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Société

Depuis 90 ans, Le Canard enchaîné, Rebelle et pour cause
avec Jean-François Nadeau

Le samedi 17 septembre 2005

Depuis 90 ans, <i>Le Canard enchaîné</i>, Rebelle et pour cause<br>avec Jean-François Nadeau

Le Canard enchaîné, plus vieux journal irrévérencieux français, célèbre ce mois-ci son 90e anniversaire de naissance. 
 
Lancé officiellement le 10 septembre 1915 dans l’appartement de Maurice et Jeanne Maréchal, cet hebdomadaire à l’humour grinçant, inspiré par l’effervescence satirique du 19e siècle, entend d’abord lutter contre les apologistes de la guerre.
 
 
Aux beaux discours sur la guerre, Le Canard enchaîné oppose les discours vrais, ceux des jambes arrachées, des poitrines déchirées et des âmes meurtries. Le Canard enchaîné, à ses débuts, est d’abord et avant tout une feuille qui tente de faire la guerre à la guerre, grâce à la satire, en se jouant le mieux possible de la censure.  
 
Faute de moyens, faute de pouvoirs, le journal doit cependant fermer ses portes après la parution de cinquante numéros, avant de pouvoir enfin reprendre pour de bon sa publication à compter du 5 juillet 1916.  
 

  • Des collaborateurs prestigieux 
    Autour de Maurice Maréchal, à la fois un monsieur et un anarchiste affirment les témoignages, plusieurs plumes de valeurs collaborent au Canard enchaîné: Tristan Bernard, Jean Cocteau, Raymond Radiguet et Pierre Mac Orlan. Au fond, il n’y a qu’une seule ligne directrice qui préside à l’écriture des articles: la lutte à la bêtise dans une contestation vigoureuse et incessante de l’ordre bourgeois grâce à l’ironie froide. 
     
    Dans la foulée du succès que connaît Le Canard enchaîné, l’équipe entend lancer en 1918, selon la même formule, un deuxième journal, celui-là intitulé Le Quotidien. Mais ce journal ne vivra que cinq jours! Le canard de M. et Mme Maréchal est et restera, pour les décennies à venir, un hebdomadaire de six ou huit pages grand format paraissant le mercredi. 
     
    Dès les années 1920, le tirage du Canard enchaîné grimpe à 100 000 exemplaires. C’est une époque où il n’est pourtant pas si facile de tenir vivant un tel journal. L’extrême droite, celle de L’Action française en particulier, mène avec l’aide de jeunes casseurs des attaques contre les phares intellectuels de la gauche.  
     
    Des gauchistes sont battus, aspergés d’encre ou encore forcés de boire de l’huile de ricin, puissant laxatif. Ces attentats sont commis assez souvent sous l’œil à moitié clos du préfet de police Chiappe, favorable à la droite extrême française. Malgré ces menaces qui planent au quotidien, le tirage du Canard enchaîné grimpe à 200 000 exemplaires avant la Seconde Guerre mondiale!  
     
    Nous n’en sommes plus à l’heure des commencements, alors que Jeanne Maréchal, en plus de s’occuper de la comptabilité du journal, le livrait par ballots sur sa bicyclette en divers lieux de Paris. Le Canard enchaîné connaîtra des sommets pour son tirage dans les années 1970 et au début des années 1980, avec pratiquement 1 million d’exemplaires vendus. 
     
  • Les secrets de son succès 
    Comment ce journal aux débuts somme toute modestes devient-il si vite à ce point populaire? D’abord, il faut dire que ses animateurs y consacrent une énergie du diable et qu’ils s’évertuent à ne pas trahir la bonne morale qui préside à son existence. Ensuite, il faut noter que Le Canard enchaîné gagne en notoriété à mesure qu’il traque avec succès les escroqueries, petites et grosses. 
     
    En 1934, au sujet d’une affaire dramatique qui met en cause l’action de la police autant que des intérêts politiques, le Canard annonce à quoi le public doit s’en tenir dans une de ses formules-chocs qui feront sa renommée: «Stavisky se suicide d’un coup de revolver qui lui a été tiré à bout portant». 
     
    Pacifiste, antimilitariste, anticlérical, de gauche, mais sans appartenance partisane fixe, Le Canard prend position contre le colonialisme et n’hésite pas à aller jusqu’à fermer ses portes, en 1940, plutôt que d’essayer de paraître dans une France écrasée par les nazis qui défilent au pas de l’oie sur les Champs-Élysées.  
     
