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Encore plus d'histoires

Visiter le portail d’Empreintes
Un homme, Mitch Bourbonnière regardant la caméra.
Radio-Canada

Un texte de Patrick Foucault Photographies par Trevor Lyons, Ron Boileau et Denis Wong

Quand il marche dans les rues du centre-ville de Winnipeg, Mitch Bourbonnière est loin de passer inaperçu. Pas seulement en raison de sa carrure imposante, de sa voix forte ou de son énergie contagieuse, mais aussi parce qu’il laisse quotidiennement une marque indélébile dans la vie de nombreux Winnipégois qui fréquentent – et, souvent, vivent – sur ces trottoirs. 

Que ce soit en sauvant une adolescente suicidaire, ou en aidant un ex-détenu à se réintégrer dans la société ou un jeune à l’enfance rocailleuse à s’impliquer dans sa communauté, Mitch veut prouver que tout le monde mérite une deuxième chance. C’est pourquoi le travailleur social continue à tendre la main à ceux qui veulent bien la saisir, à travers plusieurs programmes qu’il a aidé à mettre en place au fil des ans dans la capitale manitobaine.

Le quartier North End de Winnipeg à vol d'oiseau
Radio-Canada

Au rythme de la vie

Photo: Le quartier North End de Winnipeg  Crédit: Radio-Canada

Au rythme de la vie

Les rues du quartier North End de Winnipeg sont encore calmes en ce lendemain d’élections fédérales. L’heure de pointe sur la rue Main est inévitable, alors que les nombreuses voitures envahiront bientôt ce secteur à la fois coloré et décrépit. C’est l’un des premiers matins frais de la saison, à quelques heures de l’équinoxe automnal. 

Le boulot mène Mitch Bourbonnière dans cette partie de la ville presque tous les jours. 

Tous les mardis et jeudis, un regroupement en grande partie constitué de bénévoles mené par Mitch sillonne le secteur pour offrir aux personnes sans-abri de la nourriture et des vêtements, les guider vers différents services au besoin, nettoyer les trottoirs et tisser des liens. 

Le fait qu’il y ait eu une élection hier, ça ne change rien ici dans la rue, dit-il en montrant une ruelle plutôt achalandée du quartier, où une dizaine de personnes en situation d’itinérance sont regroupées. Certaines y ont passé la nuit. Les gens sont ici chaque jour et ça ne fait pas de différence, qui est au pouvoir.

Voilà un regard plutôt critique sur le système politique posé par le Winnipégois, lui qui se donne comme mission au quotidien de transformer les paroles en actions concrètes.

Le thème qui traverse l’œuvre du quinquagénaire aux 35 ans de métier est la nécessité de répondre aux besoins essentiels de toute la population. Mitch Bourbonnière porte d’ailleurs toujours au cou ses nombreuses cartes. Chacune d’entre elles me donne accès aux bureaux d’un organisme communautaire où je m’implique, explique-t-il.

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Vinnie Lillie collabore avec Mitch environ 5 fois par semaine. Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

Mitch lui tend la main

Vincent Lillie est le premier arrivé au point de ralliement. En voyant entrer le jeune homme dans le local Community 204, Mitch le salue chaleureusement. Les deux se rencontrent souvent ici, lieu où sont empilés 1001 dons que Mitch et d’autres travailleurs sociaux offriront à des Winnipégois dans le besoin. C’est un peu le quartier général de Mitch, qu’il partage avec deux organismes. 

La première chose qui m'a frappé chez Mitch, c'est son énergie, raconte celui qui préfère qu’on l’appelle Vinnie. C’est ce que j’ai remarqué quand il m’a sorti de la rue.

Ancien membre d’un gang de rue ayant enchaîné les allées et venues en prison pendant 21 ans – entre autres pour des vols –, le Winnipégois raconte qu’il a grandi dans un foyer brisé, où il a vécu des abus sexuels aux mains de son père. Il affirme aussi avoir été isolé des autres élèves par son école en raison de son comportement. 

