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Société

Alexis le Trotteur, exhumé de façon rebelle
Les précisions de Jean-François Nadeau

Le samedi 13 mai 2006

Alexis le Trotteur, exhumé de façon rebelle<br>Les précisions de Jean-François Nadeau

Les os d’Alexis le Trotteur 
 
Après Maurice Richard, Aurore, le Survenant et bientôt Louis Cyr, ce sera vraisemblablement au tour d’Alexis le Trotteur de faire l’objet d’une adaptation cinématographique. L’homme qui courait plus vite qu’un cheval ou un train — paraît-il — passionne Pierre Gill qui prépare une adaptation cinématographique de sa vie avec l’appui de Guy Gagnon, le patron québécois du géant Alliance Atlantis.  
 
Alexis le Trotteur? De son vrai nom Alexis Lapointe, il est né en 1860 à La Malbaie. Fils d’une famille nombreuse de cultivateurs — sans doute au moins 14 enfants — Alexis ne reçoit pratiquement aucune éducation, sinon celle du catéchisme des catholiques.  
 
Il est fort probable qu’il ne sache ni lire ni écrire. Un peu simplet, assez facile à berner à ce que l’on comprend, il fait trente-six métiers, un peu partout au Québec et aux États-Unis, afin de survivre. On le connaît surtout, dans la région de Charlevoix, pour être un excellent fabricant de fours à pain.  
 
Il en aurait construit au moins deux cents à lui seul. Il prépare l’argile avec ses pieds, ce qui est semble-t-il une technique particulière. Ses prouesses physiques? Il aime courir de longues distances. Il s’assimile de plus en plus à un cheval.  
 
Il mâche de l’avoine. Il hénit. Il court devant les carrioles et même, paraît-il, devant les trains. C’en est assez déjà pour en faire une sorte de phénomène, sans doute pas très loin du personnage classique du fou du village.  
 
Mais l’attention réelle qu’on porte à ce personnage se résume peut-être dans les circonstances de sa mort. Écrasé par un train alors qu’il travaillait près de ce qui est aujourd’hui Alma, son corps est enterré sans cérémonie particulière dans une fosse commune où on a tôt fait d’oublier sa présence. 
 
Pourquoi pas un film sur ses os? 
 
On est en droit de se demander si l’histoire incroyable du squelette d’Alexis le Trotteur ne suffirait pas à elle seule pour soutenir la trame d’un film à succès. Enterré en 1924, Alexis le Trotteur ne repose plus au cimetière où on avait pourtant déposé son corps inerte.  
 
Depuis le milieu des années 1970, les visiteurs du musée de la Pulperie à Chicoutimi peuvent voir les os du Trotteur sous un plexiglas, comme s’il s’agissait d’une simple curiosité...  
 
Comment les os du Trotteur sont-ils arrivés depuis La Malbaie jusqu’à Chicoutimi? En fait, son corps a été exhumé au milieu des années 1960, sans permis et à la pelle ronde, par Jean-Claude Larouche, un étudiant de 22 ans devenu depuis éditeur, et son frère Viateur, alors professeur à l’Université de Montréal. 
 
Vive la science! 
 
Tout commence en 1966. Étudiant en éducation physique à l’Université d’Ottawa, Jean-Claude Larouche montre peu d’intérêt pour les travaux de recherche habituels de sa discipline. «Calculer la production de salive chez un coureur à l’effort sur un tapis roulant, ce n’était pas pour moi», explique Larouche dans un entretien qu’il m’a accordé. 
 
Le jeune homme entend plutôt promouvoir la course à pied à partir d’un sujet historique dont les incidences, croit-il, pourraient être liées à la science. Pour mener à bien son projet, il souhaite mettre de l’avant la figure d’Alexis le Trotteur, mais dans une forme de curiosité à son égard qui touche bientôt au morbide.  
 
Il commence par colliger puis éplucher tout ce qu’il peut au sujet de ce surcheval, comme le surnomma un folkloriste. Il rassemble notamment plus de 120 heures de témoignages de gens qui ont vu de près ou de loin le Trotteur, en plus d’une multitude de documents relatifs à la vie de cet homme de peu. 
 
Pour l’étudiant Jean-Claude Larouche, le secret des capacités de coureur d’Alexis doit être perceptible sur sa dépouille. Il doit bien, après tout, y avoir quelque chose qui donne concrètement appui à la légende! Ainsi lui parait-il de plus en plus nécessaire de retrouver le squelette du Trotteur. 
 
