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Portrait contradictoire de la situation des Autochtones canadiens à l’ONU

Ouverture de la 16e Instance permanente des Nations unies sur les questions autochtones, New York, 2017

Ouverture de la 16e Instance permanente des Nations unies sur les questions autochtones, New York, 2017

Photo : Nations unies

Radio-Canada

La militante algonquine pour les droits des peuples autochtones Widia Larivière revient de New York, où elle a pu observer un écart important entre le discours du gouvernement du Canada et celui des Autochtones, lors de la 16e session de l'Instance permanente de l'ONU sur les questions autochtones, qui a débuté lundi.

Un texte de Karoline Benoit, d’Espaces autochtones

Les leaders autochtones du monde entier sont aussi réunis dans la mégalopole américaine pour souligner le 10e anniversaire de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (DDPA).

« Il y avait un clash entre ce qui se disait au niveau de la représentation officielle du Canada et les représentants d’organisations et des militants autochtones sur le terrain », raconte Widia Larivière, qui est aussi l’une des co-initiatrices de la branche québécoise du mouvement Idle No More.

Elle dit que le discours prononcé à l’ONU lundi par la ministre canadienne des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, a été critiqué par les gens sur place qui s’inquiètent que « le Canada tente de se donner une très belle image en matière de respect des droits des peuples autochtones ».

La ministre fédérale des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, à l'Instance permanente des Nations unies sur les questions autochtones, avril 2017

Photo : Nations unies

La ministre Bennett avait, entre autres, parlé de réconciliation et de partenariat avec les Autochtones. Elle avait également vanté le projet fédéral de « modifier les lois [qui ont été] écrites d'une manière paternaliste et coloniale ». Mais la façon dont les Premières Nations seront amenées à participer à ce projet reste encore nébuleuse, a déploré le chef national de l’Assemblée des Premières Nations (APN), Perry Bellegarde.

Les critiques soutiennent par ailleurs que « sur le terrain et dans la réalité, il y a encore énormément de violations des droits humains et des droits des peuples autochtones » au Canada.

La mise en œuvre de la Déclaration se fait attendre

Pourtant, la Déclaration sur les droits des peuples autochtones a bel et bien été adoptée par Ottawa en 2016, presque une décennie après 140 autres pays.

Ce document énumère les droits individuels et collectifs des peuples autochtones, notamment en matière de culture et de traditions, d'identité, de santé, d'éducation et de langues. Il énonce aussi une série de principes comme l'égalité, le partenariat, la bonne foi et le respect mutuel.

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, lors de l'Instance permanente de l'ONU sur les questions autochtones, 25 avril 2017

Photo : Radio-Canada / Courtoisie de l'APN

Le chef Bellegarde, rappelle qu’Ottawa s’est engagé à plusieurs reprises à appliquer cette déclaration.

Mais « des actions sérieuses pour tenir cette promesse n'ont pas encore été entreprises de manière importante », a-t-il clamé à l’ONU.

Des actions concrètes sont nécessaires.

Perry Bellegarde, chef de l’APN

Il demande, entre autres, que les Autochtones et les gouvernements mettent au point ensemble des plans d’action et que les gouvernements ne prennent pas de décisions unilatérales dans les questions qui concernent les Autochtones.

Il soutient que des projets de développement continuent d’être approuvés sans avoir eu le « consentement libre et éclairé » des membres des Premières Nations.

La ministre Bennett a cependant confirmé lundi que le Canada reconnaîtra dorénavant ce concept de « consentement libre et éclairé » contenu dans la Déclaration, ce qui signifie que les Autochtones doivent non seulement être engagés en tant que partenaires et consultés pour les projets de développement qui les concernent, mais aussi y consentir.

La militante Widia Larivière avec la délégation du Wapikoni mobile devant les Nations unies

La militante Widia Larivière avec la délégation du Wapikoni mobile devant les Nations unies

Photo : Radio-Canada / Virginie Michel

« J’ai souvent l’impression qu’on répète des choses de base, déplore Widia Larivière, comme de respecter notre droit à l’autodétermination et d’avoir droit à un consentement libre et éclairé quand vient l’exploitation des ressources naturelles sur les territoires autochtones. »

La militante, qui en était à sa troisième visite aux Nations unies, dit être contrariée de voir « à quel point les choses avancent très lentement en ce qui a trait au respect des droits des peuples autochtones ».

« J’espère sincèrement que ça ne prendra pas 10 ans [de plus] pour vraiment mettre en œuvre les droits qui sont stipulés dans cette déclaration-là. »

Des rencontres inspirantes

Widia Larivière, qui s'était rendue à New York avec la délégation du Wapikoni mobile, a trouvé notamment fascinant de voir ce qui se passe à l’étranger, d’entendre des gens de partout parler de leurs situations respectives. « Il y a beaucoup d’endroits à travers le monde où ces droits ne sont pas respectés », explique-t-elle.

Elle dit aussi apprécier de pouvoir « comparer les mécanismes qui existent dans d’autres pays pour s’assurer que la déclaration est appliquée ».

« Chaque fois que je reviens de l’Instance, dit-elle, je reviens inspirée, parce que c’est quand même un rassemblement de représentants autochtones de partout dans le monde, des militants, des gens qui sont passionnés, des défenseurs des droits autochtones. »

Ca redonne un boost de motivation.

Widia Larivière, Idle No More

« Ça rappelle que c’est possible de faire avancer les choses quand on s’y met et qu’on travaille collectivement », conclut-elle.

 

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