Il soutient par contre qu’il n’effacerait rien de son passé. Les abus sexuels, la drogue et la prison ont fait de moi qui je suis aujourd’hui, dit-il, la gorge nouée. Il dit puiser dans ces expériences pour, à son tour, aider les autres.

Vinnie a rencontré Mitch il y a une dizaine d’années à travers le programme Ogijiita Pimatiswin Kinamatawin (OPK). L’une des principales vocations de l’organisme est d’aider les jeunes hommes ayant un dossier criminel à se réintégrer dans la société. Vinnie reconnaît que cette rencontre a changé sa vie. Mitch l’a invité à s’impliquer dans divers programmes et l’a aidé à se trouver un emploi au sein de l’organisme Downtown Community Safety Partnership (DCSP), un boulot qui l’amène à aider les personnes sans-abri à trouver un logement et à accéder à plusieurs services. 

« C’est très enrichissant pour moi. Pour s’aider soi-même, il faut aider les autres. J’en suis devenu accro. »

— Une citation de  Vincent « Vinnie » Lillie

Lorsque Vinnie nous dit que Mitch lui a donné cet emploi, le travailleur social s’empresse de rectifier : Non, non! C’est toi-même qui l’as obtenu. Mitch s'attribue très rarement le mérite des réussites de ceux qu'il a soutenus.

Un homme rassembleur

Avant que la patrouille se mette en branle, Mitch regroupe les participants en cercle. Il les salue et les remercie de leur présence.

Nous marchons sur ces trottoirs pour être chaleureux et bienveillants envers les nôtres, lance l’organisateur au groupe. Certains de nos proches souffrent en raison des traumatismes vécus dans ce pays, poursuit-il, en faisant référence aux expériences vécues par les peuples autochtones.

Pendant son discours, une femme fait le tour des participants avec un contenant dans lequel brûlent des plantes sacrées pour les purifier par la fumée, une cérémonie culturelle pratiquée par différents peuples autochtones. Plusieurs personnes prient. 

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Avant chaque marche qu’il entreprend, Mitch prend le temps de rassembler en cercle les participants pour un discours et des prières. Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

Pour moi, il y a une sagesse dans la culture autochtone, explique Mitch, lui-même Métis. Si on peut utiliser cette sagesse, [on peut trouver] la réponse à beaucoup de nos problèmes de société. Cette approche, Mitch l’utilise presque chaque fois qu’il met un programme sur pied, notamment en faisant appel aux aînés autochtones, gardiens du savoir dans leur culture, dans le but d’unir les participants et les citoyens.

La patrouille débute. Aujourd’hui, deux infirmières de la santé publique de Winnipeg se joignent au groupe pour offrir des vaccins contre la COVID-19. Elles ne connaissent pas Mitch personnellement, mais elles se sont senties interpellées par la mission de son programme et par l’effet qu’il a sur les gens. Elles savent qu’en y participant, elles rencontreront des gens que le système de santé ne rejoint pas facilement, qui sont loin des canaux d’information traditionnels.

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La résidente Amanda Cure se fait administrer une première dose du vaccin contre la COVID-19 en pleine rue.Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

Pendant les deux heures que dure la marche, les infirmières abordent les passants, pour la plupart des personnes vulnérables, et leur proposent une dose du vaccin contre la COVID-19. Si un passant accepte, les travailleuses de la santé appellent une centrale pour confirmer son identité et consulter sa fiche de vaccination. Si la personne peut bel et bien obtenir une dose, les infirmières vont de l’avant, dans la rue, après lui avoir expliqué les risques. 

À la fin de la marche, plusieurs doses ont été administrées. Amanda Cure, assise sur le trottoir au moment de se faire aborder par les deux femmes, a accepté de recevoir sa première dose.

« C’est une bonne idée parce que bon nombre de gens n’oseraient pas se rendre dans une clinique. »

— Une citation de  Amanda Cure

C’est ça, l’incidence de Mitch, disent plusieurs bénévoles.

