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Image : Entête illustrée du magazine Apprendre le cri pour retrouver ses racines.

Texte : Chloé Dioré de Périgny | Photos et drone : Trevor Lyons | Illustration : Sophie Leclerc

Il apprend le cri, elle parle l’ojibwé. Il a 22 ans, elle est aînée. Ils ont en commun de s’être réapproprié leur identité, brouillée par l’histoire coloniale. Deux Premières Nations, une rencontre, une même bataille pour revitaliser leur langue ancestrale.

Image : Vue aérienne d'une rivière gelée

Une fracture passée

Photo: Une fracture passée  Crédit: Radio-Canada

Une fracture passée

Cameron Jonathan Adams. Statut : Indien

Ces mots sont chargés de sens pour le jeune homme que j’ai devant moi, assis sur son canapé. Cameron Adams les a inscrits lui-même à la base d'un petit arbre généalogique griffonné sur une feuille de papier quadrillée.

L'œil vif derrière ses lunettes carrées, il me montre plusieurs générations qui se succèdent, aboutissant à son nom.

L’appartement de Cameron me rappelle des souvenirs d’étudiants, avec ses stores baissés, même en journée, et ses tasses de café jamais trop loin de son ordinateur. L’espace est sombre, mais derrière lui, un grand mur orange apporte de la chaleur à la pièce principale.

Cameron Adams sourit en extérieur, dans une zone enneigée.
Cameron Adams apprend la langue nēhinawēwin, aussi appelée ininīmowin dans certaines communautés du Manitoba. Il existe plusieurs termes pour la caractériser en français : on parle ainsi de dialecte en n, de moskégon ou de cri des marais.Photo : Radio-Canada / TREVOR LYONS

Du haut de ses 22 ans, Cameron Adams a toujours su qu’il était autochtone. Mais pendant la majeure partie de sa vie, il pensait être métis.

Après plusieurs années de recherches, il a compris que sa famille s’était raccrochée à cette identité après avoir perdu son statut d’Indien, à la fin du 19e siècle.

Il suffisait en effet qu’une femme issue d’une Première Nation épouse un homme sans statut pour perdre sa désignation juridique et les droits qui en découlent. Cette règle – qui ne s’appliquait qu’aux femmes – a progressivement effacé l’héritage de la famille de Cameron.

Aujourd’hui encore, le statut d’Indien définit juridiquement une personne issue d’une Première Nation comme un Indien, au sens de cette loi. Si cette désignation reste controversée, la carte d’identité fournie par le gouvernement canadien permet, au moins, d’être un membre légitime d’une bande.

Le statut, ça te donne ton identité, explique Cameron. Si tu n’as pas le statut, comment vas-tu dire que tu es [membre d’]une Première Nation?

Sa quête ne s’est pas arrêtée là : rapidement, il a compris que, pour vivre son identité autochtone retrouvée, il lui fallait en apprendre la langue. Il veut maintenant aller plus loin et se donne une mission, celle de transmettre le cri.

Image : Florence Paynter écoute son interlocuteur, assise dans un fauteuil, dans une pièce colorée.
Photo:  « Arracher l’Indien au cœur de l’enfant » : voilà la politique en vigueur à l’époque, explique Florence Paynter. Son impact se fera sentir au-delà de sa génération.  Crédit: Radio-Canada / TREVOR LYONS

Pour savoir vraiment qui tu es, apprends ta langue. Si tu l’as perdue, il y aura toujours une façon de revenir en arrière et de la retrouver. Parce qu’elle est là. Elle est là.

Une citation de :Florence Paynter

Sur les berges de sable et d’argile qui bordent l’immensité du lac Manitoba, Florence Paynter a toujours su qui elle était.

L’Anishinaabe a grandi dans la Première Nation de Sandy Bay, dans une famille traditionnelle où la spiritualité et la transmission orale de la culture occupaient une place importante.

Elle avait 7 ans et ne parlait pas un mot d’anglais quand elle a été envoyée dans un pensionnat autochtone, à 5 km de là.

Nous n’avions pas le droit de parler notre langue. La plupart d’entre nous étaient… dans un silence total, se remémore-t-elle des décennies plus tard.

Par une journée glaciale de février, entre deux gorgées de thé, Florence Paynter raconte son histoire, assise dans un large fauteuil jaune, le regard sage, sans une once d’amertume contre l’humanité.