     
  • Résister... 
    En 1953, le puissant groupe Hachette tente de mettre la main sur Le Canard. Pour renforcer son indépendance, le journal modifie sa charte de façon à ce que seuls ses créateurs et ses fondateurs puissent être actionnaires de l’entreprise. Et les actions du journal n’ont au fond qu’une valeur morale. Seul compte un fait: Le Canard enchaîné n’est ni à vendre, ni à louer. 
     
    Plusieurs histoires, désormais célèbres, ont ponctué son histoire. Ces dernières années, il faut sans doute en retenir tout particulièrement trois. 
     
    La première, celle des faux plombiers venus en 1973 installer dans la rédaction des micros afin d’espionner le journal. Des plombiers débarquent pour des travaux... Mais des micros plutôt que des tuyaux, cela fini par se remarquer, surtout quand les plombiers travaillent en fait pour les services du ministère de l’Information du gouvernement français! Scandale! 
     
    La seconde affaire, parmi les plus célèbres auxquelles est mêlée de près Le Canard enchaîné intervient en septembre 1979, un mois après que le dictateur Jean-Bedel Bokassa eut été renversé. On apprend, grâce au Canard enchaîné, qu’une plaquette de bijoux d’une valeur estimée à un million de francs (250 000 $) a été offerte à celui qui est alors président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, au moment où celui-ci était ministre des Finances. Le président peine à expliquer pourquoi il a accepté un cadeau pareil... L’image même de sa présidence perd beaucoup de son lustre, ce qui contribue à l’échec de Giscard d’Estaing aux élections présidentielles de 1981 contre François Mitterand.  
     
    Pour les présidentielles, Le Canard enchaîné avait déjà contribué il est vrai, sept ans plus tôt, à montrer que le prétendant Jacques Chaban-Delmas ne payait pas d’impôt et ainsi annihiler ses chances de succès.  
     
    Dans les années 1990, Le Canard enchaîné publie un vrai-faux rapport rédigé par Mme Xavière Tiberi, femme du maire de Paris. Ce mince rapport de 36 pages, truffées de fautes, de coquilles et de lieux communs est en fait un texte quelconque, particulièrement pauvre au point de vue des idées. Le rapport traite bêtement de la «francophonie et la coopération décentralisée».  
     
    En fait, personne ne s’y trompe: voilà un rapport bidon pour justifier un salaire bien réel. Pour ce vrai-faux document, la femme du maire a en effet reçu, de mars à décembre 1994, une somme rondelette. Durant dix mois en effet de ce petit jeu très malhonnête, Mme Tiberi a coûté plus de 300 000 francs aux pouvoirs publics, soit environ 60 000 $ canadiens. D’autres salariés fictifs auraient aussi bénéficié de la même couverture pour toucher de l’argent, révèle Le Canard enchaîné.  
     
    Le Canard enchaîné a la bonne idée de s’intéresser à... tout! Entre autres choses, depuis quelques années déjà, il porte une attention particulière aux nouveaux cas de manipulation de l’image grâce à l’informatique. Les magazines qui changent l’allure des événements à l’avantage de pouvoirs dominants ne trouvent jamais grâce à ses yeux... 
     
  • La tradition continue... avec profits! 
    L’hebdomadaire demeure lui-même farouchement attaché à la conception qu’un journal est d’abord légitime dans sa seule forme papier. Pas question de se reproduire sur Internet. Sa grille graphique, très traditionnelle, demeure elle aussi inchangée depuis des lustres, ce qui révèle un certain côté conservateur dans ce journal. 
     
    Publié tous les mercredis, le tirage moyen du Canard enchaîné en 2004 était de pratiquement 400 000 exemplaires. Avec l’aide d’une centaine d’employés, le journal a dégagé un bénéfice net pour l’année 2004 d’un peu plus de 4,9 millions d’euros, soit 7,1 millions $ canadiens. Depuis le début de l’année, les abonnements au Canard ont progressé de 4 %, annonce le journal dans un de ses derniers numéros.  
     
    Chaque année, les bénéfices sont mis dans une réserve pour parer à des poursuites ou à différents coups durs. Le journal a toujours ref


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