Un homme, MItch Bourbonnière
Radio-Canada / Trevor Lyons
Photo: Mitch est très peu souvent revenu sur le bord de la rivière Assiniboine où il a sauvé la vie d’une jeune femme.  Crédit: Radio-Canada / Trevor Lyons

Croire aux deuxièmes chances

Mitch nous donne rendez-vous sur le bord de la rivière Assiniboine, tout près du centre-ville, quelques jours plus tard. L’endroit est difficilement accessible, derrière un boisé où sont éparpillés des restants de ce qu’était un campement de personnes en situation d’itinérance. 

Pourtant, Mitch sait très bien comment s’y rendre. C’est ici qu’il a vu sa vie changer il y a cinq ans, alors qu’il prenait part à une patrouille citoyenne, comme il le fait tous les dimanches. 

Le soir du 4 décembre 2016, Mitch part en voiture en direction d’un refuge jeunesse de Winnipeg, à la hâte, après avoir été informé qu’une fille de 17 ans est confuse et en détresse.

À son arrivée, Mitch est accueilli par des gens affolés : l’adolescente s’est enfuie et l’une des membres de la patrouille est partie à ses trousses. Le travailleur social la contacte par téléphone et entend à l’autre bout du fil : Elle est dans la rivière! Paniquée, elle tente de lui indiquer où l’adolescente se trouve.

Nous nous sommes rendus sur place rapidement. C’est là où j’ai vu que l’adolescente était au milieu de la rivière, raconte Mitch, qui reconnaissait la jeune femme, qu’il avait rencontrée lors d’un événement communautaire auquel ils avaient participé quelques semaines auparavant. Je criais son nom. Elle me répondait, mais ne voulait pas sortir de l’eau.

Au moment où la jeune femme semble s'enfoncer plus profondément dans l'eau, un jeune homme s'approche avec une corde.

Ce que je ne savais pas sur cet homme, c’est que sa sœur s’était enlevé la vie quelques mois plus tôt, explique l’organisateur communautaire.

Mitch s'agrippe à la corde que retiennent l'homme et un autre bénévole qui l'accompagne. Sans hésiter, il se jette dans la rivière.

Il faisait froid. Rapidement, je n’ai plus pu sentir mon corps, se souvient-il.

Un homme regarde une rivière.
Radio-Canada / Trevor Lyons
Photo: Mitch affirme que ce sauvetage a changé sa vie.  Crédit: Radio-Canada / Trevor Lyons

« Je tentais de m’approcher d’elle, mais elle s’éloignait et ne voulait pas coopérer. Mais je voulais la sauver. Je la suppliais. »

— Une citation de  Mitch Bourbonnière

En fait, nous étions tous les deux dans une fâcheuse situation, dit-il. 

Les vêtements et les bottes gorgées d'eau de Mitch deviennent trop lourds et l’entraînent vers le fond de la rivière. À ce moment, il ne voit qu’une solution : tenter d'inverser les rôles. 

Je lui ai demandé : "Toi, viens me sauver!". Elle a alors eu comme un déclic et a commencé à s’approcher de moi.

La fin de l’histoire est heureuse : la jeune femme s’accroche à Mitch, et les deux hommes sur la rive tirent la corde pour les ramener à la terre ferme. Tout le monde est sain et sauf. 

Je suis encore en contact avec elle; nous sommes maintenant amis, explique Mitch, le sourire aux lèvres. Elle m’a dit par la suite qu’elle voulait s’enlever la vie ce soir-là, mais qu’en voyant que j’avais besoin d’aide, elle a voulu m’aider.

« Je ne sortais pas de l’eau sans elle. Alors, dans un sens, elle m’a aussi sauvé la vie. »

— Une citation de  Mitch Bourbonnière

Si ce sauvetage représente un tournant dans la vie de la jeune Autochtone, Mitch reconnaît qu’il a aussi changé sa propre vie. Ça m’a appris une leçon, dit-il. Malgré toutes ses années d'expérience, c'est ce moment qui lui a permis de vraiment comprendre quelque chose de fondamental dans son métier : Les gens vont s’aider eux-mêmes s’ils se sentent importants, valorisés.

