dans le nord du Québec.

« Vingt-cinq pour cent de la main-d’œuvre est Crie actuellement. Alors la formation est disponible. Il y a des activités culturelles pour les travailleurs. C’est l’exemple de ce qui est possible. Développer à la fois une mine sur le territoire cri, mais au même moment créer les possibilités économiques pour la communauté de Mistissini. »

Kelley et le partenariat


Humble, le ministre Kelley reconnaît les erreurs du passé et souligne l’importance de l’identité singulière des Autochtones.

Les politiques des gouvernements antérieurs étaient que la culture et la langue n’avaient aucune valeur. 

D’où l’importance pour lui de renforcer la culture dans toutes ses déclinaisons.

« Les radios communautaires sont des outils très efficaces. Quand je vais dans une communauté et que je peux entendre l’innu à la radio, ça fait du bien. Et quand Florent Vollant et les jeunes musiciens sont en train d'enregistrer les disques dans leur langue maternelle : atikamekw, innu, inuktitut, cri, je pense que c’est la preuve que ce sont toujours des langues vivantes. 

Kitcisakik ou le Tiers-Monde au Québec

Difficile de passer par-dessus le cas de Kitcisakik, au centre du documentaire Le peuple invisible de Richard Desjardins. Ce territoire autochtone, situé à une heure de Val-d’Or, sans statut, sans eau potable, dont l’électricité est produite par une génératrice… Et nous sommes en 2017.

On revient toujours [à la question] : où va être le site permanent de Kitcisakik? Et c’est pas pour blâmer personne, mais c’est un enjeu qui touche avant tout le gouvernement fédéral. C’est difficile pour moi de demander à Hydro-Québec d’installer une ligne [électrique] dans un lieu qui est temporaire.

Depuis des années, les Anichinabés (Algonquins) de Kitcisakik négocient pourtant avec Ottawa une réinstallation dans une réserve en bonne et due forme. Sans succès. Le ministre continue tout de même d’y apporter la contribution québécoise.

« Je suis pour faire des améliorations aujourd’hui. C’est pourquoi nous sommes en train de faire la rénovation de toutes les maisons sur la réserve. »

Un programme où les jeunes qui y travaillent peuvent obtenir leur carte d’ouvrier de la construction et ainsi se trouver – en théorie du moins - un emploi à l’extérieur de Kitcisakik.

Le partage de responsabilités avec Ottawa

Kitcisakik pose avec acuité les questions de responsabilités partagées entre Québec et Ottawa en ce qui concerne les Autochtones.

Avec la Convention de la Baie-James, on a mieux identifié les responsabilités du gouvernement fédéral et du gouvernement du Québec. J’ai évoqué la création des commissions scolaires. Les questions de logement chez les Inuits. Il y a d’autres responsabilités qui sont beaucoup plus claires grâce à ce traité moderne. 

Si les Cris et les Inuits ont, dans les faits, l’équivalent ou presque d’un gouvernement autonome, le Québec n’arrive toujours pas à s’entendre avec les nations plus au sud : Innus, Atikamekw, Hurons-Wendats, etc. En fait, ça bouge très peu depuis 30 ans.

Pour une des rares fois pendant l’entrevue, le ministre se fait laconique.

« Pour les huit nations au sud, avec qui nous n’avons pas de traités modernes avec le gouvernement du Québec, on est toujours en train de bonifier l’offre éducative, mais c’est la responsabilité du gouvernement fédéral. »

Responsabilités partagées et urbanité


Et la place des Autochtones au Conseil des ministres, M. Kelley?

J’espère juste être tenace et pas tannant. Mais je suis toujours la personne (en levant la main) qui dit : avez-vous consulté les Autochtones? Parce que nous avons nos devoirs comme gouvernement. Est-ce qu’on a regardé l’angle autochtone dans cette réflexion? Dans les grandes politiques, dans les projets miniers, dans le développement du Plan Nord. 

Les priorités du ministre à mi-mandat

Souriant, « Geoff » se lève après l’entrevue réalisée dans la bibliothèque du collège. Il s’excuse auprès des étudiants qui y sont d’avoir perturbé leurs études. Une manière pour lui de souligner une fois encore l’importance qu’il accorde à l’éducation.

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