Mais où donc a-t-on inhumé le corps? À force de faire des recoupements et d’établir certaines conjectures, Larouche établit que le corps du pauvre homme se trouve dans une fosse commune de son village natal. Larouche croit plus que jamais que ce qu’il sait est la même chose que ce qu’il croit, et que ce qu’il imagine au nom de la science est la même chose que ce qu’il devine. 
 
Mais qui donc, devant pareille aventure, se demande encore quel rapport existe-t-il entre les vertus de la course à pied moderne et les restes d’un ouvrier, même légendaire, écrasé par un train et enterré n’importe où? Personne semble-t-il, du moins à l’université d’Ottawa.  
 
Nous sommes donc en novembre 1966. Il fait froid. L’humidité du fleuve ajoute à la sensation désagréable qui va jusqu’aux os. Et la neige, pour ne pas arranger les choses, se met de la partie.  
 
Appuyé par son directeur de recherche, Larouche a demandé des permissions à la vague descendance du Trotteur pour récupérer le corps au nom de la science. Évidemment, il lui faut aussi d’autres autorisations de l’État, par l’entremise du coroner notamment. Il ne les a jamais obtenues, révèle-t-il aujourd’hui en entrevue. 
 
«On a jamais eu l’autorisation de le sortir de terre», explique l’éditeur depuis ses bureaux à Chicoutimi. Il va tout de même de l’avant, précise-t-il, porté par l’enthousiasme de sa jeunesse...  
 
En novembre 1966, avec l’aide de son frère Viateur, professeur de sociologie à l’Université de Montréal, il exhume donc le corps de ses propres mains, sans aucun respect des règles en cette matière, un peu à la manière de ces médecins amateurs qui volaient des cadavres la nuit pour s’exercer ensuite à la dissection. 
 
Une chose pareille serait-elle envisageable de nos jours dans le cadre d’un projet universitaire? «Aujourd’hui, sûrement pas», répond sans hésiter Jean-Claude Larouche. 
 
L’art de déterrer un mort 
 
Comment déterre-t-on un mort en plein jour, dans un cimetière catholique, lorsqu’on est un étudiant de 22 ans? Jean-Claude et Viateur Larouche sondent d’abord le sol du cimetière de La Malbaie grâce à une longue baguette de métal.  
 
Ils espèrent ainsi découvrir une tombe en tôle recouverte d’une vitre d’où, à l’origine, on pouvait voir le visage du défunt. Les deux frères sondent d’abord une surface d’environ dix mètres. Une tige enfoncée par ici, une autre par là... On finit vite par se convaincre de la grande découverte. 
 
Au matin du 12 novembre 1966, armé de pelles rondes, les Larouche déterrent deux cercueils. Ni l’un ni l’autre n’est le bon. Qu’à cela ne tienne: on poursuit les efforts!  
 
En après-midi, on procède à une autre excavation, à coups de pelle toujours. Nouvel échec! «Quatre poignées de tombe, un crucifix, et une plaque de cuivre. Pas un os!» Faut-il donc remuer tout le cimetière pour trouver le Trotteur? 
 
Mais sous cette couche mortuaire, les pieds posés dans un cercueil éventré, les deux jeunes hommes trouvent, à force de creuser à gauche et à droite, «plusieurs os, dont ceux d’une femme», et d’autres encore qui appartiennent vraisemblablement au squelette du Trotteur.  
 
Tout cela est mis séance tenante dans une grosse boite. Un tibia, un péroné, un fémur, deux os iliaques avec le sacrum, quelques vertèbres lombaires, quelques côtes aussi, de même qu’un cubitus, un radius, un humérus, une omoplate, une clavicule, une mâchoire inférieure et un crâne.  
 
On porte le tout, sans plus de façon, chez un médecin de La Malbaie à qui l’on demande d’identifier le corps et d’offrir son expertise sur cette «découverte»! Le travail peu délicat des deux jeunes hommes effraient bien entendu la populace. La police se saisit de l’affaire, mais visiblement impressionnée concède qu’on doit bien avoir affaire à deux professionnels puisque ce sont, après tout, des universitaires...  
 
Le travail, explique Jean-Claude Larouche en 1971 dans son premier livre, a été fait «d’une façon scientifique et surtout très sérieuse», cette dernière précision étant utile puisque la science n’est jamais par elle-même, comme on


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