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Image : Jean-Pierre Rioux.

Texte : Marie-Christine Rioux Photographies : Samuel Ranger

L’île aux Basques se dresse fièrement au large de Trois-Pistoles, en un amas de roc fleuri et d’histoires enveloppé par les vagues du Saint-Laurent. Ses précieuses richesses sont demeurées intactes grâce aux soins de son gardien, Jean-Pierre Rioux, voués à préserver les lieux et leur calme.

Mais celui qui s’est rendu sur l’île plus souvent que toute autre personne va maintenant voguer vers d’autres horizons : il prend sa retraite, après plus de 30 étés à faire découvrir l’île aux visiteurs, et plus de 20 ans à la mairie de Trois-Pistoles. Retour sur cet ultime été à savourer chacun des moments passés sur l’île.

Jean-Pierre Rioux et son fils Jean-Philippe devant le Léon Provencher.
Jean-Pierre et son fils Jean-Philippe, le capitaine du traversier L’Héritage 1, prennent la pause devant le Léon Provancher, avant que le petit bateau quitte le quai pour rejoindre l'île aux Basques.Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

Un petit groupe de touristes s’attroupe à la marina de Trois-Pistoles. Jean-Pierre Rioux s’approche d’eux, le crâne dénudé. Fidèle à lui-même, il pose rapidement son fameux béret sur sa tête. Ce couvre-chef fait partie de son image de marque, affirme le gardien.

Mon béret, je l’ai acheté au Pays basque avant d’être gardien de l’île. Un an avant, explique-t-il, en ajoutant d’un ton amusé que cet achat avait quelque chose de prémonitoire.

Le temps est splendide ce matin-là, idéal pour traverser les eaux du fleuve Saint-Laurent. Ces dernières scintillent au soleil et créent des reflets du même bleu que le Léon Provancher, le petit bateau qui sert à relier le continent à l’île aux Basques.

Jean-Pierre Rioux rejoint son apprenti, Mikael Rioux, qui s’affaire aux derniers préparatifs avant l’embarquement. Le gardien de l’île semble fort satisfait du travail de celui qui a pris sa place au courant de l’été. Un autre Rioux, bien qu'il n’ait aucun lien de parenté direct avec lui.

Un autre grand gaillard se joint momentanément au groupe. C’est Jean-Philippe Rioux, le capitaine du traversier qui relie Trois-Pistoles aux Escoumins – encore un Rioux, mais cette fois-ci, c’est le fils de Jean-Pierre. Il prend quelques minutes pour saluer son père et lui souhaiter une bonne traversée.

On ne se voit pas de l’été, ou presque, parce qu’on est tous les deux très occupés, mais on se voit presque tous les jours quand même parce qu’on se croise sur l’eau. C’est un beau moment, observe le fils, le sourire aux lèvres.

Le groupe de touristes suit Jean-Pierre et monte à bord du bateau. Mikael prend place à la barre. Au moment où le Léon Provancher quitte la marina, l’île aux Basques se dévoile.

La vue de l’île qui s’approche allume quelque chose dans le regard de Jean-Pierre Rioux, toujours sous son charme, même après plus de 30 ans passés à en être le gardien. Il la trouve belle.

Image : Vue de l'île aux Basques depuis le fleuve.
Photo: L’île aux Basques est un îlot d’à peine deux kilomètres de long qui pique la curiosité de ceux qui l’observent depuis Trois-Pistoles.  Crédit: Radio-Canada / Samuel Ranger

Visite d’une île à protéger

Bon! Qui a besoin de chasse-moustiques?, lance Jean-Pierre Rioux aux visiteurs presque tout de suite après qu’ils ont posé le pied sur le sol. L’île, restée à l’état quasi sauvage, est envahie de mouches particulièrement voraces.

Il dirige ensuite le groupe vers un terrain légèrement déboisé, près de la grève. L’air salin et les rosiers sauvages s’y allient pour créer une ambiance de vacances.