Lorsqu’on te surprenait à parler ta langue, on te lavait la langue avec du savon, relate-t-elle. On te frappait aussi. On te frappait.

En tant qu’enfant, tu te demandes vraiment comment tu peux survivre à ça, poursuit-elle, en racontant que le pensionnat avait mis en place un système de récompense pour encourager les délations. Beaucoup de filles sont devenues des petits chiens de garde qui te dénonçaient.

Le principe était le suivant : chaque lundi, les enfants recevaient chacun 10 jetons. Dès qu’un pensionnaire en surprenait un autre à parler sa langue, il pouvait lui prendre un jeton. Les vendredis, les comptes étaient faits : ceux qui avaient gardé leurs jetons avaient le droit d'assister à une projection de film le lundi soir.

Une citation de :Florence Paynter

Florence Paynter a été dans ce pensionnat jusqu’en 9e année. Elle a pris conscience qu’elle en gardait des séquelles bien longtemps plus tard. L’Anishinaabe a réussi à garder son identité et sa langue, mais elle n’a jamais pu la transmettre à ses enfants.

Les pensionnats avaient pour objectif l’assimilation des Premières Nations. Pendant des générations, si ces écoles n’ont pas pu effacer leur culture en dépit de la maltraitance, elles ont trop souvent réussi à priver les Autochtones de leurs langues ancestrales.

C’est quelque chose qui me désole vraiment, vraiment beaucoup, témoigne Florence Paynter, la voix pleine d’émotion. Nous avions l’occasion d’apprendre le cri et l’ojibwé à nos enfants. Ils avaient cette chance.

Mais on a décidé que non, parce qu’on ne savait pas quels genres de règlements allaient être en vigueur et quelles punitions ils allaient recevoir à cause de cela.

Tout ce qui t’est arrivé, tu penses que ça va leur arriver aussi.

Une citation de :Florence Paynter
Image : Florence Paynter
Photo: Florence Paynter  Crédit: Radio-Canada

Une rencontre déterminante

Jusqu’à l’école secondaire, Cameron Adams ne connaissait pas grand-chose des pensionnats autochtones. 

Son arrière-grand-mère était elle-même allée dans un externat dans les années 1950. Comme les pensionnats, ces établissements scolaires servaient à assimiler les enfants autochtones. Il l’a appris sur le tard et lui en a rarement parlé.

Je ne pouvais pas juste m’asseoir et lui dire : "Je veux savoir tout ce que toi tu voudrais oublier". C’est comme une histoire dont on ne parle pas. Chaque génération espère juste que les suivantes seront mieux traitées.

Une citation de :Cameron Adams

« Mes professeurs [d’école] pourraient dire qu’on en avait parlé, des pensionnats, mais je ne pense pas que l’on comprenait vraiment l’impact que ça a eu », souligne Cameron Adams. 

Cet impact, le jeune garçon l’a compris en rencontrant Florence Paynter. 

Cameron Adams offre un cadeau à Florence Paynter dans une salle de classe.
Après avoir consacré toute sa carrière au domaine de l’éducation, Florence Paynter a pris l'habitude de rencontrer plusieurs groupes d’élèves pour les sensibiliser à l’histoire des Autochtones. On la voit ici avec Cameron en 2015.Photo : CAMERON ADAMS

Ce jour-là, elle était invitée dans son école secondaire, à Gimli, dans le cadre d’un programme d’enrichissement à la culture autochtone. 

Elle était alors reconnue comme aînée et gardienne du savoir traditionnel – des rôles donnés à des Autochtones profondément respectés dans leurs communautés pour leurs connaissances spirituelles et culturelles. 

Son vécu dans les pensionnats autochtones et sa résilience pour continuer à parler l’ojibwé ont inspiré le jeune garçon, qui n’avait à l’époque qu’une quinzaine d’années. Cameron Adams s’est alors décidé à apprendre lui aussi la langue de son arrière-grand-mère : le cri.

Renouer avec sa culture par la langue

Comment retenir le terme « Meyokesikaw », qui signifie « c’est une bonne journée » en cri des plaines? « Donne un bec à une vache », me dit Cameron : « Meyokesikaw », par sa prononciation, ressemble beaucoup à l’expression anglaise « May You Kiss A Cow ». Pas plus compliqué que cela. 

