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Entête silos en voie de disparition.
Radio-Canada / Martin Labbé

Texte : Thibault Jourdan Photographies : Martin Labbé

Au milieu d’un champ couvert de hautes herbes folles se dresse l’élévateur à grain de Snowflake. Dans cette ville presque fantôme, située dans le sud du Manitoba, ne subsistent que quelques bâtiments abandonnés et sur le point de s’effondrer.

Appareil photo en bandoulière, chaussettes remontées par-dessus le pantalon pour éviter les tiques, la photographe Jean McManus s’avance d’un pas sûr vers l’imposante structure. Au moment d’armer son appareil photo pour capturer ce géant des Prairies, elle lâche, fataliste : Il n’y a aucun moyen de le sauver. Il est trop délabré.

Le silo, qui a été au cœur du développement de ce village, a connu son heure de gloire au cours du siècle dernier. Aujourd’hui, cependant, il fait grise mine, au point que si le soleil ne brillait pas dans un ciel bleu immense, l’endroit serait lugubre et pourrait servir de décor pour le tournage d’un film d’horreur.

Le bois qui le compose est pourri, la peinture qui le recouvrait, délavée. Seules les lettres noires qui indiquent le nom de l’entreprise qui l’exploitait et celui du village sont encore visibles. Le vent souffle fort dans le secteur, car aucune colline ni aucun arbre ne sont là pour freiner sa course.

Un ancien silo à grain avec de grosses bottes de paille devant, à McConnell au Manitoba, début mai 2022.
De nombreux vieux silos se trouvent sur des propriétés privées, comme ici à McConnell. Ils ne sont pas forcément utilisés, mais sont conservés dans le paysage par les agriculteurs qui y sont attachés. Photo : Radio-Canada / Martin Labbé

Autrefois omniprésents dans les Prairies canadiennes, les élévateurs à grain se détachaient au milieu du paysage plat, si caractéristique de cette région qui est le grenier du Canada.

Dans les années 1920, le Manitoba comptait plus de 700 élévateurs. Aujourd’hui, il en reste environ 120, et seulement 60 sont encore utilisés, selon un décompte de la Société historique du Manitoba. Rien que l’an dernier, neuf ont été démolis.

À ce rythme-là, ils auront tous disparu d’ici 10 ans, estime le président et chercheur en chef de la Société historique du Manitoba, Gordon Goldsborough.

Malgré cette mort qui semble inéluctable, des passionnés de toute la province tentent de préserver le souvenir de ces bâtisses qui ont forgé l’identité d’une grande partie de l’ouest du Canada.

Jean McManus est devant un ancien silo à grain, dans les prairies, elle s'apprête à le prendre en photo avec son appareil photo dans les mains à Snowflake au Manitoba, début mai 2022.
Radio-Canada / Martin Labbé
Photo: Jean McManus s’apprête à prendre en photo le vieil élévateur de Purves. Celui-ci a été restauré en partie par le propriétaire, qui souhaitait le conserver et continuer de l’utiliser.   Crédit: Radio-Canada / Martin Labbé

Un passe-temps devenu une quête

Jean McManus, elle, a vu son premier élévateur à grain quand elle avait dans la vingtaine. L’infirmière retraitée depuis environ une dizaine d'années a grandi dans le sud de l’Ontario. Nous n’avons pas ce genre de choses là-bas. Je n’avais aucune idée de ce que c’était.

Pour occuper son temps libre, elle s’est mise à la photographie. À force de voyager partout au Manitoba, elle a vite accumulé des photos d’une centaine d’élévateurs. Je me suis alors demandé combien il y en avait et si je pouvais tous les immortaliser. C’est devenu un jeu, dit-elle en riant.

« C’est impossible de photographier le Manitoba sans prendre de photos des élévateurs. C’est notre identité et c’est ce qui a fait du Manitoba une province. Sans le commerce du grain, nous ne serions rien. »

— Une citation de  Jean McManus

À une vingtaine de kilomètres à l’est de Snowflake, l’élévateur de Kaleida trône au milieu des champs, au bord d’une route en gravier. Même s’il est en meilleur état que celui de la ville fantôme, il fait partie des vieux élévateurs qui risquent de disparaître d’ici quelques années.

Cette menace permanente qui plane dans le ciel des Prairies a peu à peu transformé le jeu de Jean McManus en quête qu’elle et son mari étaient seuls à mener. Après les avoir tous photographiés, [en 2017], j’ai senti qu’il était nécessaire de continuer pour les documenter et garder les statistiques à jour. Ils disparaissent à un tel rythme qu’on peut vite ne plus avoir les bonnes informations.

Depuis, elle passe son temps sur les routes du Manitoba, dort dans des hôtels et sillonne des coins reculés de la province pour remplir sa quête. C’en est devenu un véritable mode de vie pour le couple.