Jean-Pierre Rioux s’arrête devant un four laissé par les Basques, ce peuple établi sur un territoire qui s’étend de part et d’autre de la frontière entre la France et l’Espagne. Il explique que des chercheurs de l’Université Laval ont confirmé la présence des Basques, il y a près de 400 ans, sur l’île qui porte leur nom. Jean-Pierre Rioux raconte que leurs recherches ont permis de trouver quatre fourneaux de pierre qui permettaient aux Basques de faire fondre la graisse des baleines qu’ils chassaient aux abords de l’île. Cette graisse était ensuite vendue en Europe pour alimenter les lampes à l’huile.

Les archéologues ont pu retrouver certaines pierres calcinées, dit-il en désignant le fond du four. Je dis ça à la blague, souvent : "Ce n’est pas Mikael avec ses chums qui ont fait un party au blé d’Inde avant-hier!", ajoute le gardien en rigolant.

Les fouilles ont aussi révélé que le territoire avait été occupé une quarantaine d’années par les Basques, qui pratiquaient le troc avec les membres des Premières Nations qui y étaient installés depuis un millénaire.

Le groupe s’enfonce ensuite dans le boisé de l’île. Jean-Pierre Rioux interrompt soudainement son flot de paroles et demande au groupe de s’arrêter un instant. Là, j’ai assez parlé. On va laisser l’île parler.

Le silence s’installe peu à peu, pour ensuite laisser monter une symphonie de chants d’oiseaux. Elle s’harmonise à la faible brise qui caresse les branches des arbres et qui transporte l’odeur des sapins et du tapis vert aux abords du sentier.

« L’île parle. Il y a une énergie. [...] Il y a quelque chose qui se passe. Tous les sens sont sollicités. Quand tu entres dans l’île et que tu [t’abandonnes], quand tu te laisses chatouiller par le chant des oiseaux, le vent, les odeurs, tout ça vient te chercher et te transporte. »

— Une citation de  Jean-Pierre Rioux, gardien de l’île

L’île a été achetée en 1929 par la Société Provancher, un organisme sans but lucratif qui se dévoue à la protection de territoires naturels. Depuis, sept gardiens se sont succédé pour veiller sur elle.

L’objectif de cet achat était d’éviter que la faune et la flore de l’île soient affectées par les nombreux chasseurs d’oiseaux migrateurs qui cueillaient notamment leurs œufs pour en faire le commerce au début du siècle dernier, explique le président du conseil d’administration de la Société Provancher, Daniel St-Onge. On assistait alors à une diminution dramatique du nombre d’oiseaux migrateurs, soutient-il.

Des oiseaux sur des rochers près de la rive de l'île aux Basques.
L’île est un havre de paix pour les oiseaux, qui y nichent sans être importunés par l’activité humaine.Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

Mikael Rioux, l’apprenti, explique que les eiders à duvet qui nichent aux abords de l’île font partie des oiseaux qui sont effrayés par les humains et qui ont tendance à abandonner leurs petits en s’enfuyant, ce qui fait la joie des goélands, mais pas de l’espèce.

Grâce à la bienveillance de ses gardiens, l’île est donc restée pratiquement intacte au cours du dernier siècle. Seuls trois chalets de bois rond s’y dressent et accueillent quelques touristes et chercheurs chaque année.

L’île aux Basques a été désignée lieu historique national en 2001, en raison de son importance historique liée au passage des Basques et des Premières Nations. Elle a aussi été reconnue comme une réserve naturelle en 2005.