Cameron Adams montre du doigt son écran d’ordinateur, sur lequel se trouve une vidéo pour apprendre le cri.
Cameron Adams partage des comptines pour enfants dont la musique entraînante facilite l’apprentissage du cri. Photo : Radio-Canada / TREVOR LYONS

C’est par ces moyens mnémotechniques que Cameron Adams a commencé à assimiler les rudiments du cri, langue aux multiples dialectes et bien différente du français et de l’anglais. Il s’est aidé de ressources trouvées sur des groupes Facebook, comme #CreeSimonSays.

Rapidement, Cameron a eu la piqûre. Grâce à cet apprentissage, il renouait également avec son passé et son identité. « Chaque jour, j’ai appris des mots, et chaque semaine, j’étais plus fier encore d’être Autochtone », raconte-t-il. 

Image : Dialectes du Cri démontrés sur une carte du Canada
Photo: Dialectes du Cri  Crédit: Radio-Canada

À l’école secondaire, des camarades, intrigués, ont commencé à l'interroger sur cette langue qu’il pratiquait. Fier de ses acquis et avide de les faire partager, Cameron s’est rendu dans des classes, invité par ses enseignants pour tenir des présentations à ce sujet. Il faut dire que dans sa petite ville à l’héritage islandais, sa passion sortait du lot. 

Image : Cameron Adams est assis à sa table de travail et ses mains sont sur le clavier de son ordinateur portable. Il porte un couvre-visage en tissu gris à carreaux.
Photo: En apprenant la langue, Cameron Adams a constaté la nécessité de normaliser la façon dont on l’écrit. « Si un mot est écrit de la même façon tout le temps, ça aide à la littératie », dit-il.   Crédit: Radio-Canada / Trevor Lyons

Codifier la langue pour réussir à la transmettre

Apprendre une langue dont l’écriture varie constitue un beau défi. Aujourd’hui, Cameron Adams travaille à l’élaboration d’une application pour généraliser une orthographe codifiée du cri. 

« Sans le système standardisé, les gens écrivent ce qu’ils croient entendre. On ne va pas dire que les gens écrivent mal, parce qu’on est tous ensemble là-dedans, mais c’est important d’avoir des ressources bien écrites. Si un mot est écrit de la même façon tout le temps, ça aide à la littératie. »

Cameron Adams a appris ce système d’orthographe romaine normalisée (ORN) à l'université, dans un cours d’introduction à la langue de ses ancêtres. 

Jusque-là, sa maîtrise de la langue restait limitée. S’il connaissait quelques mots et expressions, les écrire était une autre paire de manches, à cause de ces variations. 

Ken Paupanekis, professeur de cri à l’Université du Manitoba, le confirme : « L’un des plus gros problèmes du cri actuellement, c’est quelque chose à quoi l’anglais a fait face il y a plus de 300 ans. La langue n'est pas normalisée. »

Originaire de la Nation crie de Norway House, Ken Paupanekis est un locuteur natif du moskégon, ou « dialecte en n ». 

Après avoir pris sa retraite en 2005, il est revenu à son premier amour : enseigner. L’Université du Manitoba, dit-il, avait toujours eu des problèmes à trouver un professeur pour enseigner sa langue.

Il faut dire que ces variations d’écriture compliquent le partage des ressources, même entre instituteurs. Il y a deux ans, Ken Paupanekis a mis sur pied un cours de cri de 9e année qui devait être envoyé dans des écoles de la province, pour un projet pilote. Une enseignante qui était censée l’utiliser lui a indiqué qu’elle allait devoir refaire complètement ce cours, parce qu’elle n’écrivait pas le cri de la même façon. 

Pour régler ce problème, le professeur a créé un tableau d’équivalence de prononciation, qu’il intègre dans toutes ses ressources destinées aux étudiants. Chaque symbole y représente un son. « Quand tu connais ce système, c’est impossible de mal écrire les mots », soutient-il.

Tableau de prononciation

De son côté, Cameron travaille lui aussi pour trouver des solutions. Il a tenu à intégrer à son application une option vocale à côté de chaque mot, pour faciliter l'apprentissage de leur prononciation. Une dizaine de traducteurs lui ont prêté main-forte pour développer son application. Le jeune homme indique avoir reçu plus de 15 000 $ de soutien financier de l’université pour réaliser ce projet.