Photo: Janelle Fillion marche à l’endroit exact où se trouvaient les deux élévateurs à grain de Dufrost, où elle a grandi.   Crédit: Radio-Canada / Martin Labbé

Perdre son élévateur, c’est perdre son identité

C’est comme avoir un décès dans la famille. C’était vraiment étrange. On en pleurait même , se souvient Janelle Fillion, qui a grandi à Dufrost, une communauté qui comptait deux élévateurs, démolis en 2000. Ceux-ci faisaient la fierté de la communauté, située à une heure de route au sud de Winnipeg, et leur démolition a été vécue comme une tragédie par les habitants.

Pendant des années, ces structures étaient le point d’ancrage du village. Elles étaient au cœur de la vie de la petite communauté qui ne compte que trois rues, séparées par un chemin de fer sur lequel le train circule toujours, mais ne s’arrête plus. C’était aussi le lieu où les enfants allaient jouer le soir. On montait et on descendait la rampe d’accès en vélo. Il y avait toujours un sentiment de danger, d’aventure, de mystère [autour des élévateurs] , se souvient Janelle Fillion avec nostalgie.

« On était le village avec deux élévateurs sur la [route] 23. Les gens ne pouvaient pas nous manquer. »

— Une citation de  Janelle Fillion

À l’époque, Dufrost comptait quelques dizaines d’habitants, dont près de la moitié étaient des Franco-Manitobains. Mais peu après la démolition des élévateurs, l’identité même du village a commencé à changer, et l’esprit communautaire qui existait entre les fermiers et les autres villageois a commencé à s’atténuer.

De nouvelles familles sont venues s’installer et celles-ci voulaient avoir une vie plus privée et indépendante de la communauté. Ça a changé la façon dont on interagissait avec les voisins. On ne les connaissait pas, ils ne sortaient jamais de leur maison, raconte-t-elle.

Photo: Comme dans sa jeunesse, Janelle Fillion s’amuse à marcher en équilibre sur les rails qui traversent le village où elle a grandi. À l’époque, deux énormes élévateurs trônaient à côté de la ligne de chemin de fer, et la valse des camions et des trains rythmait la vie de Dufrost.  Crédit: Radio-Canada / Martin Labbé

« C’est étrange, on ne penserait pas que deux élévateurs [puissent avoir un tel rôle] dans l’identité d’une communauté. Mais avec tout le trafic qu’on a perdu dans le village, il y a eu une perte du sentiment de fierté. »

— Une citation de  Janelle Fillion

Aujourd’hui, il ne reste aucune trace de ces bâtiments si grands qu’ils servaient de baromètre aux habitants pour estimer l’intensité d’une tempête de neige. Il n’y aurait pas moyen de savoir où ils se trouvaient sans l’aide de la jeune femme, devenue architecte d’intérieur et qui a consacré son mémoire de maîtrise aux élévateurs à grain.

Quand je reviens, je ne sens pas qu’il y a une fierté à Dufrost. C’est un peu déprimant, dit-elle, émotive. C’est seulement la troisième fois en sept ans qu’elle remet les pieds dans son village natal. Ça ferme vraiment le chapitre de ma jeunesse quand je vois comment les choses ont changé.

Photo: Gordon Goldsborough est sur le point de pénétrer dans un vieil élévateur délabré. Il faut être prudent, car le bois pourri peut parfois se briser sous le poids d’une personne.   Crédit: Radio-Canada / Martin Labbé

Des lieux au cœur de la vie communautaire

Avec sa casquette de la Société historique du Manitoba vissée sur la tête, Gordon Goldsborough balaie du regard les alentours de Barnsley, les yeux pétillants.

Il n’y a que deux élévateurs ici, rien d’autre. Les gens venaient ici simplement pour s'asseoir, parler, fumer, décrit-il avant de se saisir de son appareil photo et d’entrer dans l’un des élévateurs à l’abandon.

Pendant des décennies, au Manitoba, il était impossible de tourner la tête sans en apercevoir un : en effet, ils étaient construits tous les 9 à 16 km, soit une distance qui pouvait être parcourue en une journée par une charrette tirée par un animal, le long des lignes de chemin de fer. Il était aussi fréquent d’en avoir plusieurs les uns à côté des autres, séparés de quelques mètres.

Ces lieux étaient au centre de la vie des petites villes. C’est dans ces bâtiments, par exemple, qu’ont été installés les premiers télégraphes dans les campagnes.

En 2016, la Fiducie nationale du Canada soulignait la disparition rapide des élévateurs à grain en les inscrivant sur sa liste des sites patrimoniaux les plus menacés au Canada.

Certaines communautés perdues au milieu de nulle part, comme Barnsley, n’étaient en réalité même pas un village. Seuls deux élévateurs, aujourd’hui en mauvais état, sont situés à quelques centaines de mètres d’un croisement de deux routes en gravier. Et pourtant, c’est à Barnsley que les agriculteurs se retrouvaient et faisaient même livrer leur courrier.

