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Métis, métissé ou tricoté serré?

Des Métis assistent à une manifestation en opposition au chef de la Nation métisse de la Saskatchewan Robert Doucette, le 18 août 2013 à Regina.

Des Métis assistent à une manifestation en opposition au chef de la Nation métisse de la Saskatchewan Robert Doucette, le 18 août 2013 à Regina.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

De plus en plus de gens au pays se reconnaissent une identité métisse. Mais qui, exactement, peut se dire Métis? Tous les Métis ont-ils les mêmes droits? Portrait d'un rapport à l'identité qui est tout sauf simple.

Un texte de Caroline Nepton Hotte

J'entre toujours dans la nouvelle année avec mes petits mocassins, c'est comme ça. Peut-être que je ne veux pas faire peur à l'année qui cogne à la porte. Mais, une fois, j'y suis entrée le cœur gonflé d'amour pour ma famille.

C’était le jour de l’An. J’avais peut-être 19 ans. Mon grand-père et ma grand-mère innus étaient toujours avec nous. Nous étions tous rassemblés, près d’une cinquantaine, dans la maison d’un de mes oncles.

Vers minuit, mon grand-père s’est levé pour danser une autre gigue. Il devait avoir 90 ans. Il s'est mis à danser et à danser avec le plus grand plaisir, le dos droit, l’air fier. Un beau bonhomme. Et, soudainement, il s'est mis à rire et à répéter qu’il était un Indien: « Je suis un Montagnais, je suis un Indien », clamait-il!

J’étais mal à l’aise, mais profondément touchée. Je n’avais jamais vu mon grand-père exprimer haut et fort son bonheur d’être un Innu. C’est surtout la honte qui a jalonné sa vie parce qu’il y a une ou deux générations, affirmer que nous étions des Autochtones pouvait être gênant.

Des Métis devant l'édifice de la Cour suprême, à Ottawa, le 14 avril 2016Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des Métis devant l'édifice de la Cour suprême, à Ottawa, le 14 avril 2016

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Explosion du nombre de Métis

Mais les temps ont beaucoup changé depuis 1995. On assiste à présent à une explosion de fierté autochtone, mais aussi à ses dérives.

Lors d’un entretien avec Darryl Leroux, professeur de sociologie à l’Université Saint Mary's, spécialiste des questions relatives aux Métis du Canada, j’apprenais que les autodéclarations à l’identité Métis dans le recensement avaient explosé, particulièrement dans l’est du pays.

C’est dans les Maritimes, selon Statistique Canada, que le nombre d’autodéclarations autochtones est le plus important. De 2006 à 2011, à Terre-Neuve-et-Labrador, l’augmentation du nombre de Métis était de 53,1 %. La Nouvelle-Écosse arrive deuxième avec une augmentation de 40,3 % pour les mêmes dates et le Québec est au troisième rang avec un accroissement de 30,9 % du nombre de Métis. Dans l’Ouest et le Nord canadien, les statistiques oscillent entre 3 et 18 %.

Darryl Leroux indique aussi que, de 2001 à 2011 au Québec, il y a eu 200 % d’augmentation des autodéclarations de Métis. Toutefois, il croit que, si autant de personnes revendiquent cette identité dans l’Est du Québec, ce n’est pas neutre. « C’est, entre autres, une manière de se réapproprier le pouvoir social et politique d’une région où se tiennent des négociations territoriales », avance-t-il.


Le cas de Joseph Boyden

Joseph BoydenAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'auteur Joseph Boyden

Photo : Normand Wong

Dernièrement, la chaîne de télévision autochtone, APTN (Nouvelle fenêtre), a fait une enquête sur l’auteur Joseph Boyden qui se dit fier de son identité métissée. On y apprend que ses origines autochtones sont floues et difficiles à démontrer. Ces révélations ont fait réagir bon nombre d’Autochtones sur les médias sociaux, certains accusant Boyden d’usurpation identitaire. L’enquête dérange d’autant plus que l'auteur est à l'avant-plan de la littérature autochtone depuis plusieurs années.


Métis ou métissé?

Les Métis sont composés des descendants de Louis Riel, de Gabriel Dumont et de ceux qui se sont battus contre le Canada en 1869 et en 1885.

Louis Riel, chef métis et fondateur du ManitobaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le fondateur du Manitoba, Louis Riel

Photo : Archives

Ils sont organisés en communauté avant la création du Canada. Ils sont des descendants des trappeurs et des femmes autochtones. Ces groupes sont surtout en Alberta, au Manitoba, en Ontario.