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En 2019, Mitch Bourbonnière a reçu la Médaille de la bravoure des mains de la gouverneure générale du Canada à Rideau Hall pour avoir sauvé une adolescente de la rivière Assiniboine le 4 décembre 2016.Photo : Mitch Bourbonnière

Obtenir une autre chance, un « besoin pour plusieurs »

De son côté, Vinnie Lillie sent aussi que Mitch l’a sauvé. Il veut te donner une chance, dit-il. Il se fout de qui tu es, de ce que tu as vécu, de quoi tu as l'air, de ta race, de ton identité ou de tes préférences sexuelles.

« Les gens dans des situations comme celle où je me trouvais ont besoin d’une autre chance. »

— Une citation de   Vincent « Vinnie » Lillie

Quand on lui demande s’il croit aux deuxièmes chances, Mitch répond sans hésiter : Absolument! Tout le monde mérite une deuxième, une troisième ou une quatrième chance. S’il y croit dur comme fer, c'est que lui aussi, jeune homme, s’est vu offrir une occasion de reprendre le droit chemin en faisant du bénévolat pour un centre jeunesse. Il avait 16 ans. Quand j’étais jeune, j’avais beaucoup de trouble avec l’école et avec mon comportement. J’ai eu des expériences d’abus. Si je ne faisais pas ce travail, mon parcours serait celui d’un criminel.

Mitch soutient que son travail est maintenant de démontrer aux personnes qui veulent se reprendre en main qu’il y a deux chemins possibles à emprunter, et que c’est à eux de choisir lequel.

Des gens qui marchent avec un dossard jaune de sécurité
Radio-Canada / Trevor Lyons
Photo: À travers son programme Action Therapy, Mitch offre l’occasion aux jeunes des services de protection de la jeunesse de s’impliquer dans leur communauté.   Crédit: Radio-Canada / Trevor Lyons

Enseigner à donner au suivant

Kailer, 18 ans, arrive à Thunderbird House, le centre culturel autochtone emblématique du quartier, pour y faire du bénévolat. C’est sa première journée, et la tâche est importante : il assure la sécurité lors d’un événement médiatique auquel participeront plusieurs leaders autochtones et le premier ministre du Manitoba.

C’est tout un événement pour ce jeune homme qui n'a pas eu une enfance facile : des familles d'accueil à la criminalité, le jeune adulte est en voie de réhabilitation grâce à un autre programme mis sur pied par Mitch Bourbonnière, Action Therapy, qui vient en aide aux jeunes de 15 à 21 ans à la charge des Services à l’enfant et à la famille, l’organisme provincial s’occupant d’enfants considérés comme étant en difficulté et ayant besoin de protection.

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Le jeune Kailer tente de reprendre sa vie en main. Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

Action Therapy a eu un effet positif réel sur le jeune adulte. L’organisme m’aide vraiment à reprendre ma vie en main.

Kailer est un homme de peu de mots. Quand il parle de son passé, il hésite à donner plus de détails. Cependant, quand vient le temps de parler du présent et de Mitch, un certain sentiment d’accomplissement s’affiche sur son visage. Son expérience avec les Services à l'enfant a été très difficile , mais il précise que Mitch l’a aidé à s’en sortir. Il est comme un oncle pour moi.

Le reste de la matinée se déroule bien pour Kailer et son groupe. À la demande de Mitch, ils doivent régulièrement faire des rondes de surveillance autour du bâtiment et s’assurer que les participants retournent sans problème dans leur véhicule. 

Kailer semble fier de ce qu’il a accompli : il souhaite répéter l’expérience avec Action Therapy.

Aider des familles dans le besoin

Shadow, un adolescent de 16 ans, vient rencontrer Mitch et un groupe de bénévoles devant une résidence du quartier Transcona. Aujourd’hui, le jeune homme est là surtout pour observer d’autres personnes réaliser une bonne action – une façon pour Action Therapy de prêcher par l’exemple, en montrant comment l’engagement bénévole peut être bénéfique. Malgré tout, Shadow a choisi de mettre lui aussi l’épaule à la roue.