À l’intérieur du silo, les odeurs du bois, de la poussière et du grain se mélangent. À peine est-on entré que le silence est assourdissant comparé au bruit causé par le vent qui fouette la prairie à l’extérieur. Il n’y a plus de vitres aux fenêtres depuis longtemps. Un enchevêtrement de poutres et de manivelles en bois laisse deviner toute l’ingéniosité de ces structures qui pouvaient être opérées par une seule personne. De vieilles affiches à moitié déchirées sont encore collées aux murs, tandis qu’un tableau noir, sur lequel était souvent représentée la répartition du grain entre les divers réservoirs présents dans l’élévateur, est toujours accroché. L’espace en lui-même n’est pas très grand et est assez sombre.

La vétusté du lieu fait en sorte qu’il est difficile, en 2022, d’imaginer à quel point les élévateurs à grain étaient des points de rassemblement et le cœur économique des villages. Pourtant, leur fermeture a régulièrement conduit à la disparition de communautés entières.

« Quand ils ont commencé à fermer, c’était un signe du déclin de la vie rurale au Manitoba. »

— Une citation de  Gordon Goldsborough

La présence d’élévateurs à grain défigurés est souvent le dernier vestige d’une communauté autrefois prospère. Lorsqu’on traverse le Manitoba, plusieurs villes fantômes comme Oberon ou McConnell n’ont plus aucun bâtiment encore debout mis à part leurs élévateurs, du moins pour l’instant. Ce sont les dernières preuves qu’au milieu des champs, des routes de gravier et des marécages, éloignés de tout et difficiles d’accès, vivaient des dizaines de familles il y a seulement 30, 40 ou 50 ans.

Photo: Un ancien silo à grain en bois dans les prairies manitobaines, en début juin 2022.  Crédit: Radio-Canada / Martin Labbé

Trop tard pour tous les sauver

Aujourd’hui, ces reliques ne font pas le poids face aux mastodontes en béton construits par des entreprises comme Viterra ou Richardson Pioneer. Elles sont bien trop petites pour répondre aux besoins de l’agriculture moderne.

Un des élévateurs de Barnsley pouvait contenir 30 000 boisseaux. L’élévateur le plus gros en fonction au Manitoba peut maintenant en accueillir un million et demi, affirme Gordon Goldsborough.

Pire, laissés à l’abandon, ils sont parfois devenus des abominations, reconnaît Jean McManus. Pourtant, quand elle a commencé à les photographier, elle se demandait s’il était possible de les sauver, notamment en attirant l’attention sur eux.

Mais dix ans plus tard, son attitude a changé et elle dresse un constat implacable : Le futur de ces élévateurs en bois est lugubre. Il est trop tard pour les sauver. Ils sont trop détériorés.

Ils sont tout simplement trop difficiles et coûteux à entretenir, ajoute Gordon Goldsborough. 

Pour restaurer une seule façade d’un élévateur, le musée d’Inglis a ainsi dû débourser entre 40 000 et 60 000 dollars, selon Judy Bauereiss, la présidente du conseil d’administration du comité de préservation du lieu historique national des élévateurs à grain d'Inglis (Inglis Area Heritage Committee). Un rapide calcul permet d’estimer entre 160 000 et 240 000 $ la réparation complète d’un de ces outils agricoles.

Judy Bauereiss est dans une propriété au mur en bois, à Inglis, au Manitoba, début juin 2022.
Judy Bauereiss est la présidente du conseil d’administration de l’Inglis Area Heritage Committee (comité de préservation du lieu historique national des élévateurs à grain d'Inglis). Inglis est aujourd’hui le seul endroit au monde à disposer d’une rangée de cinq élévateurs à grain en bois.Photo : Radio-Canada / Martin Labbé

« Cela me rend un peu triste de voir ces élévateurs disparaître parce qu'ils sont largement perçus dans le monde entier comme un symbole des Prairies canadiennes. »

— Une citation de  Gordon Goldsborough
Photo: Silos en voie de disparition  Crédit: Radio-Canada / Martin Labbé

Des efforts pour en garder quelques-uns en vie

Sourire aux lèvres, Judy Bauereiss est fière des cinq élévateurs qui se dressent face à elle. Situé à proximité de la frontière avec la Saskatchewan, à près de 400 km à l’ouest de Winnipeg, le petit village d’Inglis est un lieu historique national du Canada : C’est le dernier endroit au monde où on a une rangée de cinq élévateurs à grain, s’exclame la petite dame volubile.