Une citation de : Darryl Leroux, professeur de sociologie à l’Université Saint Mary’s d'Halifax

Dans le recensement, l’autodéclaration appartient à l’individu, qui souhaite ou non s’identifier comme Métis. De plus, comme le soutient la spécialiste Hélène Vézina, directrice du groupe Balzac, qui s’intéresse à la généalogie au Québec, et professeure au Département des sciences humaines (DSH) à l’Université du Québec à Chicoutimi, être Métis peut être sujet à interprétation. « On peut être Hollandais, Pakistanais et Québécois et se déclarer Métis, explique-t-elle, ce n’est pas nécessairement Autochtone. »

Or, depuis la décision Powley de la Cour suprême, en 2003, qui a reconnu l’identité métisse d’un homme en Ontario, un test pour définir l’identité a été mis au point. « Mais la personne doit faire partie d’une communauté qui a occupé le territoire, a une culture distincte, et ce, avant la création du Canada », explique Darryl Leroux. « Dans les Maritimes et dans l’Est du Québec, surtout dans la vallée du Saint-Laurent, on voit beaucoup d’organismes qui se mettent en place pour créer une "communauté" pour s’auto-identifier comme Métis. »

Selon lui, depuis quelques années, dans les Maritimes et au Québec, on retrouve un grand nombre de revendications territoriales, mais aussi de nombreuses municipalités qui se trouvent enclavées dans les territoires revendiqués. C’est le cas sur la Côte-Nord au Québec et au Nouveau-Brunswick.

Au recensement de 2006, 389 780 personnes ont déclaré être Métis et 133 155, Indiens non inscrits.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Au recensement de 2006, 389 780 personnes ont déclaré être Métis et 133 155, Indiens non inscrits.

Photo : Statistique Canada

« Depuis 2003, plus de 25 organisations au Québec s’identifient comme métisses », note le Pr Leroux. Cela a augmenté soudainement, explique-t-il. Et avec la dernière décision Daniels de la Cour suprême, au printemps 2016, on a vu, sur la Rive-Sud de Montréal, des personnes annoncer qu’une nouvelle « communauté » avait été créée, nommée Mikinak.

« Mais la décision Daniels n’était pas par rapport à l’identité, aux droits, souligne Darryl Leroux. C’est simplement quel palier de gouvernement a la responsabilité des Indiens sans statut. »

Des Métis avant le jugement de la Cour suprême, le 14 avril 2016.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des Métis avant le jugement de la Cour suprême, le 14 avril 2016.

Photo : PC/Sean Kilpatrick

Les origines autochtones des Québécois

Hélène Vézina se fait prudente, car selon elle, les Amérindiens ont souvent épousé des Canadiens français. Elle rappelle que l’identité est quelque chose de complexe et de sensible. Il y a de grandes distinctions entre les Métis et les personnes métissées, souligne-t-elle.

Le mot métis en français est moins précis qu'en anglais. Dans l'Ouest canadien, lorsqu'une personne dit qu'elle est Métisse, elle est de la Nation métisse. Si elle était de double nationalité, elle dirait : « Mixed origins. » Selon les études d'Hélène Vézina, de Darryl Leroux et de bien d'autres, il y aurait peu de fondateurs autochtones dans les lignées au Québec, contrairement à la croyance populaire.

« Lorsque j’ai fait mon étude en 2012, les données génétiques n’avaient pas toutes les précisions nécessaires », avoue Hélène Vézina. Mais on peut lire dans son analyse : « L’impact de la contribution amérindienne est faible et le chiffre précédemment avancé de 1 % pourrait s’avérer juste. »

Dans les Maritimes et dans l’Est du Québec, surtout dans la vallée du Saint-Laurent, on voit beaucoup d’organismes qui se mettent en place pour créer une "communauté" pour s’auto- identifier Métis.

Une citation de : Darryl Leroux, professeur de sociologie à l’Université Saint Mary's, spécialiste des questions relatives aux Métis du Canada.
Une carte délivrée par la Fédération des Métis du Manitoba (MMF).Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une carte d'appartenance métisse émise par la Fédération des Métis du Manitoba (MMF).

Photo : Radio-Canada

Les revers de la désinformation

Selon Darryl Leroux, il y a beaucoup de désinformation. Des cartes de membres sont délivrées par des organismes métis, mais elles n’ont aucune valeur légale au pays. « Les gens de Mikinak font une erreur de lecture du jugement », soutient-il. Ainsi, une personne qui se sent fière de ses origines autochtones, de trois ou quatre générations, peut se faire berner dans sa quête identitaire.

« Les revendications identitaires sont personnelles dans le cas des personnes métissées, mais lorsqu’elles deviennent politiques, ça a des incidences », assure Darryl Leroux. Et lorsqu'on parle de dizaines de générations en arrière, d'un ancêtre autochtone en 1750, par exemple, comment construire une identité autochtone?

Bien que les gens ne cachent plus leurs origines autochtones, Darryl Leroux affirme qu’avoir des origines autochtones au 17e ou au 18e siècle ne nous rend pas autochtones aujourd’hui. Il rappelle que les revendications de droits et de statut autochtones sont encadrées par la loi et la Constitution.

Le gouvernement fédéral rencontrera les dirigeants métis en janvier 2017. Avec toutes ces recherches, ces analyses, je me demande qui sera invité à la rencontre. Je me dis que, si tous nos ancêtres avaient dansé avec fierté comme mon grand-père, le Canada serait différent, il serait peut-être beaucoup plus métissé.

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