Suivre son temps

Le cri est loin d’être une langue d’un autre âge pour Cameron Adams; il s'adapte au contraire très bien au monde moderne. Moins codifiée, cette langue est en constante évolution. 

Des termes comme garderie , souris d’ordinateur , ou même éléphant n’existaient pas à l’époque dans l’environnement propre de ces communautés. Ils n’ont donc pas d’équivalents à l’origine, mais cela n’empêche pas les communautés autochtones de faire preuve d’imagination pour les inventer. 

Ken Paupanekis affirme que ces expressions peuvent toutefois beaucoup varier selon les dialectes et la façon dont les individus perçoivent ces objets.

Des mots pour s'adapter au monde moderne

À écouter : Cameron prononce en cri voiture , garderie , pizza et aéroport

La langue crie est aussi plus descriptive dans sa forme que le français ou l’anglais, et le résultat est « parfois assez humoristique », raconte Ken Paupanekis. « On se retrouve avec une description au lieu d’un mot. Un gorille devient "une créature qui ressemble à un ours et marche près du buisson." » 

« Certains mots n’ont pas de sens [en cri], mais on doit créer des termes pour les qualifier », affirme Ken Paupanekis.

« Nous avons un mot pour dire une souris en cri. Alors moi, par exemple, j’utilise aussi ce mot pour parler d’une souris d’ordinateur. Les gens trouvent parfois cela étrange, mais ça ressemble à une souris », ajoute-t-il, rieur. 

Image : Plan large d'un marécage en hiver
Photo: Un lien étroit  Crédit: Radio-Canada

Un lien étroit avec Mère nature

La langue est le reflet d’une culture. Elle est liée aux façons dont on nomme, on occupe, on rêve et on imagine un espace. 

Les noms dérivés du cri Winnipeg , Saskatchewan ou encore Moosomin n’ont pas été donnés au hasard : « eau trouble », « eaux vives » et « viorne comestible », leurs significations respectives sont des caractéristiques propres de ces territoires.

Ken Paupanekis déplore que, mal prononcés, faute de ne pas avoir été enregistrés dans le passé, ces noms perdent cependant souvent leur signification. 

« La plupart des gens l’ignorent, parce qu’il y a tellement peu de locuteurs du cri autour de nous. Mais pour ceux qui le parlent, ces significations sont importantes, elles font partie d’une culture », explique-t-il. 

Et à perdre une langue, on perd aussi parfois une histoire. 

La ville de Selkirk est un bon exemple. Situé sur les bords de la rivière Rouge, à une vingtaine de kilomètres au nord de Winnipeg, ce lieu dispose également d’un nom cri : āwsāhonānihk.

« Ça veut dire littéralement "l’endroit où on traverse" », indique le professeur, en expliquant le cheminement des voyageurs de l’époque, depuis l’est du pays jusqu’au lac Winnipeg.

« Au nord de Selkirk, les charrettes de la rivière Rouge ne pouvaient pas passer, c’est comme un delta. La terre était assez solide seulement vers Selkirk, alors c’est là où ils traversaient. »

Les dialectes cris se sont ainsi construits autour de leur environnement et du cycle de la nature, ce qui peut expliquer leurs variations.

Ken Paupanekis explique que le terme « mikisiw pīsim », par exemple, qualifie l’arrivée de l’aigle. Il est utilisé par les Cris du sud pour nommer le mois de février, alors que les Cris du Nord l’emploient pour qualifier le mois de mars.

Une langue liée au territoire

À écouter : Cameron prononce cette série de mots en cri

« On est liés de façon très étroite au territoire, confirme Florence Paynter. La terre a tellement de choses à nous enseigner. Nous ne pourrions pas survivre sans elle. »

Pour que la culture perdure

Florence et son mari Philip n’ont pas réussi à transmettre leur langue à leurs enfants. Ils ont mis l’accent sur la transmission de leur culture et de leur spiritualité. Une façon de compenser, comme l’explique l’Anishinaabe.