Tout comme la ville, les élévateurs fêtent cette année leur centenaire. Ils ont été construits ici et n’ont jamais bougé, assure la présidente du conseil d’administration. Mais comme tous les autres, ils ont été abandonnés. Le dernier train a quitté Inglis [avec un chargement] en août 1995. Les entreprises ont tout simplement arrêté de les entretenir.

Dès lors, la communauté s’est mobilisée pour les préserver et a obtenu la désignation de lieu historique national en 1997. Ces sentinelles des Prairies sont dorénavant un musée qui accueillait, avant la pandémie, plus de 700 touristes de juin à septembre. Les seuls bus remplis de touristes qu’on a eus venaient du Québec, tient-elle à préciser.

À l’intérieur de l’élévateur principal, celui de l’entreprise Paterson, l’odeur de poussière, de vétusté et de grain est omniprésente. Mais contrairement à ceux de Barnsley, celui-ci est très bien préservé. Le bois est beau, des lumières éclairent chaque recoin et des panneaux bilingues fournissent des explications sur le fonctionnement de ces géants des Prairies. À Inglis, tous les élévateurs qui composent le musée sont encore fonctionnels.

Ce que nous avons ici, c'est de l’histoire vivante. C'est bien mieux de pouvoir visiter un site que de lire un livre, car vous avez alors une idée d’à quel point chaque élévateur était un chef d'œuvre architectural, insiste Judy Bauereiss.

« Il y avait trois piliers dans les villages : l’élévateur, qui était le centre d'affaires, l'église, qui était le centre spirituel, et l'école, le centre d'éducation. »

— Une citation de  Judy Bauereiss.

Même s’ils sont en bon état et que le musée reçoit plusieurs subventions, l’entretien de ces bâtiments reste hasardeux. Au printemps, on a trouvé un raton laveur qui avait élu domicile dans un des élévateurs, cite, en exemple, Judy Bauereiss.

Janelle Fillion pose devant l’élévateur à grain de Saint-Jean-Baptiste, au Manitoba, début juin 2022.
Radio-Canada / Martin Labbé
Portrait de Gordon Goldsborough devant un ancien silo à grain, avec une casquette et son appareil photo en bandoulière à Barnsley au Manitoba, début juin 2022.
Radio-Canada / Martin Labbé
Portrait de Judy Bauereiss souriante dans le musée des silos à grain, à Inglis, au Manitoba, début juin 2022.
Radio-Canada / Martin Labbé
Jean McManus pose devant un mur en bois d'un ancien silo à grain, avec son appareil photo dans les mains, au Manitoba, début juin 2022.
Radio-Canada / Martin Labbé

Fragilisés par le temps qui passe et battus par le climat rude du Manitoba, les seuls qui pourraient survivre sont, en réalité, ceux qui se trouvent dans des musées ou qui sont aux mains de propriétaires privés. C’est d’ailleurs le cas de l’élévateur à Saint-Jean-Baptiste, un village francophone du sud de la province. C’est celui-ci que Janelle Fillion a mis en avant dans son mémoire. Il faut le conserver parce que c’est l’un des derniers dans un village franco-manitobain. Ça fait partie de notre histoire et, pour moi, ça démontre que c’est une communauté super fière de son identité agraire, poursuit-elle.

Janelle Fillion pose devant l’élévateur à grain de Saint-Jean-Baptiste, au Manitoba, début juin 2022.

Je suis pragmatique, reprend Gordon Goldsborough. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de tous les garder, mais je pense qu’il est très utile d’en conserver certains en bon état que les gens peuvent voir.

Portrait de Gordon Goldsborough devant un ancien silo à grain, avec une casquette et son appareil photo en bandoulière à Barnsley au Manitoba, début juin 2022.

D’un tempérament optimiste, Judy Bauereiss pense que des élévateurs resteront debout tant que des gens des régions rurales de partout au Canada auront un intérêt pour le passé et voudront conserver une icône de l’histoire du Canada.

Portrait de Judy Bauereiss souriante dans le musée des silos à grain, à Inglis, au Manitoba, début juin 2022.

Pendant ce temps, armée de son appareil photo, Jean McManus compte bien poursuivre sa quête et documenter la disparition des élévateurs. Je veux donner toutes les informations que je peux au site Internet de la Société historique du Manitoba.

Modeste, elle assure qu’avoir sa signature sous ses photos est le seul merveilleux héritage qu’elle souhaite laisser. Pour autant, celui-ci va bien plus loin et son travail continue d’inspirer plusieurs autres photographes amateurs qui suivent ses traces. Tous ensemble, ils documentent, sur des sites spécialisés comme sur les réseaux sociaux, une relique en voie de disparition qui a joué un rôle inestimable dans l’histoire du Manitoba.

Jean McManus pose devant un mur en bois d'un ancien silo à grain, avec son appareil photo dans les mains, au Manitoba, début juin 2022.

La vidéo présentée au chapitre 4 a été filmée par Trevor Lyons.

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