Image : Des touristes marchent sur un quai en direction de deux bateaux amarrés.
Photo: Avant que la Société Provancher ne se dote d’un bateau, le gardien de l’île aux Basques devait posséder sa propre embarcation. Ici, le Fleur de mai et le Jean-Philippe de Jean-Pierre Rioux sont amarrés et prêts à faire traverser les visiteurs entre Trois-Pistoles et l’île.   Crédit: Avec la permission de Jean-Pierre Rioux

Le bateau où tout à commencé

Un jour où il se promenait dans le village, dans les années 1980, Jean-Pierre Rioux a aperçu une pancarte à vendre sur le bateau de son oncle, le Fleur de mai, ancré à Trois-Pistoles. Il se rappelle s’être promené dans ce petit bateau rouge et blanc quand il était enfant et avoir été marqué par le calme qui habitait son oncle lorsqu’il naviguait.

Par contre, ce n’est pas ce calme qui l’a envahi lorsqu’il s’est mis à sentir au fond de lui qu’il devait se le procurer. Ça m’a angoissé au boutte. J’ai été trois nuits sans dormir, se rappelle-t-il. Les odeurs, le feeling du bateau, la tranquillité, la sérénité, tout ça me revenait en tête, et c’est ce qui faisait que je me disais : "Je fais quoi?" Ce qui m’angoissait, c’est que je n’avais pas de connaissances sur la mer, mais j’avais une forte pression en dedans de moi qui me disait : "Il faut que je l’achète."

Jean-Pierre Rioux est allé rencontrer son oncle, mais ce dernier lui a répondu que le bateau avait déjà été promis à quelqu’un d’autre. J’ai été deux jours de plus sans dormir!, se souvient-il en ricanant.

L’oncle de Jean-Pierre a finalement réussi à convaincre l’acheteur de laisser tomber son offre pour que son neveu puisse acheter son bateau. Jean-Pierre Rioux a alors fait promettre à son oncle de lui apprendre les rudiments de la navigation.

Le bateau Fleur de mai amarré dans une marina.
Jean-Pierre Rioux a acheté le Fleur de mai à son oncle Emmanuel Franck. À l’origine, son oncle avait bâti le bateau pour la pêche à la morue et au flétan, très populaire dans les années 1960. Photo : Avec la permission de Jean-Pierre Rioux

[Mon oncle] est sorti environ cinq, six fois avec moi. Il fallait que j’apprenne les vents, les tempêtes, puis tout ça, résume-t-il. J’ai appris pendant deux étés avec lui.

Après avoir acquis les notions de navigation nécessaires, Jean-Pierre Rioux a commencé à faire des sorties sur le fleuve en famille. Il a profité de l’une de ces escapades pour introniser son fils Jean-Philippe, alors tout jeune, comme matelot du Fleur de mai. Le père a déposé une petite casquette de capitaine sur la tête du garçonnet, dont les yeux se sont remplis d’eau devant le soleil couchant.

À partir de ce moment-là, j’avais le droit de laver le pont du navire, mais à 5 ans, c’était toute une fierté!, se souvient Jean-Philippe avec émotion. Probablement que le sentiment de fierté et d'accomplissement lié au monde maritime vient de ce moment-là.

Deux enfants dont un portant une casquette de capitaine de bateau.
Jean-Pierre Rioux a organisé une petite cérémonie pour son fils, où il l’a nommé « matelot » du Fleur de mai en juin 1989. Jean-Philippe, 5 ans, prend la pose avec sa petite casquette de capitaine. Il est accompagné de Camille, la fille de la conjointe de Jean-Pierre.Photo : Gilles Gaudreau (Avec la permission de Jean-Pierre Rioux)

Il raconte qu’il a passé les étés de son enfance à se promener sur l’eau avec son père. L’amour de la navigation s’est transmis naturellement de Jean-Pierre à son fils.

« Quand le printemps arrive, que le fleuve dégèle, que l’air salin sort, là tout d’un coup, j’ai hâte de partir sur l’eau. C’est vraiment l’appel de la mer, et je suis sûr que mon père ressent la même chose. »

— Une citation de  Jean-Philippe Rioux, fils de Jean-Pierre

J’ai appris les rudiments avec lui. Les nœuds, les caps, le compas magnétique, ce que lui utilise. Avec le temps, pour lui, les exigences ont augmenté avec son navire. Il a fallu qu’il fasse installer un radar, etc. Je suis allé le voir. Je suis allé l’aider. Donc, ça a été un bel échange mutuel de connaissances, relate Jean-Philippe, qui a, quelques années plus tard, choisi de suivre une formation à l’Institut maritime du Québec, à Rimouski, pour devenir capitaine.