La mission du jour : déménager des meubles généreusement offerts par une famille vers un foyer plus défavorisé.

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Action Therapy offre toute une gamme de services pour les jeunes à la charge par les Services à l'enfant et à la famille, des séances de consultations jusqu’à l’implication communautaire.Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

Préférant ne pas accorder d’entrevue, le jeune à la charge des Services à l’enfant et à la famille accepte tout de même d’être pris en photo alors qu’il aide à monter commodes, bases de lit et autres biens dans un camion.

Aux yeux de Mitch, ce genre d’implication et les gens qui y participent servent d’excellent modèle pour les jeunes en difficulté. 

L’une de mes responsabilités est d’être un mentor pour les jeunes à risque, explique le travailleur social. En faisant cela, je permets à ces jeunes de m’aider dans mon travail avec les gens vulnérables. Cela les aide aussi à guérir.

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Tous semblent apprécier l’implication de Mitch dans le Mama Bear Clan. Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

Grand ami des plus jeunes

Trois fois par semaine, Mitch aide à l’organisation des marches de la patrouille citoyenne du Mama Bear Clan, un organisme mené par des femmes et soutenu par des hommes, comme l’indique son mantra.

Chaque mercredi, l’accent est mis sur les jeunes du North End et du centre-ville. Ce soir, des jouets sont offerts – et ils seront populaires. En train de jouer à l’extérieur, deux enfants du quartier voient le groupe approcher. Ils reconnaissent les dossards : le Mama Bear Clan arrive. Un gros sourire s’affiche sur leur visage et ils se précipitent vers les marcheurs. 

Les deux jeunes repartent le sourire encore plus large, avec les bouteilles de savon à bulles données par le Mama Bear Clan. Un peu plus loin, dans un parc bondé d'enfants, la scène se répète.

Un soir, des enfants ont aperçu le groupe au loin, se sont mis à courir et ont même escaladé une clôture pour venir nous voir, raconte Heather Nyman. La résidente de Lorette, à une vingtaine de minutes de route de Winnipeg, s’est jointe au Mama Bear Clan au début de l’été 2021. Elle en est aujourd’hui une capitaine, soit l’une des chefs du groupe. 

Au fil des semaines, elle a rapidement appris à connaître et à apprécier Mitch. Il m'a accueillie comme s’il me connaissait depuis une vingtaine d’années, dit-elle. À ses yeux, l’excitation des enfants et la forte participation des bénévoles sont un exemple concret de la confiance qu’inspire Mitch.

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Des bénévoles s’arrêtent en chemin pour observer un monument rendant hommage à un enfant du quartier décédé bien trop tôt. Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

Si Mitch Bourbonnière souhaite soutenir les jeunes Winnipégois, il veut aussi honorer la mémoire de ceux qui ne sont plus parmi nous.

Après plus d’une heure de marche, le travailleur social arrête le groupe. Il leur raconte que des résidents ont érigé dans le passé trois monuments à différents endroits du quartier. Ils commémorent la vie de trois enfants qui nous ont quittés bien trop tôt, raconte-t-il. Mitch explique que le groupe s’arrêtera devant ces installations commémoratives parce que c’est pour les enfants qu’[il fait] cette marche, dit-il.

Une jeune femme, Lise Bourbonnière
Radio-Canada / Denis Wong
Photo: Lise Bourbonnière, la fille de Mitch, est étudiante à la maîtrise à l’Université McGill, à Montréal, en sciences de l’Information.   Crédit: Radio-Canada / Denis Wong

Tel père, telle fille

À 27 ans, Lise Bourbonnière rêve elle aussi, un peu comme son père Mitch, de laisser sa marque sur la ville de Winnipeg, une bibliothèque à la fois. L'étudiante à la maîtrise en sciences de l’information à l’Université McGill, à Montréal, l'explique : les bibliothèques publiques sont l’un des meilleurs espaces communautaires où tous peuvent se rendre sans discrimination.