« Avec la culture, il y a beaucoup de langues. On leur a donné une base plus solide pour prendre leurs propres décisions. Aujourd’hui, mes enfants ont tous des convictions culturelles fortes, et je dirais que la moitié de mes petits-enfants ont suivi leur chemin. »

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Florence Paynter a fait la connaissance de Philip au pensionnat autochtone de Sandy Bay. Depuis 45 ans, elle partage sa vie avec cet homme issu de la Première Nation crie de Norway House. Photo : Radio-Canada / TREVOR LYONS

Pour illustrer cet héritage, Florence Paynter raconte un rêve qu’a fait un jour l’une de ses petites-filles. Un rêve d’un endroit sacré, que l’aînée anishinaabe connaissait, mais où l’enfant n’était jamais allée.

« Elle décrivait exactement la façon dont la rivière s’écoule là-bas, comment sont les roches et tout le paysage, indique Florence Paynter. Je lui ai dit : "Ma fille, la prochaine fois, tu vas venir avec moi." » 

« Elle a déjà rêvé de cet endroit, alors, je m’émerveille à l’idée d’assister à cette connexion, entre son rêve et cette terre, pour sa spiritualité et pour comprendre notre connexion avec mère Nature », poursuit-elle, en créant deux cercles interreliés avec son pouce et son majeur. 

Et aujourd’hui, Florence poursuit cette transmission culturelle auprès de son arrière-petite-fille, qu’elle élève avec son mari. Elle ne lui parle pas directement ojibwé, mais la fillette de 6 ans apprend la langue à travers les cérémonies. 

Cette connexion que sa famille a gardée, Florence Paynter se désole que bien des Premières Nations n’aient pas pu en jouir. La majeure partie de cette transmission culturelle se fait à l’oral. Ces histoires, racontées aux enfants avant qu’ils s’endorment, sont des véhicules de savoir. 

« C’est toute cette connaissance de la vie qui était perpétuée par ces histoires », me dit-elle, en se remémorant des souvenirs d’enfance. « Je me dis toujours, quelle imagination on avait pour créer dans nos têtes toutes ces images! Ça a une valeur tout aussi grande qu'une image dessinée dans un livre. »

Florence Paynter juge nécessaire de retranscrire cette culture à l’écrit, pour qu’elle puisse être transmise aux jeunes Autochtones qui ont grandi dans le système des Services à l’enfance et à la famille ou qui sont issus de familles dont l’héritage a été brisé par les pensionnats autochtones.

« Quand tu travailles avec les enfants dans le système d’accueil, tu vois cette connexion instantanée, parce qu’ils sont des Premières Nations et nous aussi. »

Image : Vue aérienne d'une rivière gelée.
Photo: Une course contre la montre  Crédit: Radio-Canada

Une course contre la montre

Florence Paynter est pleine d’espoir. Ses petits-enfants rêvent parfois de mots en ojibwé; un signe que la langue survit et que cet héritage est bien présent, quelque part, en chacun d’eux. On peut, répète-t-elle, retrouver sa langue. « Et il y a du monde sur ce chemin, qui cherche. »

« Il existe [aujourd’hui] un fort mouvement pour rattraper ce qui a été perdu et pour rallier le plus de monde à la cause », affirme-t-elle. 

Ce mouvement, Cameron en fait partie, lui qui s’est donné comme mission de transmettre la langue et de devenir professeur de cri. 

Les Autochtones sont à la croisée des chemins, croit-il; si les jeunes générations ne reprennent pas le flambeau aujourd’hui, il craint qu’elles disparaissent avec leurs derniers locuteurs dans les prochaines décennies. 

Tu peux aller en Europe pour apprendre le français, si tu perds tous ceux qui parlent cette langue ici. Mais où vas-tu aller si on perd le cri? Tu ne peux pas aller au Pays du cri. Tu ne peux pas aller au Pays de l’ojibwé, ou au Pays des Mi'kmaq. On est ici chez nous.

Une citation de :Cameron Adams

En tant que futur enseignant, il souhaite inspirer d’autres Autochtones autour de lui pour revitaliser ces langues, avant que le temps ne les efface. 

« Je demande à tout le monde : "Est-ce que tu parles ta langue?" Quand on me dit non, je réponds : "Pas encore." »

« Tu peux être [membre d’]une Première Nation si tu ne parles pas ta langue, mais il faut que tu spécifies que tu ne la parles pas encore. C’est important. Moi j’ai appris, et j’apprends encore. »

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