Image : Vue de l'avant du bateau avec le fleuve en arrière-plan.
Photo: Le Léon Provancher sert à la traversée vers l’île aux Basques.  Crédit: Radio-Canada / Samuel Ranger

Trouver son rythme de croisière

Au début des années 1990, Jean-Pierre Rioux s’est retrouvé sans emploi. Directeur du Camping municipal de Trois-Pistoles depuis une dizaine d’années, il a dû quitter son travail en raison d’une mésentente avec des collègues sur leur vision du développement de l’endroit.

Je venais de perdre ma job. Je me suis vraiment effondré physiquement, se remémore-t-il. J’avais mis tout mon cœur dans ça.

Quelques jours plus tard seulement, il a vu dans le journal une annonce disant que la Société Provancher cherchait un gardien pour l’île aux Basques. J’avais le bateau. Il me restait l’île à amadouer, à découvrir, poursuit Jean-Pierre. Je ne connaissais rien de ça, mais je me suis dit : "Pourquoi pas? Je fonce dans le tas!" Je n’avais rien à perdre.

Jean-Pierre Rioux a été embauché et, au fil des années, s’est procuré deux bateaux supplémentaires : le Jean-Philippe, nommé en l’honneur de son fils, et le Hoyarsabal. Avec le temps, la charge de travail liée à la gestion des excursions est devenue écrasante. Je n’avais pas réalisé que j’allais rencontrer mon Waterloo!, souligne Jean-Pierre Rioux.

Le Jean-Philippe sur une rampe de mise à l'eau.
Jean-Pierre Rioux a acheté ce bateau à un ancien pêcheur de homard en Gaspésie et l’a nommé le Jean-Philippe en l’honneur de son fils. Il souhaitait acquérir un second bateau au cas où le moteur du Fleur de mai viendrait à lâcher.Photo : Avec la permission de Jean-Pierre Rioux

La pression que s’imposait le gardien de l’île aux Basques à l’époque, en 1995, a atteint un point de non-retour le jour où les moteurs de deux de ses bateaux ont lâché en même temps au milieu du fleuve et quand, après un éprouvant remorquage en mer, l’un d’entre eux s’est fracassé en tombant sur la route 132, en chemin vers un atelier de réparation.

Cette débâcle a eu l’effet d’un signal d’alarme pour Jean-Pierre Rioux, qui a alors pris conscience du rythme de travail effréné qu’il s’était imposé. Il s’est alors senti soulagé. C’était fini. Je me suis dit : "Enfin, c'est fini." Je n’avais pas réalisé la course contre la folie, se souvient le gardien.

Jean-Pierre Rioux, coiffé de son béret basque.
Au milieu des années 1990, Jean-Pierre a dû prendre un pas de recul pour se recentrer sur ce qu’il aimait vraiment faire comme gardien. Deux de ses bateaux servaient aux visites sur l’île aux Basques, alors que le troisième servait à faire des croisières aux baleines.Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

Jean-Pierre Rioux se souvient de ce moment de sa vie comme d’une période sombre. Ça a été, dans ma vie, une situation où j’ai été d’une grande fragilité. S’il avait fallu qu’il m’arrive autre chose… Je savais que j’étais sur une ligne mince, mince, mince. Je n’avais jamais connu ça, mais ça m’a fait peur, raconte-t-il. J’ai compris la fragilité de la vie. Je ne voulais pas me suicider, mais j’ai compris qu’il ne fallait pas [que je me rende] là.