À Winnipeg, en particulier, elle dit que la bibliothèque publique a dû tenir compte de plusieurs enjeux sociaux. Elle rappelle qu’en 2019, la Ville a instauré des mesures de sécurité à l'entrée de sa plus grande bibliothèque, la bibliothèque du Millénaire, située au centre-ville. Des fouilles de sac et un contrôle au détecteur de métal obligatoires ont été mis en place. Des groupes communautaires ont organisé des manifestations contre ces mesures et d’autres ont pris la parole devant le conseil municipal. Des manifestants qualifiaient ces contrôles de racistes et disaient qu’ils créaient une discrimination basée sur la classe sociale.

Après ses études, Lise souhaite contribuer à trouver des solutions pour rendre ces espaces sécuritaires pour les personnes sans-abri et à faible revenu.

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Lise raconte que son père, Mitch, a eu une influence positive sur son parcours.Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Ce désir d'agir, elle l'a en quelque sorte hérité de son père, qu'elle a aussi connu dès son jeune âge à travers son travail communautaire. 

« Il m’amenait dans une panoplie d’activités et de conférences, et c’est là que je voyais un autre côté de lui. Il était très ouvert et émotif. D’avoir un tel modèle masculin, c’était vraiment cool. »

— Une citation de  Lise Bourbonnière, fille de Mitch Bourbonnière

Un cours sur les dynamiques des centres-ville, donné par son père à l’Université de Winnipeg, l'a également amenée à visiter des centres communautaires, des centres de ressources pour femmes et des refuges jeunesse. Elle a compris à quel point le travail social touche à différentes sphères de la société.

À la base, je voulais être travailleuse sociale, comme mes deux parents, mais lorsque j’ai réalisé que je n’avais pas le même niveau d’énergie que mon père, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas être comme lui, raconte Lise en riant. J’ai dû me demander où mes intérêts et son influence peuvent se connecter, et ça m’amène où je suis aujourd’hui. Maintenant séparée de son père par plus de 2200 km, Lise tente de tracer son propre parcours.

Une jeune femme, Lise Bourbonnière
Radio-Canada / Trevor Lyons
Photo: Si Lise était souvent reconnue comme « la fille de Mitch » à Winnipeg, elle doit maintenant construire sa propre réputation à Montréal.   Crédit: Radio-Canada / Trevor Lyons

« Comme mon père n’exerce pas qu’une seule profession, c’est plutôt l’esprit de son travail que je tente de suivre. »

— Une citation de  Lise Bourbonnière, fille de Mitch Bourbonnière

Il y a une part de travail social dans les bibliothèques, et mon père et moi disons souvent à la blague qu’un jour, quand j’aurai fini l’école, il trouvera un poste de travailleur social à la bibliothèque publique du centre-ville de Winnipeg et nous pourrons enfin travailler ensemble.

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Aucune patrouille du Mama Bear Clan ne passe sans que des passants reconnaissent Mitch. Plusieurs lui demandent de prendre des photos avec lui. Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

Loin de la retraite

À 58 ans, Mitch Bourbonnière n’est pas prêt à ralentir la cadence et reste motivé par sa mission. Winnipeg, dit-il, c’est chez moi. Les gens du North End et du centre-ville ont du caractère, ils sont vrais, ils sont authentiques.

Et pour des gens comme Vinnie, son influence demeure durable et profonde. Il me garde sur le droit chemin, dit ce dernier. Si vous voulez voir l’avenir d’une personne, observez avec qui elle se tient. C’est pour ça que je veux garder Mitch dans ma vie.

Vinnie n’a pas à s’en faire de ce côté, car Mitch ne s’en ira pas. Je n’ai pas de plan pour la retraite, assure Mitch Bourbonnière. Quand les gens sont sincères et qu’ils veulent une vie meilleure, ça me pousse à continuer.

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