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Les Mohawks : bâtisseurs du monde moderne

Le 16 décembre 2010, un charpentier de l'acier assemble des poutres au One World Trade Center à New York. En arrière-plan: l'Empire State Building.
Le 16 décembre 2010, un charpentier de l'acier assemble des poutres au One World Trade Center à New York. En arrière-plan: l'Empire State Building. Photo: Mark Lennihan/AP

Il y a 110 ans, une tragédie emportait dans la mort une trentaine de Mohawks de Kahnawake. Un siècle plus tard, le souvenir de cette hécatombe n'empêche pas leurs descendants de continuer à bâtir les ponts et les gratte-ciels d'Amérique.

Un texte d'Anne-Marie Yvon

En s’effondrant, le 29 août 1907, le pont de Québec, en construction, tue 76 monteurs d’acier, dont 33 des 38 Mohawks présents, tous originaires de la réserve de Kahnawake.

En s’effondrant, le 29 août 1907, le pont de Québec, en construction, emporte dans la mort 76 monteurs d’acier, dont 33 des 38 Mohawks présents.Ce qui restait du pont de Québec après son effondrement en 1907 Photo : Fred Würtele, 1907 Source: BANQ

L'accident n’arrêtera pas les plus vaillants, qui conservent une réputation les précédant depuis 1886.

Cette année-là, un contremaître français qui travaillait sur le pont de Kahnawake avec des Mohawks les avait décrits en ces termes : « Ils ont le pied sûr comme des chèvres de montagne! »

Un travail de guerrier

Comme l’explique le journaliste français Michel Moutot, reporter à l’AFP et auteur du roman Ciel d’acier, ce boulot fait appel à des valeurs ancestrales pour les Mohawks :

Des « guerriers » qui n’ont pas le vertige…vraiment ?

Un mythe tenace venait d’être créé : les Indiens n’ont pas le vertige. Un mythe qui perdure encore aujourd’hui, comme s’en est rendu compte Michel Moutot.

Celui-ci était correspondant à New York lors de l’attentat au World Trade Center, c’est là qu’il voit ses premiers Mohawks, bâtisseurs de structures, devenus à cette occasion des démonteurs d’acier pour permettre de libérer les victimes coincées dans ces amas de métal. Il a eu envie de raconter, sous forme de roman historique, leurs exploits et les drames liés à leur métier dangereux.

Le saviez-vous ?

En 2002, Michael Bloomberg, ancien maire de New York (2002-2013), a proclamé le 25 avril « Mohawk Ironworker's Day ».

S’il existe des films abordant cette réalité, dont Charpentier du ciel (1966) de Don Owen ou Spudwrench, l’homme de Kahnawake (1997), d’Alanis Obomsawin, s’il existe des photos célèbres, de Lewis Hine entre autres, qui nous ont permis de constater leur agilité sur des poutres à 50 mètres de hauteur, il n’y avait pas de romans dans lesquels ils sont les personnages centraux.

L’écrivain canadien Joseph Boyden a toutefois mis en scène les monteurs d’acier dans son roman Les saisons de la solitude.

Le journaliste et écrivain américain Joseph Mitchell a préfacé le livre Pardon aux Iroquois, Les Mohawks, Charpentiers de l'acier, d’Edmund Wilson, y publiant son étude sur les monteurs de charpentes.

30 avril 2012, la dernière poutre est installée au 100e et dernier étage du One World Trade Center de New York.30 avril 2012, la dernière poutre est installée au 100e et dernier étage du One World Trade Center de New York. Photo : ? Lucas Jackson / Reuters

« Je me suis inspiré soit de rencontres soit de lectures pour créer mon personnage principal. J’ai choisi LaLiberté parce que c’est un nom très québécois », précise Michel Moutot, ajoutant que les Mohawks étaient à l’origine de cette tradition de charpentiers du métal, le premier pont ayant été construit sur leur territoire en échange de l’embauche des jeunes de la communauté.

Mais ils ne sont pas les seuls à marcher sur des poutres. Ces monteurs d’acier ne représenteraient d’ailleurs que 10 % de la main-d'oeuvre. Les autres sont des Terre-Neuviens d’origine irlandaise; on compte aussi des descendants d'immigrants venus d’Allemagne ou de Norvège. Tous ont beaucoup de respect pour les Mohawks.

C’est une des seules professions où être Indien et pas seulement Mohawk est plutôt porté à votre crédit.

Michel Moutot, écrivain

Une fiction historique

Tous les personnages du livre sont fictifs, mais les événements racontés sont bien réels.

Ils permettent de voyager dans le temps, du premier pont à Kahnawake jusqu’à la construction du One World Trade Center à New York en 2012.

Michel Moutot a élaboré la trame de son ouvrage après avoir rencontré des membres des communautés de Kahnawake et d'Akwesasne. C'est dans cette dernière réserve qu'il a échangé avec trois aînés qui ont construit les tours du World Trade Center, dont un qui a aussi travaillé à la démolition des tours jumelles au lendemain du 11 septembre 2001. Cet homme lui inspirera l’un de ses personnages.

C'est dans le livre The bridge at Québec, de l'historien William D. Middleton, que Michel Moutot trouvera les détails pour décrire l'effondrement du pont de Québec.

Il explique la genèse de cette inévitable tragédie :

Si la tradition de monteur d’acier n'est plus en vogue, comparativement aux années 1970, il y a encore de la relève pour ce travail difficile et exigeant. Comme le dit Michel Moutot, il reste toujours de jeunes ironworkers attirés par les bons salaires qui leur permettront de se payer « une grosse maison et un énorme pickup ».

Ciel d’acier de Michel Moutot est publié aux Éditions Points dans la catégorie Grands romans. Le livre sera traduit en espagnol.

Michel Moutot était présent au Salon du livre de Montréal en novembre 2016. Catherine Perrin, de l’émission Medium large, en a profité pour l’inviter à discuter de son livre en compagnie de la cinéaste d’origine mohawk, Sonia Bonspille-Boileau.

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