Il dit avoir réalisé qu’il devait cesser d’en prendre trop sur ses épaules, et qu’il devait ralentir la cadence. Selon lui, le stress qu’il s’imposait aurait pu le rendre malade s’il ne s’était pas arrêté pour prendre une pause de quelques mois.

Après cette période, Jean-Pierre Rioux a convaincu la Société Provancher de se doter d’un bateau à deux moteurs, le Léon Provancher, spécialement conçu pour le gardien de l’île aux Basques.

« Je suis revenu à la case départ de ce que j’aimais, c'est-à-dire ce qui était [rassurant]. L'île aux Basques, une fois que tu as les deux pieds ici, il n’y a rien qui casse. Il n’y a rien qui se défait. »

— Une citation de  Jean-Pierre Rioux, gardien de l’île

En marchant sur la plage, il explique que son travail sur l’île aux Basques lui a permis de conserver une certaine paix, un équilibre pendant ses 40 ans de politique municipale, dont 20 comme maire. Quand on côtoie des gens en vacances, on s’embarque dans un autre monde qui est complètement différent de ce qu’il y a de l’autre côté [du fleuve], souligne-t-il.

Jean-Pierre Rioux marche sur la plage en direction de l'un des chalets de l'île aux Basques.
Jean-Pierre Rioux a parfois eu l’impression d’être coincé entre la politique et l’île, mais il a su trouver un équilibre avec le temps. Le fait de côtoyer des gens en vacances sur l’île qui ne le connaissaient pas comme maire l’a beaucoup aidé.Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

Il se souvient notamment d’un « été d’enfer » où des citoyens l’attendaient chaque jour à la marina de Trois-Pistoles. Un référendum se tenait sur un projet d’hôtel qui aurait eu une vue sur la mer, mais aussi sur les chalets qui la bordent. De nombreux citoyens s’opposaient à ce projet.

J’étais pris entre l’île et la politique, la politique et l’île, rapporte Jean-Pierre Rioux. L’île m’a amené beaucoup de paix.

Depuis 32 ans, je ne suis pas sorti de Trois-Pistoles entre le 5 juin et le 30 septembre, je dois être là. Je fais des visites guidées tous les jours, précise Jean-Pierre Rioux. Je n’ai jamais eu le sentiment de venir travailler sur l’île.

Image : Jean-Pierre Rioux et Mikael Rioux marchent vers le bateau Léon Provancher.
Photo: Jean-Pierre Rioux est convaincu que Mikael fera un excellent gardien de l’île aux Basques.   Crédit: Radio-Canada / Samuel Ranger

Passer le flambeau

Jean-Pierre Rioux devait prendre sa retraite l’an dernier, mais la pandémie a forcé l’arrêt des visites guidées. Pour passer le flambeau et bien former le prochain gardien, il a décidé de passer un été de plus sur l’île.

Il tend donc tranquillement les rênes de l’île aux Basques, et du Léon Provancher, à Mikael. Ce dernier explique que c’est Jean-Pierre qui a pensé à lui. Le père de Mikael était l’un de ses bons amis et lui donnait régulièrement un coup de main sur l’île. À son décès, il y a une dizaine d’années, Mikael a pris le relais.

Je n’avais jamais même pensé faire cette job-là un jour, précise d’entrée de jeu Mikael.

Il y avait le gardien de l’île, Jean-Pierre Rioux, qui dans ma tête, était un peu éternel. Je le voyais ici encore 10, 15 ans.

Jean-Pierre Rioux souligne qu’il n’a aucun doute que son successeur prendra bien soin de l’île. Il va l’aimer, affirme-t-il. Il a un passé de revendicateur, d’idéologiste. L’île, c’est de ça qu’elle a besoin.

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L’apprentissage de la navigation occupe une grande partie de la formation requise pour devenir gardien de l’île aux Basques.Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

Au plan humain, on se ressemble sur bien des aspects : sa passion de l’île, sa passion de la nature, sa passion de Trois-Pistoles, du territoire ici, illustre Mikael. À part le béret! Le béret, je l’ai essayé, mais ça ne me fait pas bien!, dit-il en rigolant.

En plus de gérer les visites guidées, les traversées vers l’île et les réservations des trois chalets, et de s’assurer que leurs occupants ne manquent de rien, le gardien de l’île aux Basques doit veiller à ce que les plaisanciers ne débarquent pas sans permission sur l’île, ou encore, il doit travailler à éviter que certaines espèces de la terre ferme contaminent la faune et la flore insulaire.

Mikael explique qu’il connaît assez bien le secteur, puisqu’il a été instructeur de kayak de mer à Trois-Pistoles. Il a aussi pu parfaire ses apprentissages de la navigation à travers la brume au cours de l’été, ce qui est parfois un défi dans le secteur. Il m’apprend à transmettre sa passion, ajoute le nouveau gardien. C’était l’homme-orchestre, il faisait un peu ça tout seul. J’ai une autre vision de la façon dont je veux développer mon travail, avec une équipe de spécialistes. [...] Jean-Pierre, il fait ça sept jours sur sept pendant six mois. C'est une autre époque, la conciliation travail-famille, c'est incontournable pour moi.

Mikael souhaite aussi développer un côté éducatif spécialement conçu pour les jeunes, notamment sur la protection de l’environnement. C’est ce qui m’allume le plus dans ce travail-là, souligne-t-il.

Image : Jean-Pierre Rioux marche à côté de rosiers sauvages sur l'île aux Basques.
Photo: Jean-Pierre Rioux marche près des rosiers sauvages. Il les considère comme les vrais gardiens de l’île, puisque ces plantes contribuent à limiter l’érosion côtière.  Crédit: Radio-Canada / Samuel Ranger

Quitter son île

Le dernier été de Jean-Pierre Rioux comme gardien de l’île s’est bien déroulé. Dans les derniers mois, il a laissé toute la place à Mikael, qui est maintenant pleinement prêt à assumer son rôle.

Le gardien vétéran a assuré quelques visites guidées pendant la belle saison. Mais sans aucune responsabilité, sinon celle de m’amuser avec les gens, souligne-t-il, le sourire dans la voix. Après toutes ces années de travail, tant comme gardien de l’île que comme maire, Jean-Pierre Rioux se dit enfin prêt à entreprendre sa retraite avec une forme de sérénité et le sentiment d’avoir un peu redonné au territoire ce que ce dernier lui a offert.

Je pense que l’île m’a permis de me réaliser comme être humain. Comme élu, je me suis réalisé aussi. Ce ne sont pas de grandes choses, mais j’ai fait quelque chose que j’ai aimé. Les deux ensemble, ça a été quelque chose de très grand.

Selon Jean-Philippe, son père lui a transmis le goût de travailler dur, mais de le faire avec tout son cœur. Je le niaisais souvent, à chacun de ses anniversaires. Je lui disais : "Tu t’en viens vieux, la retraite s’en vient", et il me répondait : "C’est quoi, la retraite? C’est faire ce qu’on aime? Ben ça fait longtemps que je suis à la retraite!", raconte le fils.

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Jean-Pierre quitte son poste de gardien de l’île avec le sentiment du devoir accompli. Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

Jean-Pierre Rioux quittera donc son île à l’arrivée de l’hiver, pour n’y retourner qu’à l’occasion de quelques corvées, pour prêter main-forte à Mikael. Mais il pourra continuer d’admirer ses beautés et ses mystères depuis le quai Trois-Pistoles, et depuis le petit voilier qu’il s’est procuré il y a quelque temps pour continuer à naviguer.

En vieillissant, les deux seules choses qui restent, et qu’il faut avoir cultivées toute sa vie durant, c’est la paix et la santé. Tu as beau avoir le rôle que tu veux dans la vie, mais une fois que tous ces rôles-là sont terminés, les habits sont enlevés, il te reste toi, conclut Jean-Pierre Rioux. Il te reste la paix.

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